Thierry Fiorilli
Thierry Fiorilli
Rédacteur en chef du Vif/L'Express
Opinion

19/11/15 à 12:31 - Mise à jour à 12:32

Face au retour des années de plomb

Et donc, c'est par un soir, depuis Paris, un vendredi 13, que nous sommes entrés dans une nouvelle ère. A marche forcée. Mains sur la tête et en file indienne. Avec des corps éparpillés, tout autour. Et des giclures de sang, jusque dans les yeux.

Face au retour des années de plomb

© Belga

Cette ère-ci n'a pas encore de nom. "Les années de plomb", peut-être ? Déjà pris. C'était la longue période des attentats en France, en Italie, en Allemagne, en Belgique, en Espagne et au Royaume-Uni, dans les années 1970 et 1980. En Europe occidentale, alors, déjà, on savait qu'une bombe pouvait exploser dans n'importe quelle ville de n'importe quel pays à n'importe quel moment. Entre Action directe, les Brigades rouges, la Fraction Armée rouge, l'ETA, l'IRA, les CCC, les groupes extrémistes palestiniens, les mafias et les franges néo-fascistes, aucun de nos territoires n'était à l'abri d'attaques de moins en moins ciblées et, donc, de plus en plus destinées à tuer massivement.

Bientôt, on saura comment l'appeler, l'ère nouvelle décrétée en rafales méthodiques de kalachnikov par une dizaine de kamikazes, en cette mi-novembre désormais historique. L'important n'est pas là, au fond. Pas plus qu'il ne réside dans les discussions sémantiques autour de sa nature (guerre ou non ?). Non, l'essentiel, c'est qu'il est acquis qu'elle sera douloureuse. Et longue. Comme il y a grosso modo quarante ans. Mais qu'il y a moyen d'en sortir vainqueurs, vivants, et sans s'être terrés jusque-là. Une fois encore : il faudra vivre, et dans tous les sens du terme, avec la menace, omniprésente, comme ce fut le cas à l'époque, durant les années de terrorisme d'extrême gauche et d'extrême droite, à l'époque. Vivre, tout en combattant celui qui cherche à nous faire nous entre-déchirer. Celui qui veut notre destruction.

Daech, l'actuelle incarnation de l'islamisme criminalo-terroriste, a élevé d'un cran le niveau de l'horreur. Désormais, il ne tue plus seulement des "infidèles" dont le nom est couché sur une liste ou qu'il a fait prisonniers sur le territoire conquis par les djihadistes. Désormais, il tire dans le tas. Sourire aux lèvres. Façon jeu vidéo. En désignant, au cas où certains en doutaient encore, la cible, clairement : le modèle de société occidental. Le projet politique de ceux qui appellent à un nouveau califat est ainsi bel et bien totalitaire : dominer le monde. Qui ne se soumet pas périra, où qu'il réside. L'Europe connaît bien ce genre d'adversaire, elle qui a eu, rien qu'au cours du siècle écoulé, à affronter le nazisme, le fascisme, le communisme et, forcément, leur déchaînement de violence déshumanisée, chaque fois. Voilà que, pour la première fois depuis très longtemps, l'ennemi brandit une religion pour justifier les mêmes méthodes et le même objectif.

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La parade à la terreur repose sur un impératif : (se) persuader que notre mode de vie vaut la peine d'être défendu

Daech représente donc un adversaire de taille. Lâche, mais dangereux. Parce que son endoctrinement a crû sur un terreau entretenu systématiquement depuis trente ans par ses propres ennemis américains et européens: l'incapacité d' "absorber" l'immigration musulmane et la multiplication d'interventions militaires dans les pays arabes. Toutes deux ont nourri et nourrissent encore des ressentiments inouïs, partagés par un ensemble d'individus gigantesque. Toutes deux ont ainsi garanti à Al-Qaeda hier, assurent à Daech aujourd'hui et promettent demain à Dieu sait quelle autre association politico-criminalo-religieuse instrumentalisant l'islam, de recruter massivement pour aller propager la terreur aux quatre coins du monde et de façon extrêmement efficace.

Dès lors, quelle est la parade ? Elle est multiforme et couvre tous les champs, ici comme là-bas. Surtout, elle repose sur un impératif : (se) persuader que notre mode de vie, tout améliorable qu'il soit, en termes d'équité notamment, vaut amplement la peine d'être défendu. En ne renonçant pas à nos valeurs humanistes. Celles qui nous ont permis de remporter, jusqu'ici, toutes les batailles livrées aux semeurs de ténèbres.

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