Thierry Fiorilli
Thierry Fiorilli
Rédacteur en chef du Vif/L'Express
Opinion

21/11/14 à 10:16 - Mise à jour à 10:31

Dieu n'est qu'un chef de clan

C'était le 10 octobre dernier. Un vendredi après-midi. La veille de l'installation du gouvernement Michel. Au Lambermont, la résidence du Premier ministre en exercice, Elio Di Rupo recevait les journalistes. Une dernière fois. Enfin, en tant que chef de gouvernement.

Dieu n'est qu'un chef de clan

© Belga

Celui qui s'était érigé en ange gardien de la Nation, au-dessus du tumulte, lévitant, prêchant la bonne parole et désapprouvant toute animosité, de la part et à l'égard de qui que ce soit. Ce jour-là, Di Rupo apparaissait pareil à ce qu'il avait montré lors de ses milliers de sorties publiques effectuées durant ses deux ans et demi de mandat. Tiré à quatre épingles, souriant, affable, attentionné. Sans saillie ni aspérité. En maître des lieux. En seul maître des lieux. En maître naturel des lieux.

Une fois, une seule fois, l'homme qui était le plus puissant du pays jusqu'à l'alliance nouée, trois mois plus tôt, entre Charles Michel, Bart De Wever et Kris Peeters, a semblé décontenancé. Par une discussion en petit comité :

- "Allez-vous vous représenter à la présidence du PS ?"

- "Oui, bien sûr !"

- "Pourquoi ?"

- "Mais... J'ai quand même fait 787 000 voix aux dernières élections !"

- "Oui mais vous pourriez estimer qu'après avoir dirigé le gouvernement, vous ne vous voyez pas reprendre vos fonctions d'avant, surtout dans l'opposition. Vous pourriez vous retirer, sur vos terres, bourgmestre de Mons, d'autant que votre ville est capitale européenne de la culture l'an prochain. Et estimer que d'autres doivent reprendre le flambeau, maintenant."

Le regard d'Elio Di Rupo, ses mouvements d'épaules, ses hochements de tête, ses intonations même, tout indiquait la consternation. Parce que la question ne se posait pas. Parce qu'il n'y avait, en somme, que deux scénarios possibles : Di Rupo Premier ministre ou Di Rupo président du PS. Tous les autres cas de figure confinaient à l'absurde, l'inconcevable, l'incompréhensible. Et en avoir suggéré un, différent, non prévu, pas même envisagé, condamnait toute poursuite de l'entretien. Non pas parce que le Montois s'était senti offensé. Mais parce que l'échange venait de virer au dialogue de sourds.

Depuis, Charles Michel s'est installé au 16. Et Di Rupo a récupéré son bureau présidentiel au Parti socialiste. Il a fixé à ces 21 et 22 novembre le scrutin qui va lui en confier la direction pour encore quatre ans. Aucun autre candidat ne se présente. Et celles et ceux, en interne, qui y voient le mandat de trop ne se bousculent pas pour le clamer à visage découvert. L'homme qui veillait sur le pays, comme le berger sur son troupeau ou comme un dieu sur ses fidèles, cet homme-là est donc redevenu un chef de clan. Un baron de la guerre. Un président d'une formation politique renvoyée dans l'opposition. Une formation qui s'y révèle sans modération, sans nuances, sans projets, sans foi ni loi. Ne dénonce-t-elle pas aujourd'hui, parfois jusqu'à l'outrance, ce qu'elle a elle-même institué, et qu'elle justifiait avec condescendance, lorsqu'elle disposait de tous les pouvoirs ?

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Pas sûr qu'avec la réélection de Di Rupo les leçons d'un déclin électoral évident soient tirées au PS

Pas sûr, dès lors, qu'avec le quatrième mandat consécutif d'"Elio", le débat interne retrouve sa place au PS. Pas sûr qu'on y tente de tirer les leçons d'un déclin électoral évident et d'un échec de calcul politique cuisant, essuyés simultanément depuis la fin du printemps dernier. Pas sûr qu'on y décide de consacrer toute son énergie au développement de Bruxelles et de la Wallonie. Pas sûr qu'on y opte pour des projets d'avenir. Plutôt que pour des stratégies de communication.

Cette communication sacro-sainte qui, lorsqu'elle fait perdre le sens des réalités et s'impose comme unique priorité, annonce toujours le début de la fin. Pour celui qui l'orchestre comme pour l'ensemble de ceux qui jouent la partition.

Le dossier "Di Rupo va-t-il tuer le PS ?" dans Le Vif/L'Express de cette semaine

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