EXCLUSIF : Veut-on nuire aux enquêteurs carolos chargés des dossiers PS?

15/02/12 à 17:03 - Mise à jour à 17:03

Source: Le Vif

Vengeance ? Complot ? L'instruction judiciaire ouverte sur les limiers de Jumet, chargés des dossiers PS, à propos de leurs indemnités de déplacement pose question. Notre enquête.

EXCLUSIF : Veut-on nuire aux enquêteurs carolos chargés des dossiers PS?

© Image Globe

Les 25 hommes de la cellule spéciale de Jumet, qui investiguent sur des affaires sensibles dont celles du parti socialiste à Charleroi, se trouvent sous le coup d'une instruction judiciaire et d'une enquête du Comité P, l'organe de contrôle externe des policiers. En cause : le mode d'indemnité choisi pour les frais de déplacement par ces limiers de l'Office central de répression de la corruption (OCRC), détachés de la police fédérale. En jeu : des centaines de milliers d'euros sur une période de plus de deux ans et demi (1). En question : cherche-t-on à saboter leur travail alors que les suites des dossiers carolos les amènent à fouiller désormais du côté de Mons, notamment dans le dossier Edmée De Groeve, cette ancienne confidente d'Elio Di Rupo ?

Au sein de la cellule de Jumet, d'aucuns pensent aussi qu'il s'agirait d'une vengeance du procureur général de Mons Claude Michaux. En effet, en août 2009, dans un garage jouxtant leurs locaux, des enquêteurs de la cellule spéciale sont tombés sur des policiers en uniforme d'une autre zone, en train de changer, pendant leurs heures de service et avec leur véhicule balisé, la batterie de la moto BMW privée du procureur général. Choqués, ils ont porté les faits à la connaissance du procureur général près la Cour de cassation.

"J'étais invité à un rallye organisé le week-end par la police boraine, nous explique Michaux. Afin de me permettre de participer à la balade, son chef de corps a proposé, deux jours avant, d'envoyer un mécanicien pour changer la batterie de ma moto. Il s'agissait d'un mécano de la police boraine, ce que je ne savais pas. Il ne s'en sortait pas et a appelé deux policiers organisateurs du rallye. Lesquels sont venus spontanément lui prêter main forte. Ils étaient en uniforme. D'où la surprise des gars de l'OCRC. Le procureur général près la Cour de cassation a ouvert une procédure disciplinaire et a conclu à un non-lieu après m'avoir entendu deux fois."

Claude Michaux a-t-il voulu se venger deux ans plus tard, avec cette histoire de frais de déplacement des 25 enquêteurs de l'OCRC ? "C'est absurde", dit-il. On dit aussi qu'il a fait usage de son droit d'injonction - un acte exceptionnel - pour diligenter l'enquête. "Pas du tout !" Selon lui, ce sont les services financiers de la police fédérale qui, l'été dernier, se sont posé des questions sur les formulaires d'indemnités rentrés par les hommes de Jumet.

"Les contrôleurs ont gratté ces formulaires S007, confirme le procureur du roi de Charleroi Christian De Valkeneer. Une enquête administrative a été lancée. J'ai reçu un premier rapport mi-janvier dernier. J'ai demandé des devoirs complémentaires et ouvert une information judiciaire, ce qui est logique pour ce type d'affaire. Ensuite, Claude Michaux, Jean-Claude Leys (ndlr : premier avocat général à Mons) et moi-même avons décidé ensemble d'ouvrir une instruction judiciaire à Charleroi, pour laisser un juge indépendant s'emparer du dossier. Une enquête a également été ouverte par le Comité P."

Le n° 2 du parquet général de Mons, Jean-Claude Leys, témoigne de cette réunion à trois : "Le seul point où Claude Michaux a mis son grain de sel c'est en suggérant la mise à l'instruction du dossier des indemnités, dit-il. L'idée était d'éviter qu'on suspecte le ministère public de couvrir les enquêteurs ou de les mettre dedans pour le compte des socialistes. Il ne s'agit ni de complot ni de vengeance."

Jusqu'où ira cette affaire ? Va-t-on assister à une guerre entre enquêteurs et magistrats ? Y a-t-il eu fraude dans le chef des enquêteurs de la cellule de Jumet ? Personne n'ose se prononcer. D'autant qu'il existe 63 types différents d'indemnités à la police fédérale. Kafkaïen... Pour calmer le jeu, Christian De Valkeneer murmure qu'au cas où des abus seraient constatés dans le chef des hommes de l'OCRC, un accord avec la police fédérale devrait être possible.

Thierry Denoël

(1) selon le procureur du roi de Charleroi

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