Etat vs syndicats : leurs 4 points de friction

29/01/12 à 15:16 - Mise à jour à 15:16

Source: Le Vif

Les ministres et syndicalistes réunis sur le plateau de la RTBF n'ont pas produit de vrai dialogue, dimanche. Voici leurs 4 principales pierres d'achoppement... et le coup de pied de l'âne d'Ecolo, qui prend sa plume pour égratigner Di Rupo Ier.

Etat vs syndicats : leurs 4 points de friction

© Image Globe

Le gouvernement a défendu dimanche, par la voix de plusieurs ministres invités sur le plateau de l'émission Mise au point (RTBF), les mesures de rigueur budgétaire, face à des représentants syndicaux très critiques contre "l'austérité".

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Point de friction n° 1 : rigueur ou austérité ?

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Citant les exemples de pays du sud de l'Europe mais aussi du Royaume-Uni, Anne Demelenne, secrétaire générale de la FGTB, a affirmé que les coupes budgétaires pousseraient le pays vers la récession. Claude Rolin, secrétaire général de la CSC, a pour sa part réfuté toute irresponsabilité des syndicats, en soulignant que le préavis de grève avait été donné très longtemps à l'avance.

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Avec des accents différents, les ministres présents sur le plateau ont défendu l'action du gouvernement. Les mesures décidées en Belgique sont très différentes de "l'austérité aveugle" mise en oeuvre en Angleterre, a assuré la vice-Première ministre (PS) Laurette Onkelinx. "On fait un amalgame entre l'austérité aveugle et des rigueurs obligatoires", a renchéri la vice-Première (cdH) Joëlle Milquet.

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Point de friction n° 2 : le chômage, illimité (ou pas)

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Olivier Chastel, ministre (MR) du Budget, a critiqué "une réaction inappropriée" des syndicats, soulignant que le gouvernement belge est "le seul d'Europe" à garantir le maintien de l'âge de la pension légale, l'indexation des salaires et le caractère illimité dans le temps des allocations de chômage. Le libéral a exclu que la grève puisse amener la majorité à changer de cap : "Nous appliquerons l'accord de gouvernement, un point c'est tout."

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Thierry Bodson, secrétaire général de la FGTB wallonne, a en outre réfuté que le caractère illimité du chômage ait été maintenu. Selon lui, la réforme du stage d'attente, à l'issue duquel les chômeurs ne bénéficieront plus que de trois années d'allocations, privera au moins 50.000 personnes d'allocations à partir de 2015.

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"L'immense majorité d'entre eux ne sont pas des étudiants, mais des gens qui ont travaillé, a-t-il expliqué à l'agence Belga. Toutes les caissières qui ont travaillé à temps partiel et qui sont licenciées sont dans ce cas de figure."

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Point de friction n° 3 : la possibilité d'un saut d'index

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Les débats télévisés ont aussi porté sur la perspective d'un saut d'index, évoquée par le ministre des Finances dans une interview. Laurette Onkelinx a fermé la porte à cette option, en affirmant que le PS ne la cautionnerait en aucun cas. Elle a reçu le soutien de Joëlle Milquet, selon qui "le saut d'index n'est pas à l'ordre du jour" du gouvernement fédéral.

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La promesse a été accueillie avec scepticisme par les syndicats : "Nous avons perdu confiance", a répondu Anne Demelenne.

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L'économiste Bruno Colmant a suggéré de "moduler" le saut d'index, en plafonnant l'augmentation de salaire pour les revenus les plus élevés. Thierry Bodson, a rejeté cette option. Pour réduire les inégalités, il est préférable selon lui d'accentuer la progressivité de l'impôt, avec des tranches à 55 % et 65 %.

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Point de friction n° 4 : la grève, tout simplement

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"Si le gouvernement reste dans une attitude de surdité générale, il y aura encore d'autres mouvements sociaux", a prévenu Claude Rolin. Le déroulement de la grève de lundi a ainsi provoqué quelques frictions entre invités.

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Pour Jo Libeer, administrateur délégué de l'organisation patronale Voka, "les premières victimes de la grève, ce seront les entreprises. On fait des problèmes à des gens qu'on ne vise pas. Pour nous, il serait inacceptable de bloquer les zonings industriels. Il y a bien sûr le droit à la grève, mais il y a aussi le droit au travail."

Sans soutenir les blocages, les syndicats n'en ont pas vraiment exclu la possibilité : "Nous ne les soutenons pas mais la colère est grande, a affirmé Anne Demelenne. Je ne réponds de rien."

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Grève générale : "Le gouvernement doit revoir ses options injustes" (Ecolo)

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Dans les rangs de l'opposition, Ecolo a apporté son soutien à la grève générale organisée lundi, en soulignant, dans un communiqué diffusé dimanche, qu'elle est "la conséquence de choix profondément injustes du gouvernement papillon".

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"Ces derniers jours, plusieurs membres du gouvernement fédéral ont ouvertement critiqué la grève générale de ce lundi et ont cru bon de dénoncer l'irresponsabilité de ses organisateurs ou fait mine de s'interroger sur le sens de cette première grève générale organisée depuis 1993. Ils ne manquent pas de culot !"

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Pour Ecolo, "cette journée d'action est clairement la conséquence de choix profondément injustes du gouvernement papillon, des reculs assumés en matière de solidarité interpersonnelle, de son manque de respect pour la tradition de concertation sociale de notre pays mais surtout de l'absence de tout projet socioéconomique porteur et mobilisateur".

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Le communiqué, signé par les chefs de groupe du parti à la Chambre et au Sénat, Olivier Deleuze et Jacky Morael, appelle à "la captation de la rente nucléaire, l'augmentation de la taxe sur les opérations boursières, une meilleure contribution des très hauts revenus au budget de l'Etat, (au) strict conditionnement des aides publiques à l'emploi, (et à) des choix d'investissement dans l'économie du futur".

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Pour Ecolo, "ces choix devront être impérativement posés, au risque de briser pour longtemps l'espoir et la confiance d'une population en attente de projets et d'espoir et non de sanctions et d'injustices".

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LeVif.be, avec Belga

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