Eglise belge : les dessous du scandale

03/05/10 à 09:43 - Mise à jour à 09:43

Source: Le Vif

Mgr Roger Vangheluwe, l'évêque démissionnaire de Bruges, qui a reconnu avoir abusé de son neveu, répondra-t-il de ses actes ? Quand Mgr Danneels a-t-il su ? Comment réagit l'Eglise belge depuis que le mur du silence est brisé ? Enquête sur le scandale qui provoque une crise de confiance parmi les croyants.

Eglise belge : les dessous du scandale

© Belga

L'abbaye de Saint-Sixte, à Westvleteren, en Flandre occidentale, est connue dans le monde entier pour sa trappiste, titrée "meilleure bière du monde" en 2005 par un site américain spécialisé. Voilà qu'on reparle d'elle dans un contexte nettement moins plaisant : depuis sa démission comme évêque de Bruges, Mgr Roger Vangheluwe, le prélat qui a reconnu avoir abusé pendant de longues années d'un adolescent de sa propre famille, y séjourne, y prend part aux activités communes et n'a pas à craindre, de perdre son titre d'évêque (sauf sanction papale) et ses droits à la pension.

Pendant ce temps-là, l'Eglise belge assume les retombées du scandale. "Une bombe atomique est tombée sur nos têtes, reconnaît-on dans l'entourage des évêques. Comme l'appréhende notre archevêque, Mgr Léonard, ce séisme déclenche une crise de confiance parmi les croyants."

D'autant que Mgr Vangheluwe est le premier évêque, depuis la vague de scandales de pédophilie qui éclabousse l'Eglise catholique aux quatre coins du monde, à devoir démissionner pour avoir commis lui-même des abus sexuels. Les autres prélats limogés jusqu'à présent par le pape ont été sanctionnés pour avoir couvert des hommes d'Eglise dont ils étaient les supérieurs. "Le pire, pour l'Eglise belge, serait la révélation de nouvelles affaires graves dans six mois ou plus, estime un conseiller de Mgr Léonard. Voilà pourquoi nous avons tout intérêt à pratiquer la transparence. Quel que soit le prix à payer, il faut faire éclater toute la vérité maintenant, et donc examiner la quarantaine de plaintes envoyées ces jours-ci à la commission chargée du traitement des plaintes pour abus sexuels commis par des membres du clergé."

Les faits commis par Mgr Van-gheluwe étant prescrits - ils se sont déroulés du début des années 1980 à 1987-, l'évêque ne risque, en principe, aucune poursuite pénale. Une enquête est néanmoins ouverte par le parquet de Bruges, tandis que le prélat encourt des sanctions ecclésiales, dont la plus sévère est la réduction à l'état laïque. "Benoît XVI, qui a adopté une ligne de tolérance zéro, ne va pas en rester là, pronostique un vaticaniste. Il y aura sanction."

L'aveu de l'ex-évêque de Bruges est, il est vrai, accablant : "Quand je n'étais pas encore évêque, et également un certain temps après, j'ai abusé sexuellement d'un jeune de mon entourage proche."

Le choc est immense pour ceux qui fréquentaient le prélat. "Nous sommes désarçonnés, car il n'existait aucune indication que notre évêque vivait sous la pression d'un tel problème", assure Peter Rossel, porte-parole de l'évêché de Bruges. Dans son fief de Flandre occidentale, on décrit Vangheluwe comme un homme jovial, accessible, grand amateur de pralines. "Chaleureux, soucieux de la vie de ses paroissiens, il me faisait plus penser à un curé de campagne qu'à un évêque", confie un prêtre local.

"Il était parfois un peu bougon, mais pas du genre coincé, témoigne un membre du haut clergé. Il aimait les bons mots, participer aux fêtes populaires. Il n'était pas toujours sur la même longueur d'onde que les autres évêques. Car il dirigeait un diocèse atypique, où la religion catholique reste un pilier de la société, alors que les autres prélats sont confrontés à un monde largement sécularisé."

Néà Roulers le 7 novembre 1936 dans un milieu modeste, il est le cadet d'une famille de quatre enfants. "Ses deux soeurs aînées ont interrompu leurs études afin que le garçon puisse poursuivre les siennes", indique Jan De Volder, journaliste à l'hebdomadaire Tertio. On ne l'inscrit pas au Petit Séminaire de Roulers, lycée qui accueille les enfants de familles bourgeoises et de la classe moyenne, mais à la Vrije Middelbare School, école catholique moins prestigieuse, où le latin ne figure pas au programme. Ordonné prêtre à Bruges à 26 ans, il est nommé évêque du diocèse en décembre 1984, à 48 ans, alors que l'évêque auxiliaire, Eugeen Laridon, était donné favori. Cette ascension rapide, qui est aussi sociale, va en surprendre plus d'un.

Vangheluwe n'avait rien d'un intellectuel ni d'un théologien, ce qui le distinguait de son ancien compagnon de séminaire, le cardinal Danneels, et d'évêques tels que Mgr Léonard ou Mgr Harpigny. Il a célébré la messe au pèlerinage de l'Yser et a créé du remous, en février dernier, quand il a critiqué le recours massif, en Belgique, aux prêtres africains et polonais. "Son attitude s'explique par le fait que son diocèse, épargné jusqu'il y a peu par la crise des vocations, n'a pas dû recourir à des renforts étrangers, comme à Malines-Bruxelles-Brabant wallon", indique un curé bruxellois.

Rétrograde, Vangheluwe ? Pas sur tous les plans. Proche de certaines associations chrétiennes étiquetées "tiers-mondistes", il a pris des positions parfois peu conformes à la ligne romaine. Il a plaidé pour la désignation de femmes diacres et n'a pas fermé sa porte aux divorcés remariés. "Désormais, je me retire", a-t-il annoncé le jour de sa démission, après avoir présenté ses excuses à la victime, à toute la communauté catholique et à la société.

OLIVIER ROGEAU et MARIE-CECILE ROYEN

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