Fiscalité : la classe moyenne dans le viseur

28/11/14 à 09:56 - Mise à jour à 09:56

Source: Le Vif/l'express

La grande réforme de la fiscalité promise par les partis avant les élections est désormais lettre morte. Personne ne veut en prendre le risque politique. En attendant, la classe moyenne reste la cible fiscale privilégiée des gouvernements.

Fiscalité : la classe moyenne dans le viseur

© Belga

Les Régions ont hérité de nouveaux leviers, notamment en matière d'avantages fiscaux et d'impôt sur les personnes physiques (IPP). Désormais, chacun dégaine dans son coin, rognant petit à petit les niches fiscales, sans aucune cohérence globale, le fédéral en augmentant les accises sur le gasoil et la TVA sur certains produits ou en gelant l'indexation de l'épargne pension, la Région wallonne en rognant le bonus logement et la déductibilité des titres-services ou en supprimant la réduction d'impôts pour les travaux de sécurisation d'un logement.

Et ce n'est qu'un début. Le bonus logement pourrait disparaître à terme, côté wallon. La Région bruxelloise, elle, se demande s'il ne faudrait pas revoir les revenus cadastraux. Au fédéral, la taxation des loyers réels est en balance, sous les intimidations de l'Europe. Certaines hausses d'impôt ont été testées via des fuites dans la presse, comme le doublement du revenu cadastral des immeubles mis en location ou le déplafonnement de la taxe sur les opérations boursières. Si les lobbys concernés ont réussi à les écarter pour le moment, elles n'en constituent pas moins de nouvelles épées de Damoclès fiscales.

Quant aux revenus du capital, la majorité fédérale elle-même ne parvient pas à s'accorder. Va-t-on pour taxer les plus-values mobilières, comme chez la plupart de nos voisins, sachant qu'avec un taux de 25 %, cela rapporterait près de 4 milliards aux caisses de l'Etat ? "Jamais !" affirment en choeur la N-VA et l'Open VLD, en couvant leur électorat, avant de nuancer pour la forme : "On en discutera plus tard." "Pourquoi pas ?" rétorque le CD&V dont une formule de taxation des plus-values spéculatives a été explorée pendant les négociations gouvernementales. "P'têt ben que oui, p'têt ben que non", tempère le MR, au milieu du gué, en évitant de fâcher ses partenaires

Bref, la foire fiscale bat son plein. La concurrence entre Régions aura bien lieu, elle a d'ailleurs déjà commencé. L'étroitesse des budgets publics incite les gouvernements des différents niveaux de pouvoir à essayer tous les leviers en leur possession, surtout ceux qui touchent aux revenus de la classe moyenne, même si les ministres s'en défendent.

L'instabilité fiscale n'a jamais été aussi grande qu'aujourd'hui. Le contribuable-consommateur-épargnant semble perdu. Sa confiance ne peut être qu'en berne. Et le grand rendez-vous espéré sera un rendez-vous manqué. "Cet immobilisme est d'autant plus regrettable que l'on traverse une situation dont on sous-estime la gravité, déclarait Bruno Colmant dans Le Vif/L'Express du 7 novembre. Derrière les crises souveraine, monétaire et économique, une autre crise se prépare : c'est toute l'économie de la désintermédiarisation qui arrive, c'est-à-dire le remplacement des tâches répétitives de la classe moyenne par des applications ou des processus informatisés. C'est donc maintenant que l'on devrait repenser le contrat social et s'interroger sur le rôle stimulant joué par l'Etat." L'économiste risque, une fois de plus, d'être déçu dans ses attentes.

Le dossier dans Le Vif/L'Express de cette semaine. Avec :

  • nos dix conseils pour, malgré tout, payer moins d'impôts
  • l'avocat fiscaliste Thierry Afschrift : "Avec le gouvernement Michel, les taxes risquent d'augmenter encore, d'autant que la croissance n'est pas vraiment au rendez-vous"
  • François Parisis, directeur de la gestion patrimoniale chez Puilaetco Dewaay : "Pourquoi les politiques n'auront pas le courage de faire une réforme fiscale"
  • Jean-François Berniaux, conseil juridique chez Test-Achats : "Le contribuable a besoin de transparence, de stabilité et de prévisibilité, pour accepter l'impôt et planifier ses dépenses"

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