Enquête exclusive : ce que pensent les francophones de la mobilité

10/09/10 à 12:52 - Mise à jour à 12:52

Source: Le Vif

Les francophones sont moins satisfaits de leurs déplacements que leurs voisins du Nord. Logique : ils sont plus souvent coincés dans des embouteillages... Mais comment sortir de ce marasme ?

Enquête exclusive : ce que pensent les francophones de la mobilité

© Belga

C'est la rentrée... et, hélas, le retour des embouteillages. Ceux-ci ne frappent pas de la même manière dans le nord du pays et au sud, selon une enquête de mobilité effectuée en juin dernier sur Internet par Le Vif/L'Express et Knack, en partenariat avec le groupe Peugeot, pour analyser la façon dont la population active et les classes supérieures traitent la problématique de la mobilité (1).

Ainsi, 17 % des sondés néerlandophones sont quotidiennement ou régulièrement empêtrés dans des embouteillages, alors qu'ils sont 22,1 % parmi les francophones à vivre la même situation. Du coup, interrogés sur leur taux de satisfaction en matière de mobilité, les premiers affichent un score de 7,2/10 et les seconds, davantage contrariés dans leurs déplacements, un résultat de 6,64/10. Cet indice, on le voit, est directement fonction de la fréquence à laquelle les personnes interrogées sont coincées dans des files.

Pris au piège, les automobilistes, qui, entre autres activités les plus fréquentes, écoutent la radio, réfléchissent, regardent les autres conducteurs, rêvent ou bavardent, ont aussi tout le loisir d'imaginer comment mettre un terme à ces insupportables files. Selon cette enquête de mobilité, 52 % des sondés considèrent que l'offre en transport public devrait être améliorée ; 34,7 % prônent le télétravail ; 29,4 % plaident pour la gratuité des transports en commun ; 28,6 % sont favorables à la généralisation des horaires flexibles et 24 % considèrent que, pour chaque type de trajet, l'utilisateur devrait disposer du moyen de transport approprié (le vélo pour les petits trajets, la moto pour les trajets embouteillés...).

Plus que les néerlandophones, les francophones (63,9 % pour 45,4 %) réclament une extension des transports publics. Il est vrai qu'ils sont moins développés qu'en Flandre, souligne l'enquête. Enfin, désemparés et désespérés, près de 6 % des sondés considèrent qu'il n'y a pas de solution au problème des embouteillages.

A moins de changer de comportement, d'horaire ou de moyen de transport, bien sûr. Pour éviter au maximum les embouteillages et récupérer le temps qu'ils y perdent, un tiers des sondés environ envisagent d'opter pour un horaire flexible, qui leur permettrait de commencer leur journée de travail en échappant aux heures de pointe. Cette piste est toutefois difficilement imaginable pour les ouvriers. Le recours au vélo arrive en deuxième position, pour 23 % des personnes interrogées. "Ce chiffre ne m'étonne pas dans la mesure où il ne s'agit que d'intentions, analyse Eric Nicolas, secrétaire général du Groupe de recherche et d'action des cyclistes quotidiens (Gracq). Quand il faut passer aux actes, on trouve nettement moins de candidats ! Les habitudes en matière de déplacements sont difficiles à changer, sauf en cas de rupture fondamentale dans l'organisation familiale ou sociale. J'ajoute qu'à Bruxelles les infrastructures réservées aux cyclistes ne sont pas idéales, au point que la capitale est perçue - mais à tort - comme dangereuse pour y circuler en deux- roues."

Du côté des quatre-roues, quelque 62 % des internautes qui ont participé à l'enquête disent se rendre régulièrement en voiture à leur travail, soit comme conducteur, soit comme passager. Ce moyen de transport, affirment-ils (non sans ironie), leur fait gagner du temps. S'ils continuent à circuler en voiture, argumentent-ils encore, c'est qu'il n'y a pas de desserte de leur lieu de travail par les transports en commun, qu'ils font souvent des emplettes avant ou après leurs heures de travail, ou qu'ils travaillent selon un horaire particulier. Enfin, le mauvais temps et les activités de hobby exercées après la journée de travail expliquent pourquoi nombre de citoyens continuent à prendre le volant malgré le risque d'embouteillage encouru.

