Droit de réponse pour Jean-François Godbille, par l'intermédiaire de son avocat Laurent Kennes

10/11/17 à 11:36 - Mise à jour à 13:44

Source: Le Vif

Nous avons reçu pour l'Avocat Général Jean-François Godbille, par l'intermédiaire de son avocat Laurent Kennes, le droit de réponse suivant.

Ce jeudi 9 novembre 2017, mon nom a à nouveau été cité à la Une de l'actualité dans l'affaire KAZAKHGATE. Il est notamment affirmé que "l'Avocat Général GODBILLE, sous enquête, a bénéficié de fuites."

La liberté de la presse est essentielle et il ne m'appartient pas de la remettre en cause. Les médias font manifestement leur travail et même s'il devait y avoir des griefs à formuler sur la manière, là n'est pas l'objet de mon propos.

Je n'ai pas accès aux pièces divulguées dans la presse.

Il est intolérable pour la personne nommément citée dans une telle affaire, de constater que des pièces d'un dossier couvert par le secret de l'instruction sont citées entre guillemets dans la presse. Tel est le cas, notamment, de passages de conversations téléphoniques tenues entre des tiers et d'un pro justitia du procureur général près la cour d'appel de Bruxelles.

Mon avocat et moi n'avons, pour notre part, pas accès à ces pièces, le secret de l'instruction nous ayant été opposé jusqu'à présent. Quelle hypocrisie que ce système qui dérape ! Ceux qui font l'objet de l'enquête n'ont pas le droit d'avoir accès au dossier, mais la presse les obtient.

Il est, encore, piquant de relever qu'il m'est fait grief, semble-t-il, d'avoir reçu une information relative à la seule existence de ces écoutes lorsque le dévoilement, non pas de leur existence, mais de leur contenu même intervient à la suite de la commission d'une infraction pénale passible de trois ans d'emprisonnement. Serais-je moins probe d'avoir reçu une information non sollicitée que celui qui la divulgue volontairement à la presse ou encore de celui qui l'exploite parce que tel est l'objet de son métier ?

Je n'ai reçu aucune information de la part d'un membre du parquet fédéral.

Je n'ai jamais, contrairement à ce qui est écrit, reçu d'information me concernant par un membre du parquet fédéral. Je ne souhaite par ailleurs pas m'exprimer sur ce qui a été acté par mon chef de corps, le procureur général près la cour d'appel de Bruxelles, une enquête judiciaire paraissant avoir été ouverte à sa suite et concernant un tiers.

Les conversations entre Pierre SALIK et son avocat.

Les conversations tenues entre un justiciable et son avocat sont couvertes par le secret professionnel de l'avocat. Non seulement elles semblent utilisées dans une enquête en cours, mais les voici même livrées à la presse. Mon avocat et moi ne comprenons pas qu'une telle dérive soit possible dans un État de droit, sans que personne ne s'interroge sur la légitimité de cette démarche.

Sur leur contenu, les seuls qui peuvent fournir un éclairage sont ceux qui y ont participé. Il m'est impossible d'expliquer de très brefs passages de conversation où, pour l'essentiel, il n'est pas question de moi.

Mieux encore, ces conversations auraient été tenues en novembre 2016 et communiquées dans le dossier KAZAKHGATE dans la foulée. Je comprends donc qu'elles étaient dans le dossier judiciaire bien avant que celui-ci ne soit transmis par la Cour de cassation à la Cour d'appel de Mons.

Or, contrairement à ce qui a été écrit, j'ai été entendu par le Président Olivier Delmarche, magistrat instructeur en charge de ce dossier. Aucune question ne m'a été posée à propos de ces conversations, et pour cause. Leur contenu ne remet nullement en doute ce que j'ai exprimé devant la Commission parlementaire et devant la magistrat instructeur.

Et aucune nouvelle audition n'est prévue à ma connaissance pour m'entendre sur ces éléments, qui n'ont manifestement de neuf que leur divulgation.

Jean-François Godbille : un homme intègre

Si ce dossier doit faire l'objet d'une attention particulière en raison de la possible mise en cause de membres des pouvoirs politique et judiciaire, elle ne peut pas être l'occasion, comme trop souvent, de jeter le discrédit sur un homme par de simples supputations. Si la corruption nous inquiète à juste titre et mérite notre vigilance - elle a été l'objet de mon attention tout au long de ma carrière, les atteintes répétées à la probité des hommes soumis à une enquête représentent un autre fléau qui gangrène notre société.

Il ne suffit en ce sens pas qu'il soit écrit en fin d'article, que Jean-François Godbille est présumé innocent pour se garantir que ma réputation ne soit pas injustement mise en cause. C'est malheureusement trop tard pour la personne concernée qui n'a rien à se reprocher. Le mal est souvent déjà fait. Le doute s'est immiscé.

Alors, au moins, puisqu'il n'y a pas de moyens d'y faire face autrement que par la dialectique, je me permets d'inciter tout lecteur à faire usage de son esprit critique.

Je suis à deux ans de la retraite. J'ai consacré ma vie professionnelle à lutter contre la criminalité, et en particulier la criminalité en col blanc, souvent avec succès.

Est-il raisonnable de suspecter un homme de cette probité-là d'avoir participé à un acte de corruption dans un dossier portant sur des millions d'euros, tout cela pour permettre à une association sans but lucratif de recevoir une somme totale de 25.000,00 € ? Est-ce sérieusement, ce qui doit être déduit ou même imaginé sur la base de conversations entre un tiers et son avocat évoquant, dans des phrases peu compréhensibles, des "Françoise", "Roger", "la crapule" ou encore "le petit bonhomme ". La seule fois que mon nom est cité, c'est en lien avec la princesse Léa, ce qui est parfaitement cohérent avec ce que j'ai toujours exprimé.

Je ne suis donc pas présumé innocent. Je le suis, tout simplement. Avec un bon sens, c'est évident, mais c'est encore mieux quand c'est écrit, dit et répété.

Bruxelles, le 9 novembre 2017

Laurent KENNES

Ce qu'écrit l'avocat de M. Godbille ne change rien à ce que nous avons publié dans les colonnes du magazine Le Vif et sur le site levif.be. D'autant que la source qui l'a alerté en 2015, avant son échange de courrier avec la princesse Léa, reste une énigme. L'avocat-général ne nous en dit rien à ce sujet, alors que, sous serment, devant la Commission d'enquête parlementaire Kazakhgate il a affirmé avoir appris par la presse que le versement des 25.000 euros provenait de l'avocate Degoul. Or le premier article relatant cette information date de novembre 2016 (Le Soir). M. Godbille s'interroge sur la légitimité de publier la teneur d'une conversation entre un avocat et son client, mais le document que Le Vif, Le Soir et De Standaard ont pu consulter indique clairement que Me Bonhivers n'intervient pas dans la conversation comme le conseil de M. Salik, mais qu'il s'agit d'une conversation de nature privée suite à la publication d'articles de presse concernant Léa de Belgique et les 25.000 euros perçus par sa fondation.

La rédaction du Vif

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