Bart Maddens
Bart Maddens
Politologue à la KULeuven et proche du mouvement flamand
Opinion

17/07/13 à 10:57 - Mise à jour à 10:57

Et si Wilfried Martens devenait président de la République fédérale de Belgique?

"Il existe de nombreux arguments en faveur de la monarchie" déclare le politologue Bart Maddens. "Cependant, il y en a un qui ne tient pas la route : le fait qu'il n'existerait pas d'alternative à la monarchie en Belgique. C'est carrément insultant pour de nombreux politiciens qui ont rendu leurs états de service".

Et si Wilfried Martens devenait président de la République fédérale de Belgique?

© Reuters

"Je suis partisan d'une république, mais pas en Belgique" a déclaré Wilfried Martens (CD&V) dans le cadre de l'abdication d'Albert II. L'argument est connu, mais sonne étrangement dans sa bouche. Car j'ai toujours cru que Martens serait un président idéal de la République fédérale de Belgique.

Martens a été premier ministre pendant des années, mais il n'est plus actif dans la politique belge depuis longtemps. Comme ses racines politiques se situent dans le mouvement flamand, il connaît et respecte les sensibilités communautaires. Mais simultanément, il ne laisse planer aucun doute quant à son attachement à la Belgique fédérale, dont il est d'ailleurs l'un des architectes les plus importants. C'est l'une des raisons pour lesquelles il est également apprécié des francophones. Il a amplement prouvé qu'il était capable de dépasser les oppositions communautaires et partisanes.

Imaginons un instant que nous ayons le même système qu'en Allemagne. En 2008, l'Assemblée fédérale complétée d'autant de représentant des états fédérés a élu Wilfried Martens président fédéral de la Belgique pour cinq ans. Son mandat peut être prolongé une fois. Il peut être destitué par la Cour constitutionnelle, sur proposition de deux tiers des parlementaires. Ses compétences sont en grande partie cérémonieuses. Il doit être couvert par le gouvernement fédéral pour l'exercice de la plupart de ses compétences. La formation du gouvernement, pour laquelle il peut prendre des décisions politiques personnelles, constitue une exception.

Il a dû pleinement jouer ce rôle après les élections de 2010. Comme chacun le sait, le président fédéral Martens a d'abord visé la formation d'une grande coalition, en vertu d'un accord communautaire entre le PS et la N-VA. Cependant, cette tentative a échoué et progressivement, le président a réalisé que la N-VA n'était pas prête à faire les concessions nécessaires. Cela explique pourquoi il n'a pas ou à peine donné l'initiative à la N-VA à partir de 2010, même si c'était le souhait de Bart De Wever. Ce n'est qu'après que Martens ait longtemps insisté, que les partis flamands ont finalement consenti à former un gouvernement sans la N-VA.

Cette histoire fictive se rapproche de la réalité quand on remplace les mots "président Martens" par "roi Albert". Il est effectivement bien possible que le résultat de la formation du gouvernement ait été identique sous le président Martens que sous le roi Albert. Cependant, il y a une différence de taille. En tant que chef d'État élu, Martens aurait eu la légitimité démocratique pour conduire la formation vers un gouvernement sans la N-VA. En outre, il en aurait pris la responsabilité politique. Les noms des preneurs de décisions auraient été tout à fait transparents, ce qui aurait été un soulagement comparé au flou artistique entourant le rôle de la Cour dans l'exclusion de la N-VA.

Un monarque non élu ne peut pas jouer de rôle utile dans la formation du gouvernement. Dans de nombreux cas, la composition de la coalition est évidente et les présidents de parti peuvent facilement accomplir ce travail eux-mêmes. Dans ce cas, les agissements cérémonieux du palais font perdre du temps. Cependant, quand la situation s'enlise, comme en 2007 et 2010, il faut quelqu'un qui soit au-dessus de la mêlée et qui soit capable de mener la formation de la coalition à bien. C'est alors que le roi se retrouve en zone de danger. Il risque de se laisser entraîner dans un jeu politique qui pourrait mettre sa neutralité en cause. C'est effectivement ce qu'il s'est passé après les élections de 2010. Le roi s'est conduit comme un acteur politique sans disposer de légitimité démocratique. Aucun démocrate intègre ne peut accepter ce genre de situation.

Outre Wilfried Martens, il y a de nombreux autres hommes d'État parfaitement capables de se charger de tâches présidentielles somme toute limitées. Il suffit de consulter une liste de ministres d'État. L'idée que la loterie de la succession héréditaire livre un meilleur chef d'État par définition est carrément insultante pour tous ces politiques qui ont rendu leurs états de service.

Il existe de nombreux arguments en faveur de la monarchie. On peut avoir un faible pour la pompe et les fastes qui entourent les événements royaux. On peut se sentir impliqué dans les péripéties de la famille royale. On peut être attaché à une tradition séculaire d'une dynastie héréditaire. Cependant, il y en a un qui ne tient pas du tout : le fait qu'il n'y aurait pas d'alternative en Belgique.

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