Christine Laurent
Christine Laurent
Rédactrice en chef du Vif/L'Express
Opinion

14/06/10 à 11:18 - Mise à jour à 11:18

Du tac au tac

A deux jours des élections, les sondages donnent 25% de voix au parti de Bart De Wever, celui qui annonce la fin de la Belgique et sait y faire pour diriger le pays dans cette voie.

Du tac au tac

Par Christine LAURENT

"Pour notre pays, il est minuit moins cinq." Ainsi parlait l'oracle de la N-VA une semaine avant les élections. Pour annoncer, dans la foulée, la prochaine liquidation de la SA Belgique avec, en prime, la disparition de la Région bruxelloise. Et s'en réjouir, s'en délecter même. Comme de chacune de ses provocations subtilement dosées, distillées goutte après goutte, une forme de supplice chinois qui l'amuse beaucoup.

Finalement, c'est un sacré ludique, ce De Wever! D'autant plus qu'il ne manque pas d'amateurs pour se laisser hypnotiser. L'une de ses bombinettes à peine lâchée, tous se précipitent, Olivier Maingain et Joëlle Milquet en tête, pour surenchérir, offrant ainsi à la nouvelle "star" flamande une caisse de résonance assourdissante certes, mais perverse. Dans la manipulation de la nitroglycérine communautaire, c'est un champion, Bart. Avec un parti crédité de 25% des intentions de vote en Flandre, il trône au centre de l'échiquier, avec en main, peut-être, la clé et la serrure de notre futur. La farce tragique prêterait à rire si, hélas!, l'heure n'était grave. Car l'oracle funeste a raison, il est bien minuit moins cinq!

Un temps précieux pour organiser une contre-offensive. Hélas, hélas, dans le camp francophone, le chamboulement qui agite la Flandre a créé de sérieuses fissures et la sourde rivalité entre partis gronde à nouveau. Fini le tendre roucoulement des lendemains des régionales entre le CDH et les verts quand il s'agissait d'enfanter l'olivier. "Vous mentez aux gens", accuse Joëlle Milquet en regardant du côté de Jean-Michel Javaux. "C'est à cause de Madame Non que l'extrémisme monte dans ce pays", rétorque fissa Jacky Morael. Ambiance, ambiance.

Mais le parti humaniste et les Ecolo n'ont pas le monopole des demi-mots acides. Il faut les entendre, les leaders du PS et du MR, lâcher leurs petites phrases assassines, les mots perfides qui font mouche. Tout bénéfice pour le Parti populaire de "Modri et Rudi" crédité de quelque 8% d'intentions de vote à Bruxelles, mais en pleine déliquescence interne avec des militants qui fuient à grandes enjambées, pétris d'amertume et d'espoirs déçus. Belle performance! Reste, imperturbable, le président du FDF qui joue gros, lui, le 13 juin. Un quitte ou double. Il fait un carton? C'est lui qui donnera le ton côté francophone. Il se plante? A peine son parti aura-t-il droit à un strapontin.

Or, dès le 14 juin, il faudra bien un front uni pour contrecarrer le travail si ardemment souhaité par De Wever: la déconstruction, rapido presto, du fédéralisme d'aujourd'hui. De fait, au Nord, les partis traditionnels rechignent à un séparatisme radical. Mais réussiront-ils à sauver une majorité? Envolée, aussi, la solidarité Nord-Sud. Pour preuve, les coups de boutoir de Marianne Thyssen et d'Yves Leterme contre le CDH, l'allié de toujours qu'ils sont prêts à lâcher, Mevrouw Neen ayant fini par taper sur les nerfs de tous. Il paraît que l'union fait la force? Larguée la Sagrada Familia!

Trémoussements, vanités, stigmatisations, musculations... les préliminaires aux indispensables négociations s'annoncent scabreux. Jusqu'au jour où il faudra bien se reparler, s'asseoir à côté des infréquentables, serrer les rangs pour traverser les heures convulsives à venir, trouver des issues institutionnelles dans le brouillard. Plus de dérobade possible. Pendant les précieuses cinq dernières minutes, il n'y aura plus de place non plus pour les confidences boxer-pyjama (enfin!) dans l'espoir de gratter quelques voix, pour la diabolisation, les coups bas. Place au sang-froid! Histoire de donner envie aux plus rebelles et récalcitrants d'entre nous d'aller voter pour de futurs élus responsables, visionnaires et capables de construire (et non pas de bricoler) une véritable réforme de l'Etat.

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