Fernand Koekelberg : pour la peau d'un flic

07/03/11 à 16:21 - Mise à jour à 16:21

Source: Le Vif

Le chef de la police, Fernand Koekelberg, poussé à la démission. Pourquoi ? Par qui ? Sans doute à rechercher entre bévue, taupes sournoises, jalousies internes et dimension communautaire.

Fernand Koekelberg : pour la peau d'un flic

© Belga

Surprise, dimanche en début de soirée à l'annonce de la démission du commissaire général de la police intégrée, Fernand Koekelberg. Surprise, car ce solide battant avait déjà résisté à deux vagues de pressions (affaire des secrétaires, en septembre 2008; dossier De Padt, en avril 2009) sans y succomber, alors que la dernière en date (certains lui reprochent la dépense de 92.000 euros pour un voyage au Qatar) lui aura été fatale.

Mais voilà : l'homme était affaibli par la perte de sa fille cadette, Marjorie, survenue en octobre dernier. Et, comme il le dit lui-même dans un communiqué, il ressent les nouveaux griefs "comme une accumulation insupportable d'injustices et de blessures qui entame ma résistance tant physique que psychique". De surcroît, M. Koekelberg estime que tout cela nuit à l'image de la police. Voilà donc ce qui l'a décidé à abdiquer. Il était, faut-il dire, mal soutenu par le gouvernement (la ministre de l'Intérieur Annemie Turtelboom venait de lancer une procédure, par nature soupçonneuse, visant à vérifier la comptabilité du commissariat général; le Premier ministre Yves Leterme venait de déclarer que "ce qui s'est passé n'est absolument pas normal"). Dans ces conditions...

Moments très douloureux

Pourtant, des arguments favorables à Fernand Koekelberg existaient : ce voyage à Doha (Qatar) était parfaitement connu des ministres de l'Intérieur et de la Justice; des avis et autorisations avaient été demandés (et obtenus, même aux Finances); les 92.000 euros ont été dépensés pour six personnes, pas pour le seul Koekelberg; il s'agissait de payer le voyage, mais également et surtout le lobbying censé permettre à Fernand Koekelberg (et à l'invitation du gouvernement...) de travailler au prestige belge, nécessiteux du fait du marasme politique, en devenant vice-président du Comité exécutif d'Interpol (dont le congrès annuel se déroulait précisément au Qatar). Autres arguments : l'hôtel choisi (300 dollars/nuit) faisait partie des établissements officiels du congrès (et loin d'être le plus onéreux); de soi-disant achats privés portés sur la note ne l'étaient en rien; le Comité P, en examinant les faits en première analyse, n'y a rien trouvé de litigieux.

Las. Même sur invitation gouvernementale et même avec une organisation due probablement davantage à son cabinet qu'à lui-même (les choix semblent avoir été posés peu après le décès de sa fille), le voyage paraît forcément pharaonique au policier de rue; déplacé à ceux des politiciens qui ne pratiquent pas les coûteuses (et parfois extravagantes) missions d'études parlementaires; et saugrenu aux jaloux qui, en interne, n'ont jamais digéré la réussite permanente d'un Fernand Koekelberg qui fut le père de la réforme des polices.

Un francophone sur dix-sept chefs

Mais cette auto-éviction forcée doit sans doute beaucoup aussi à deux autres éléments. D'une part, des partis politiques flamands ont déjà montré être bien informés sur le fonctionnement du Commissariat général, comme si des taupes organisées relayaient des informations sensibles. D'autre part, la persistance dans le paysage policier d'un commissaire général bardé de qualités mais présentant le "défaut" d'appartenir au rôle francophone devait certainement déplaire au pôle nationaliste flamand. Et si certains, au Nord, évoquaient dès lundi la personne du directeur judiciaire de la police fédérale de Bruxelles, Glenn Audenaert, comme éventuel successeur, c'était certes bien trop tôt pour prétendre à la moindre certitude. Sauf une, peut-être : ledit successeur, quel qu'il soit, sera néerlandophone.

Et c'est là qu'on peut penser que l'effacement de M. Koekelberg servira au moins une cause. Faut-il rappeler que, sur les dix-sept acteurs du Collège "renseignement et sécurité" (qui regroupe tous les pôles du secteur, jusqu'à la Sûreté de l'Etat en passant par le SGRS, le Centre de crise, l'Ocam, etc.), il ne subsistait jusque-là que deux francophones ? Eh bien, gageons que ce sera sous peu un sur dix-sept...

Roland Planchar

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