Engagement citoyen : le fossé entre soutien en ligne et aide concrète

22/01/18 à 15:50 - Mise à jour à 23/01/18 à 10:31

Depuis quelque temps, les initiatives citoyennes en ligne destinées à aider les migrants rassemblés au parc Maximilien se multiplient. Et si les réseaux sociaux se révèlent très efficaces pour trouver des bénévoles prêts à héberger les migrants, les plateformes sont parfois victimes de leur succès en ligne.

Engagement citoyen : le fossé entre soutien en ligne et aide concrète

Réfugiés au Parc Maximilien © BELGA

Il existe en effet un écart important entre le nombre de personnes qui manifestent leur soutien en ligne et les gens véritablement prêts à accueillir des migrants chez eux. Si à ce jour, plus de 43 000 personnes ont "liké" la page publique Facebook "Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés", seule une petite partie d'entre elles proposent une aide concrète. Le groupe Facebook fermé "Hébergement plateforme citoyenne" compte lui un peu plus de 32 000 membres.

Professeure en communication à l'Université de Gand, Catherine Bouko décrypte ce phénomène. Elle divise les internautes qui soutiennent les plateformes en trois groupes : "Il y a ceux qui accueillent des migrants chez eux, il y a ceux qui sont sensibles à la problématique, mais qui hésitent à franchir le pas et se nourrissent des témoignages des bénévoles publiés sur la page, et puis il y a ceux qui rejoignent le groupe sans trop savoir pourquoi".

La preuve qu'il y a un fossé entre l'engagement en ligne et les propositions d'aide concrètes, c'est que tous les soirs, les responsables de la plateforme cherchent environ 300 places d'hébergement pour les migrants installés au Parc Maximilien à Bruxelles et qu'ils ont du mal à les trouver.

Slacktivisme

Comme l'explique Catherine Bouko, le phénomène ouvre le débat sur les formes d'engagement citoyen. Certains accusent les jeunes générations adeptes de soutien sur les réseaux sociaux (consistant par exemple à couvrir sa photo de profil Facebook d'un drapeau en hommage aux victimes d'un attentat) de slacktivisme ou engagement passif. Ils leur reprochent de confondre engagement réel et geste symbolique et d'adopter un comportement dicté par l'autosatisfaction.

D'autres, plus optimistes, y voient un premier pas vers une action citoyenne concrète, une façon de compléter les actions sur le terrain par un engagement en ligne et une manière pour les jeunes générations de développer leur pensée politique.

Pour Catherine Bouko, les réseaux sociaux, et surtout Facebook, portent une part de responsabilité dans ces clics parfois "irréfléchis". Ils cherchent en effet, et Facebook en particulier, à jouer sur les émotions des internautes et à créer des contagions émotionnelles en pratiquant ce qu'on appelle le capitalisme affectif.

Aussi la professeure souligne-t-elle l'importance de se rendre compte de la portée de ses clics sur les réseaux sociaux. Dans le cas des migrants par exemple, on pourrait s'imaginer à tort qu'il y a suffisamment de bénévoles pour les accueillir puisque la plateforme de soutien compte plus de 43 000 membres.

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