Didier Bronselaer
Didier Bronselaer
Psychologue directeur du Centre de Réussite Scolaire - Assistant chargé d'exercices à l'ULB, faculté des sciences psychologiques et de l'éducation
Opinion

05/10/16 à 10:21 - Mise à jour à 10:21

Etude de médecine : poser un filtre basé sur le hasard pourrait promouvoir un enseignement plus juste, plus heureux, plus économique

Déterminer le nombre d'étudiants qui favorise une pédagogie pensée selon les préceptes d'une médecine harmonieuse, et en fonction de cela, tirer les noms au hasard parmi ceux des postulants à un 1er bachelor en médecine peut paraître choquant, pourtant réfléchissons-y.

Etude de médecine : poser un filtre basé sur le hasard pourrait promouvoir un enseignement plus juste, plus heureux, plus économique

© BELGA/Nicolas Maeterlinck

Le hasard ne distingue pas les classes sociales, culturelles, économiques, intellectuelles, il ne fait pas de sentiment. Pas d'argent perdu dans un concours qui amène les futurs étudiants à dépenser des milliers d'euros dans une pseudo préparation basée sur le forçage et le bourrage de matières en vue d'une pseudo sélection qui de toute façon ne garantit pas que les quelques gagnants ont une tête "mieux pleine" que les nombreux perdants. Notre enseignement secondaire dysfonctionnant, ruineux sur le plan financier et psychologique favorise déjà suffisamment les familles nanties financièrement, culturellement, intellectuellement. Rappelons qu'une année scolaire ratée coûte, au bout du compte, quelques dizaines de milliers d'euros. Un étudiant a un prix : de 10 000 à 20 000 euros aux frais de la société, de sa famille, plus la perte probable d'un an de salaire et donc de paiements d'impôts.

Sans doute éviterons-nous par le concours, une didactique dont le but principal des trois premières années est de dégoûter les élèves, d'user leurs rêves, leur bienveillance. Un concours diminuera le temps de cette sélection si peu humaine, mais il empêchera les plus démunis sur le plan du filet de sécurité familial d'accéder à ces études. Une telle compétition basée sur l'élimination ne paraît pas en accord avec l'ouverture, la créativité, l'altruisme nécessaires aux métiers destinés aux médecins. Apprendre pour être les premiers, et par peur d'être probablement éliminé provoque un stress négatif, favorise une pensée rigide, bornée, contre-productive sur le plan créatif ; d'ailleurs, le cerveau sous cette contrainte se défend par la production de cortisol, une hormone qui notamment inhibe la capacité à mémoriser.

Une sélection par le hasard oblige le jeune à envisager un plan B. Face à la réelle inconnue amenée par cette loterie, les étudiants devront anticiper une orientation alternative, ce qui est formateur. À nous psychologues spécialisés de leur proposer des tests d'orientation scolaire adaptés aussi à leur potentiel d'apprentissage. Notre expérience montre que plus de 85 % des doubleurs en secondaire offrent des faiblesses cognitives touchant la compréhension verbale, ou spatiale, certaines mémoires, la vitesse de traitement de l'information non verbale, ou encore ont des problèmes d'acquis (un doubleur sur deux éprouve de réelles faiblesses en lecture), et ce indépendamment de leurs méthodes de travail.

Les études de médecine pourront enfin s'envisager sur 6 ans en offrant dès la 1ère année un enseignement conséquent aux exigences des futurs métiers ouverts aux médecins ; nous faisons confiance aux responsables de ces facultés universitaires pour construire alors un programme plus harmonieux.

En savoir plus sur:

Nos partenaires