Le vélo, l'atout gagnant ? Le vélo, on l'a vu, représente une solution envisageable aux embouteillages pour 23 % des personnes interrogées. Mais Flamands et francophones ne sont pas non plus logés à la même enseigne en la matière. Les premiers utilisent nettement plus le vélo que les seconds : ils sont 33,7 % à l'enfourcher chaque jour, contre 7,6 % seulement parmi les francophones. Le relief du terrain, en Wallonie, nettement plus vallonné que dans le nord du pays, ainsi que l'intensité du trafic expliquent cette différence de comportement. "Les distances à parcourir pour rejoindre les villes ou agglomérations wallonnes sont aussi plus importantes qu'en Flandre", souligne Eric Nicolas. C'est d'ailleurs à la campagne que le vélo est le moins utilisé de manière régulière (par 42 % des sondés) alors que, dans les centres urbains, la proportion atteint 52 %.

Logiquement, les sondés recourent moins à la voiture (61 %) lorsqu'ils sont citadins que lorsqu'ils habitent à la campagne (87 %). Ce mode de transport est le plus populaire dans la tranche des 25 à 54 ans. Les jeunes, eux, jouent davantage la carte de la complémentarité des moyens de transport en circulant surtout à pied, à vélo et dans les transports en commun. A plus de 80 %, les cadres et indépendants ne comptent quasi que sur la voiture pour se déplacer. Les ouvriers enfourchent, eux, plus souvent leur vélo, tandis que les employés sont de fréquents utilisateurs des transports en commun.

"En ville, ceux qui décident de circuler à vélo sont plutôt issus de milieux intellectuels favorisés, souligne Eric Nicolas. Alors qu'auparavant les ouvriers recouraient au vélo pour des raisons économiques, les cyclistes urbains d'aujourd'hui le choisissent plutôt pour une question d'efficacité et de rapidité dans les déplacements."

Particulièrement populaire en Flandre, le vélo y est utilisé dans 79 % des cas pour effectuer de petites emplettes, alors que ce n'est le cas que de 50 % parmi les sondés francophones. "Les pistes cyclables sont plus nombreuses et mieux entretenues en Flandre", souligne-t-on au Gracq. En revanche, les francophones pédalent plus volontiers (57 %) pour faire du tourisme que dans le nord du pays (27 %). "En Wallonie, les pouvoirs publics ont choisi d'investir prioritairement dans le réseau Ravel, encourageant du coup le tourisme à vélo sur ces voies lentes, précise Eric Nicolas. Les pistes cyclables, elles, ne sont guère entretenues, quand elles existent. Ce qui décourage sans doute ceux qui pourraient aller travailler à vélo." De fait. Un tiers environ (30 %) des néerlandophones effectuent les trajets domicile-lieu de travail à vélo, contre 18 % seulement parmi les francophones.

L'écologie devant la sécurité Ces liaisons entre lieux de vie et de travail s'effectuent, en moyenne, en moins d'un quart d'heure pour 11,4 % des personnes interrogées, dans un délai de 15 à 30 minutes pour 24,5 % d'entre elles, de 30 à 45 minutes pour 16,4 % d'entre elles et dans un délai de 1 à 2 heures pour 20 % d'entre elles.

Convaincus qu'il leur faudra un jour opter pour une autre énergie que l'énergie fossile, l'écrasante majorité des conducteurs (environ 82 %) estiment qu'ils rouleront dans un véhicule électrique (vélo dans un premier temps, puis voiture, à plus long terme) dans un délai de 1 à 6 ans. Une frange de 10 % des conducteurs interrogés affirment qu'ils n'opteront jamais pour ce type de moyen de transport.

"Les vélos à assistance électrique représentent un potentiel énorme, se réjouit le secrétaire général du Gracq. Ce petit coup de pouce technologique permet de surmonter le problème des distances et des dénivelés, ainsi que la crainte d'arriver en sueur à son rendez-vous. La suppression de ces obstacles va aider bien des gens à opter pour le vélo. C'est ce que l'on a déjà observé dans les pays voisins, et la Belgique devrait à son tour connaître cette révolution dans les prochaines années."

En attendant, les obstacles les plus importants à l'usage de la voiture électrique, sont, selon l'enquête et dans l'ordre : son prix élevé (pour 58 % des répondants), son autonomie limitée (53,7 %), l'insuffisance de stations de recharge (45,9 %) et la durée de recharge nécessaire (37,2 %). Près d'un quart des personnes interrogées (24,1 %) n'ont toutefois pas la moindre idée du temps nécessaire pour recharger la batterie d'une voiture électrique...

(1) 3 400 internautes ont répondu (36% de francophones et 64% de néerlandophones).

Laurence Van Ruymbeke

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