Elections : ouverture de la chasse aux stars

11/05/10 à 11:06 - Mise à jour à 11:06

Source: Le Vif

Quels sont les espoirs secrets de ces Flamands ou Wallons "connus" qui, comme Jean-Denis Lejeune au CDH, envahissent la scène politique? Peuvent-ils réussir dans leur nouvel univers?

Elections : ouverture de la chasse aux stars

Faut-il être une star de la télé, un dieu du stade ou un champion des classements de notoriété pour réussir en politique? Avec une très courte période électorale, les Flamands et les francophones "célèbres" sont une denrée très convoitée. Certains partis politiques, au nord du pays surtout, font les yeux doux aux people afin qu'ils défendent leurs couleurs lors du passage aux urnes. Pas seulement pour réussir un "coup" médiatique, d'ailleurs. Parfois, un tel transfert de dernière minute est censé constituer un renfort véritable.

Dans le passé, des médecins, des patrons d'entreprise ou des journalistes renommés ont suivi - et réussi - ce parcours peu conventionnel. D'autres se sont lamentablement plantés... L'appel à des personnalités connues est vieux... comme la démocratie. Sans remonter très loin dans le temps, il suffit de se remémorer la vague d'engagements politiques des présentateurs-vedettes de l'ancienne RTB au cours des années 70 (Henri-François Van Aal et Frédéric François au PSC, Henri Mordant au Rassemblement wallon, Luc Beyer au PRL, Georges Désir au FDF...), celle des professeurs d'université un peu plus tard, puis l'arrivée sur la scène politique d'une poignée d'entrepreneurs et de transfuges de l'aide humanitaire. Pendant longtemps, on a commenté de tels parachutages en les qualifiant pudiquement d'"apports de la société civile". Aujourd'hui, le voile d'hypocrisie s'est quelque peu estompé...

Ne pas gonfler le phénomène

A vrai dire, il faut éviter de gonfler le phénomène qui, par définition, est sujet à une médiatisation exagérée. Quel peut être l'apport de ces personnalités connues? Dans le meilleur des cas, leur présence dans les assemblées parlementaires est susceptible de donner un peu de piment aux joutes politiques, voire d'enrichir réellement les débats. Pourtant, l'afflux de "BV" ou de "WC" (Wallons connus) sur les bancs du Parlement risque bien de donner davantage encore aux échanges politiques l'apparence d'un grand spectacle. Si n'importe quel animateur de shows télévisés est élu grâce à sa popularité plutôt qu'en vertu d'un programme politique bien étudié, quel sera l'apport de ces représentants du peuple d'un genre nouveau, législateurs et premiers vigiles du pouvoir exécutif... sans jamais avoir été formés à ce métier exigeant?

Si les partis qui les engagent souhaitent seulement grappiller quelques dizaines de milliers de voix à bon compte, l'échec risque d'être douloureux à moyen ou à long terme. S'ils espèrent avant tout rétablir la relation de confiance avec les citoyens, fâchés avec leurs représentants, le fiasco semble également garanti: on ne compense pas les lacunes d'un message politique en placardant des affiches publicitaires à l'effigie de l'une ou l'autre star de pacotille. En revanche, le rôle de ces célébrités peut devenir significatif si celles-ci parviennent à apporter un intérêt supplémentaire aux partis auxquels ils choisissent d'adhérer, soit en polissant leur image de marque, soit en leur augmentant leur degré de compétences.

Les motifs d'échec les plus courants?

Certains transfuges n'ont vraiment pas le profil de l'emploi. Dans ce milieu où tous les coups sont permis, ils perdent leur ancien statut et sont confrontés à des pièges qu'ils n'ont guère eu le temps d'anticiper. D'autres sont renvoyés à leurs chères études après un succès électoral sans lendemain. Ou jalousés éternellement par les purs produits de la politique, qui, parfois, piaffent d'impatience durant dix ou vingt ans avant de décrocher le mandat "rêvé". D'autres encore s'ennuient à mourir dans leur nouvel environnement.


A tous les nouveaux candidats, toutefois, cet ultime message d'espoir: comme l'a prouvé le débat sur le cumul des mandats, le monde politique lui-même est conscient que les travées parlementaires ne doivent pas être réservées aux seuls "professionnels". De tout temps, les assemblées se sont enrichies au contact d'enseignants, d'avocats, de patrons d'entreprise ou de journalistes. Célèbres ou... anonymes.

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