09/04/10 à 10:34 - Mise à jour à 10:34

Entre Flamands et francophones, le point de non-retour a été atteint

On a beau le vouloir, les rêves d'une Belgique unie sont à jamais évaporés. Il n'en demeure pas moins que des ponts peuvent encore et toujours être jetés entre l'une et l'autre des communautés qui font la Belgique.

Entre Flamands et francophones, le point de non-retour a été atteint

Par Kristien HEMMERECHTS, Ecrivaine

Depuis que Jean-Luc Outers et moi avons publié la correspondance (1) que nous avons échangée sur la Belgique, il nous arrive d'être interviewés par un public francophone. Mes lettres ont été traduites en français, celles de Jean-Luc ne l'ont pas été en néerlandais, ce qui explique le manque d'intérêt du côté flamand.

Jean-Luc, qui vit davantage dans les nuages que moi, se met à songer à la suppression de la frontière linguistique. Ne serait-il pas très pratique si, partout en Belgique, on pouvait se servir des deux langues nationales? Ou, le cas échéant, des trois.

J'interromps alors brutalement ce doux rêve en tenant un langage réaliste: bien qu'elle soit peut-être logique et même démocratique, cette hypothèse est tout à fait onbespreekbaar pour les Flamands. Inévitablement, le passé, les vieilles blessures et les anciennes humiliations par les francophones à l'égard des Flamands remontent à la surface. Sur quoi quelqu'un dans la salle lève la main en disant: "Il faut tourner la page" ou "Il faut vivre en paix".

Alors je fais remarquer que les Flamands en souhaitent autant, mais sans les francophones. Non que je le veuille moi-même, mais il faut bien constater que c'est là l'aspiration de beaucoup de Flamands. Témoin la grande popularité de Bart De Wever. Et l'acharnement de Geert Bourgeois vis-à-vis des trois bourgmestres non nommés de la périphérie flamande.

Le plus souvent suit un silence embarrassé. Ou des témoignages des grands efforts consentis ces dernières années par les francophones pour apprendre le néerlandais. Ou encore la certitude affirmée que beaucoup de choses ont évolué.

Et puis j'annonce la mauvaise nouvelle: je crains que ce ne soit trop tard. Les dés sont jetés. Des comparaisons avec l'occupation allemande ou le génocide au Nigeria n'y changeront rien.

Pour finir, nous levons fraternellement notre verre et je réalise combien je me plais en compagnie de mes compatriotes francophones. J'écris dans le livre: "Il serait bon que chaque Flamand ait son ami francophone et chaque francophone, son ami flamand". Car moins nous nous fréquentons, moins nous mesurons le grand nombre de choses que nous partageons et tout ce qu'une éventuelle rupture nous fera perdre.

(1) Lettres du plat pays, de Jean-Luc Outers et Kristien Hemmerechts, La Différence, 2010.

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