P.B. Gronda
P.B. Gronda
Chroniqueur Knack Focus
Opinion

06/06/16 à 13:39 - Mise à jour à 13:38

"Faites revenir les hippies, perturbez l'ordre"

P.B. Gronda, écrivain et chroniqueur pour Knack, nous appelle à vivre davantage comme dans les années soixante. "Aujourd'hui, presque toute la population raisonne comme les autorités. C'est fou, non ?"

"Faites revenir les hippies, perturbez l'ordre"

© Getty Images/iStockphoto

Bien entendu, ce n'est pas très utile, mais imaginez-vous avoir été jeune dans les années soixante. Et même âgé. Quelle époque. Quel bouleversement au milieu de cette décennie. On tournait le dos à l'ancien monde, et on augmentait le volume de la musique.

La plupart des gens diront: oui, mais c'était à l'époque, et aujourd'hui aussi, on vit un temps innovateur.

Oh oui, on se persuade que les voitures électriques vont tout changer, c'est vrai. Et il y a eu internet, qui me permet d'écrire cette opinion au soleil, et ne pas manquer la date butoir. C'est bien. Un point pour internet.

Si on laisse la technologie de côté, on ne vit pas du tout une époque innovatrice. Il y a quelque temps, j'ai cru sentir un ras de bol auprès de la population, mais je crains que la température ait à nouveau baissé.

On se demande pourquoi. On se demande vraiment pourquoi.

Vous savez ce que c'est? Les autorités et le pouvoir en général ne prennent plus la peine de raconter une histoire. En fait, ils disent littéralement : oui, c'est vrai, nous vous arnaquons. Sorry not sorry.

Les Panama Papers, la gestion de la crise bancaire, l'immobilité fiscale, le peu de cas qu'on fait de l'opinion publique dans les grands dossiers. À l'époque, quelqu'un venait s'expliquer à la télévision, pour s'excuser ou au moins clarifier.

Ce n'est plus le cas.

Et la population a participé à ce poker, et a perdu au bluff, car personne n'estime qu'il vaut la peine de faire de la casse. La balance pèse du côté de la suffisance et la préférence très naturelle pour la paix et le statu quo.

Je ne peux que penser à ma mère, dont je me suis moqué des idées hippies pendant toutes les années nonante.

Uniquement pour constater qu'aujourd'hui, hormis peut-être les tenues vestimentaires extrêmes, je suis un hippie perdu. Et j'ai fait partie suffisamment longtemps de la contre-culture, pour pouvoir relativiser les contre-cultures, mais putain, eux moins ils se bougeaient.

Même si ce n'était que se sentir joyeux, se promener pieds nus et faire un doigt d'honneur à l'homme à la télévision.

Aujourd'hui, le problème c'est que toute personne de plus de dix ans trouve que c'est une attitude débile, car si vous n'agissez pas normalement, vous n'aurez pas de boulot chez KPMG, ou une chouette start-up qui offre un iPad Air.

Aujourd'hui, presque toute la population raisonne comme le pouvoir. C'est fou non ? Nous n'avons pas de pouvoir, d'accord, mais nous faisons tout simplement comme si c'était le cas, et peut-être que les choses rentreront dans l'ordre.

Je pense que ce raisonnement a déjà poussé des gens de se jeter de bâtiments, convaincus qu'ils "apprendraient à voler d'eux-mêmes."

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Ramenez les hippies. Perturbez l'ordre.

Donc, ramenez les hippies. Perturbez l'ordre. Ne rendez pas la vie aussi facile à l'élite. Ne vous laissez pas dire ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. Nous nous assurons et nous protégeons à mort. Personne ne veut vivre dans un chaos permanent, mais nous sommes allés beaucoup trop loin dans l'autre sens. Mettez des fleurs dans vos cheveux. Couchez-vous dans la rue. Et on rejouera au poker.

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