Gérald Papy
Gérald Papy
Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express
Opinion

31/03/14 à 11:24 - Mise à jour à 11:24

France : Hollande piégé par Hollande

Débâcle aux municipales et échec de la réduction du déficit : le pouvoir socialiste est dans la mouise. Comment le président français peut-il répondre aux électeurs et opérer un virage politique alors qu'il en a déjà initié un, social-libéral, en janvier ?

France : Hollande piégé par Hollande

© AFP

La droite UMP premier parti de France, une septantaine de grandes villes ravies à la gauche, la progression du Front national traduite dans la conquête de 11 municipalités, un taux d'abstention qui interroge la santé démocratique de l'Hexagone : le scénario des élections municipales pouvait difficilement être plus mauvais pour le pouvoir socialiste. Une bérézina que les victoires de Paris, Lyon et Strasbourg ne parviennent même pas à atténuer. Le désaveu pour la gauche est cinglant. C'est aussi la politique du gouvernement, son inefficacité et son incohérence présumées, que le peuple de France a sanctionnée en votant pour la droite ou en s'abstenant.

Le message est clair. Pour autant, la solution ne l'est pas pour François Hollande. Pourquoi ?

Le mécontentement des électeurs de gauche face à la progression inexorable du chômage et face au trop-plein d'impôts appellerait un virage en faveur de la France d'en bas. Mais c'est un tournant social-libéral que François Hollande a imprimé à sa politique depuis janvier en lançant son "pacte de responsabilité" qui octroie 30 milliards de diminution de charges pour les entreprises avec l'espoir non garanti d'une relance du marché de l'emploi. Vincent Placé, dirigeant d'une Europe Ecologie Les Verts qui a réussi à tirer son épingle du jeu du scrutin, a demandé son arrêt. François Hollande peut-il se permettre ce nouveau revirement ?

De même, c'est Manuel Valls, l'actuel ministre de l'Intérieur, qui est le plus souvent cité pour remplacer Jean-Marc Ayrault au poste de Premier ministre et pour provoquer l'électrochoc psychologique qu'impose la débâcle électoral. Mais l'homme est clairement classé à la droite du PS et hérisse, par ses accents sarkozystes, les écologistes et les militants de la gauche de la gauche. François Hollande peut-il se permettre de choisir une personnalité plus consensuelle au risque de moins marquer la rupture avec l'équipe précédente ?

Enfin, les chiffres du déficit public, annoncés lundi (4,3%), non seulement consacrent l'échec de la politique menée mais réduisent fortement la marge de manoeuvre du président. La France a tardé à réformer structurellement espérant le salut par une reprise rapide de la croissance. Le nouveau Premier ministre français ne pourra bénéficier des acquis engrangés par son prédécesseur pour, comme a pu le faire son homologue italien Matteo Renzi, insuffler un vrai programme de relance. Sauf à repousser les limites des contraintes européennes, ce qui est illusoire vu l'orthodoxie prônée par l'Allemagne.

Bref, François Hollande est confronté à un solide sac de noeuds. Et il y a peu de chances que l'orientation qu'il préconisera lui permettra de sortir de l'impasse.

G.P.

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