Fin des allocations d'insertion : 6.000 dossiers en deux mois dans les CPAS wallons

21/04/15 à 12:45 - Mise à jour à 12:45

Source: Belga

Depuis le durcissement de la politique d'allocations d'insertion au 1er janvier dernier, les CPAS wallons ont été amenés à traiter 5.903 dossiers de personnes arrivées en fin de droit en janvier et février derniers, a annoncé mardi la Fédération des CPAS de Wallonie, qui craint un chiffre noir important.

Fin des allocations d'insertion : 6.000 dossiers en deux mois dans les CPAS wallons

© BELGA

Parmi ces 5.903 demandes, 4.589 ont été acceptées, soit 22,3% de refus.

Une comparaison avec les chiffres de l'Onem n'est actuellement possible que sur le seul mois de janvier, où pas moins de 12.080 personnes sont arrivées en fin de droit en Wallonie. Parmi elles, 3.361 ont frappé aux portes des CPAS (27,8%), dont 2.729 ont reçu un revenu d'intégration.

Ce qui signifie qu'aucune information n'est disponible pour 72,2% des fins de droit. Ce chiffre noir, "hors radar", interpelle Malvina Govaert, directrice générale de la Fédération des CPAS de Wallonie. Peut-être ces personnes reporteront-elles leur décision de frapper à la porte du CPAS, peut-être ont-elles trouvé une source de revenus. "Certaines attendent trop tard, qu'elles n'aient plus de revenus, d'autres s'endettent, vont jusqu'à perdre leur logement.

La honte de frapper au CPAS peut jouer, ainsi qu'une forme de déni - on n'arrive pas à croire que l'on va se retrouver sans rien", commente-t-elle.

Mme Govaert insiste sur la nécessité de documenter cet aspect de la misère sociale, en créant un baromètre du non-recours aux droits comme cela existe en France via l'Observatoire des non-recours aux droits et services (Odenore). "Le non-recours aux droits, c'est l'envers de la fraude sociale", résume-t-elle.

La réalité qui se cache derrière ces fins de droit ne peut être minimisée, puisqu'elle se traduit par des pertes de revenu pouvant aller jusqu'à 45% pour les ménages. Pour autant, les chiffres délivrés par la Fédération des CPAS wallons mardi confirment que la mesure prise sous le gouvernement Di Rupo n'a pas conduit à un afflux aussi "dramatique" que craint vers les CPAS, concède Claude Emonts, président de la Fédération des CPAS de Wallonie.

C'est que, nuance-t-il immédiatement, les mesures de retardement ou d'exemption de certaines catégories, décidées par le gouvernement Michel, ont pour effet d'étaler le phénomène dans le temps. "Ne soyons pas dupes, avec les étudiants et d'autres catégories qui arriveront dans les mois à venir, ce tassement ne se vérifiera pas dans la durée", prédit-il.

La FGTB avait pour sa part évoqué un chiffre de 26.000 personnes sur l'ensemble de l'année 2015 en Wallonie. Claude Emonts (PS) reconnaît au ministre fédéral de l'Intégration sociale Willy Borsus (MR) une "volonté de trouver des solutions" mais il ne constate pas beaucoup d'avancées. Il rappelle que les CPAS n'ont toujours pas reçu la compensation financière pour les coûts qui leur sont transférés.

Car le poids sur les CPAS reste important. Si le nombre de revenus d'intégration a augmenté de 28,3% de 2008 à 2013, le nombre d'équivalents-temps plein dans les CPAS a lui régressé de 11%, note ainsi Ricardo Cherenti, conseiller à la Fédération des CPAS.

Il fait aussi observer que la fin du droit aux allocations d'insertion est très "genrée": d'un rapport de 45%-55% hommes-femmes, la proportion est passée à 38,20%-61,80% avec les nouvelles mesures.

Autre surprise, le taux des cohabitants touchés (24,10%, pour 29,20% d'isolés et 46,70% de familles). Ce taux traduit un nombre important de personnes vivant chez leurs parents et qui bénéficient d'un revenu d'intégration partiel (variant de 100 à moins de 510 euros).

La Fédération des CPAS réclame toujours au Fédéral de prendre en charge l'intégralité du coût direct du revenu d'intégration et des charges de personnel et d'administration afférentes. Le gouvernement Michel doit aussi renoncer à la législation qui ne permet plus d'allocation d'insertion lorsque la demande est introduite après l'âge de 25 ans, plaide-t-elle.

Au gouvernement Magnette (Région wallonne), elle demande plus d'aide à l'insertion sociale et professionnelle (subsides à la mise à l'emploi, à la formation, simplification administrative, etc).

En savoir plus sur:

Nos partenaires