Pierre Havaux
Pierre Havaux
Journaliste
Opinion

24/05/13 à 12:20 - Mise à jour à 12:20

Élections 2014 : "il ne se passera rien de fracassant avant vingt ans"

Plus que 365 fois dormir avant la grande explication électorale qui fait trembler la Belgique. Alors que le monde politique est déjà remonté comme un coucou, le politologue à la KUL, Bart Maddens joue à Madame soleil : il n'y aura rien de fracassant avant ... vingt ans.

Élections 2014 : "il ne se passera rien de fracassant avant vingt ans"

© Image Globe

Tenir. Un an encore. Avant que les urnes ne fassent parler la poudre. 25 mai 2014 : élections fédérales, régionales, européennes. La totale. De quoi mettre les partis en transe. A gauche et à droite, au nord comme au sud, la poussée d'adrénaline se manifeste déjà.

Le fond de l'air est frais au sud du pays. Le MR cogne dur sur les Ecolos wallons. PS et CDH ont tendance à se fritter de moins en moins gentiment. PS et MR se toisent, se défient, ne se ménagent pas ou plus. Tout est bon pour faire sortir de ses gonds et se crêper le chignon : une grève à l'aéroport de Bruxelles-national, un cafouillage dans la fiscalité verte, et la prise de bec démarre au quart de tour. Qu'on soit partenaires ou non de gouvernement, importe peu : c'est le temps de la musculation, des petites phrases qui se veulent assassines, des pseudo-exclusives qui ne tiennent que le temps d'un émoi.

Et puis cette inconnue qui plane sur le locataire actuel du Palais royal, et qui n'apaise pas le climat. Albert II, stop ou encore ? Philippe, capable ou pas capable? Charmant, tout ça.
Mai 2014 trotte déjà dans toutes les têtes. Rien de neuf en soi. L'année qui précède une élection a toujours l'allure d'une dernière ligne droite. Celle que le monde politique aborde en cherchant à se positionner intelligemment dans le peloton, avec la volonté d'émerger au bon moment sur la ligne d'arrivée, sans s'épuiser à l'avance.

Mais cette compétition-ci a une saveur particulière : un parti fait la course en tête depuis un bon moment. La N-VA de Bart De Wever restera le grand favori à battre. Ses adversaires en ont des sueurs froides, le nez sur le guidon et le coup de pédale rageur pour tenter de recoller. Avec néanmoins une lueur d'espoir, de moins en moins timide, dans les yeux : les nationalistes flamands donneraient de légers signes de fléchissement. Et s'ils ne tenaient pas la distance ? Ingrat, le rôle de favori.

Tant qu'à supputer : et si "la mère de toutes les élections" accouchait d'une souris ? Et si elle n'empêchait nullement la Belgique de poursuivre son petit bonhomme chemin, cahin-caha ?
Bart Maddens, politologue à la KUL, n'en est pas spécialement enchanté, mais il y croit. "Oubliez 2014. Cap sur 2033 !" se lâche-t-il avec une belle pointe d'ironie sur le site du périodique flamingant Doorbraak. Une petite phrase du président du CD&V, Wouter Beke, lui a mis la puce à l'oreille: "La sixième réforme de l'Etat qui est aujourd'hui mise en oeuvre, a en réalité débuté il y a près de vingt ans."

Vingt ans de maturation ! Douche froide pour les nationalistes flamands les plus impatients. Bien sûr, le triomphe si souvent pronostiqué de la N-VA en 2014 modifiera le tempo, démentira cet éloge de la lenteur. Mais Bart Maddens ne croit pas trop au grand rendez-vous de Bart De Wever avec l'Histoire : "la chance que la N-VA devienne incontournable en 2014 n'est pas aussi grande que ça."

Alors ? Alors, le politologue s'amuse à remettre les pendules à l'heure belge. Et se met à gamberger tout haut. Passé le scrutin 2014, les partis traditionnels retrouvent leurs esprits et consacrent les cinq ans qui suivent sans élections à mettre en oeuvre la sixième réforme de l'Etat.

Cap ensuite sur la législature 2019-2024, pour cogiter à l'aise l'inévitable nouvelle réforme institutionnelle. Pas de "nouveau sens de l'urgence" attendu avant 2024. Echéance délicate : Wallons et Bruxellois commenceront alors à perdre, mais progressivement, le bénéfice intégral de la solidarité financière garantie par la loi de financement.

Mais Maddens ne se fait pas de souci : il parie sur la capacité francophone à faire de la résistance pour obtenir de reculer de dix ans toutes les échéances délicates. Non sans recommencer alors à taper sur les nerfs des Flamands. Qui se referont exigeants. Et nouveau poto-poto communautaire.

Ce qui nous mène au scrutin de 2029 (c'est fou ce que le temps passe vite !). Il débouche sur la dernière ligne droite avant l'adoption de la nouvelle réforme de l'Etat en... 2033. Soit dans vingt ans : bien vu Wouter Beke, qui pourra arrêter son chrono.
Pour la petite histoire : Bart De Wever aura alors 63 ans. L'âge où on recherche un second souffle.

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