Di Rupo Premier ministre : l'ensorceleur

14/12/11 à 16:06 - Mise à jour à 16:06

Source: Le Vif

Sous le masque de circonstance, Elio Di Rupo doit savourer son dernier trophée. Premier ministre fédéral, il est le premier Wallon à l'être au bout de 37 ans. Ce n'est pas tout : il quitte la présidence d'un des partis socialistes les plus puissants d'Europe. Après s'être fait tout seul, l'homme fort du PS sait s'appuyer sur les autres pour bâtir sa puissance.

Di Rupo Premier ministre : l'ensorceleur

© Image Globe

C'est toute la magie de la machine de guerre socialiste. Dans le sillage du Premier ministre, l'armada PS va se mettre en branle. Ministres, parlementaires, grands commis de l'Etat : tous, à leurs postes, auront à coeur de ne pas le décevoir. Cela n'en fait pas pour autant une armée de fidèles de la première heure, encore moins des inconditionnels de Di Rupo. Ceux-là se repèrent ici et là, dans le biotope socialiste (voir la galaxie en page 24).
L'horizon du Montois ne s'arrête pas à la forteresse PS. Di Rupo détient d'autres clés capables d'ouvrir d'autres portes. La longévité et plus encore la richesse de sa carrière ministérielle lui ont permis d'enrichir son trousseau. L'Education, l'Audiovisuel, la Fonction publique en Communauté française ; l'Economie, les Télécoms, les Entreprises publiques, le Commerce extérieur au fédéral, avec en prime un statut de vice-Premier ministre. Enfin, la ministre-présidence de la Région wallonne.

Chacun de ces passages a laissé des traces, alimenté son carnet d'adresses. C'est la griffe de Di Rupo, unanimement reconnue : il marque toujours son empreinte, par personnes interposées, dans des tas de secteurs : politique, économique et financier, médiatique, culturel, scientifique. "C'est sa grande force, un des outils à la base de son ascension : il est et reste présent partout. Je ne connais pas un milieu qu'il n'ait pas exploré", confesse cette pointure libérale. Une figure du PS confirme : "Di Rupo n'est pas l'homme d'un réseau, mais de réseaux."

Plus d'un tour dans son sac

Di Rupo prend soin d'entretenir, et de cultiver ces multiples jardins, par sa capacité à déléguer et à s'entourer. Il y consacre aussi un redoutable pouvoir de séduction qui porte ses fruits, même dans des milieux qui ne lui veulent pas forcément que du bien. Un de ses interlocuteurs, qui n'est pas de son bord politique, témoigne de manière anonyme du malaise qu'il en a parfois ressenti : "Di Rupo a l'art de valoriser les gens, de les rendre importants. Plus que charmeur, il a un côté ensorceleur. En tout cas, il ne donne jamais le sentiment de se prendre pour un génie. C'est toute la différence avec un Guy Spitaels ou un Didier Reynders : avec eux, vous repartez avec la conviction d'être une m..."

Il arrive que certains résistent au sortilège. Anne Demelenne, secrétaire générale de la FGTB, n'est jamais une alliée commode pour Di Rupo. Elle a même eu le toupet de manifester ouvertement des sympathies pour les verts. La tentative du président du PS de séduire la responsable syndicale a tourné court : une place de candidate aux élections régionales de 2009 sur la liste PS a laissé de marbre Anne Demelenne.

Ce jour de janvier 2011, Richard Miller (MR) manque de perdre le fil de ses idées en voyant débouler Di Rupo, en pleine défense de sa thèse de doctorat : un temps mort dans la crise politique, et le président du PS a programmé un crochet par l'ULB pour écouter son rival montois en politique. Le petit geste qui entretient l'amitié. La porte entrouverte à un possible renvoi d'ascenseur.

Vieille ficelle du métier, maîtrisée avec brio par Di Rupo. Il a d'autres tours dans son sac. Un classique : provoquer une situation de faiblesse pour en tirer profit. Pro de la com', le président du PS a toujours tenu à l'£il les médias. Il n'y laisse rien au hasard, veille à ne pas y désinvestir. Rien de tel pour garder la main sur le secteur que de bombarder comme ministre de l'Audiovisuel en Communauté française une inconnue en politique. Nommée en 2004, Fadila Laanan (PS) a surtout droit à un chef de cabinet de poids à ses côtés : Gilles Mahieu, conseiller spécial et homme de confiance de Di Rupo, qui en a fait depuis le secrétaire général du PS.

"Les relations que Di Rupo noue sont très ciblées en fonction de leur efficacité", résume Richard Miller. "Il y met une précision quasi scientifique", complète un dirigeant du PS. Déformation professionnelle : le docteur en chimie Di Rupo est parfaitement capable de modifier à temps une potion quand elle n'a plus rien de magique.

Février 2008, coup de balai au Boulevard de l'Empereur. Secrétaire général, directeur du centre d'études du parti, et attachée de presse : la garde rapprochée de Di Rupo fait peau neuve. Le trio Jean-Paul Barras - Frédéric Delcor - Florence Coppenolle cède le témoin à Gilles Mahieu - Anne Poutrain - Ermeline Gosselin. Un ponte du PS décode : "Après la défaite électorale de juin 2007, une nouvelle harmonie entre la présidence et les structures intermédiaires du parti s'imposait. Malin, Di Rupo a pris les devants : il a choisi Poutrain et Mahieu, qui ont une sensibilité plus grande à l'appareil du parti." Là encore, les "remerciés" sont judicieusement recasés : Delcor à la tête de l'administration de la Communauté française, Coppenolle à la communication chez Belgacom, Baras délégué de la Communauté française à Paris.
Ne jamais jeter quelqu'un, autre réflexe de survie en politique. Sauf quand l'erreur de casting s'avère trop flagrante. Edmée De Groeve avait gagné toute la confiance de Di Rupo, jusqu'à ce qu'elle tombe dans les ennuis judiciaires. Le président du PS a de quoi en être affligé : il avait fait de cette Hennuyère, néerlandophone d'origine, son administratrice en chef dans les entreprises publiques (SNCB, Loterie nationale, aéroport de Charleroi). De Groeve disparaît promptement des tablettes présidentielles, sans dommages collatéraux. "Di Rupo a cette capacité invraisemblable de passer à travers les choses", reconnaît, un brin admiratif, un libéral wallon.
Heureusement, il y a les fidèles des fidèles. On les retrouve, aux côtés de Di Rupo, au conseil d'administration de la Fondation Franz Aubry que le Montois a fondée pour venir en aide aux orphelins qui veulent faire des études universitaires : Martine Durez, Jacques Braggaar, Carine Doutrelepont, Guy Quaden, Bernard Thiry. Des Liégeois dans le cercle des intimes : Di Rupo a le bras long, il a su l'étendre bien au-delà de son fief montois.

Pierre Havaux

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