" Di Rupo, le président du PS, doit corriger Di Rupo le formateur "

17/11/11 à 20:05 - Mise à jour à 20:05

Source: Le Vif

Nico Cué, le secrétaire général de la FGTB-métal Wallonie-Bruxelles, le dit sans détours : "Je suis en colère contre le Parti socialiste." Le syndicaliste promet la grève générale (jusqu'à 72 heures !) si Elio Di Rupo s'engage sur la voie de l'austérité budgétaire. "On pense que le combat va être dur et long."

" Di Rupo, le président du PS, doit corriger Di Rupo le formateur "

© Image Globe

Le Vif/L'Express : Vous revenez d'un séjour en Grèce. Ce que vous avez vu là-bas a-t-il modifié votre perception de la crise actuelle ? Nico Cué : Ce voyage a fait évoluer mon analyse de façon spectaculaire. Je reviens convaincu que les mesures d'austérité ne servent absolument à rien.

Auparavant, vous ne l'étiez pas ?

J'avais des doutes. Il y a ce poids de la dette qui pèse sur tous les pays européens. On a beau être un responsable syndical, on n'échappe pas au discours ultra-dominant. Je m'étais un peu laissé endormir par cette idée qu'en temps de crise, il n'est peut-être pas anormal, au fond, que tout le monde contribue à l'effort. Mais ce que j'ai vu en Grèce démontre que l'austérité ne fera qu'empirer le problème.

Pourquoi ?

Un seul exemple : les chantiers navals Ellefsina sont complètement à l'arrêt. Les ouvriers ne savent même pas s'ils ont encore leur travail ou s'ils sont au chômage. Toujours est-il que, depuis quatre mois, plus un seul euro n'est rentré sur leur compte. L'Etat lève une multitude de taxes et, pour s'assurer que les gens payent, ces taxes sont couplées aux factures d'électricité. Si vous ne payez pas, on vous coupe l'électricité. Malgré ça, de plus en plus de Grecs ne payent pas. Il n'y a pratiquement plus de rentrées dans les caisses de l'Etat, ce qui aggrave encore le problème de la dette publique.

La situation ne se présente-t-elle pas sous un jour moins dramatique en Belgique ?

Que ce soit en Grèce, en Espagne, en Italie, en France ou en Belgique, c'est vers la même politique d'austérité voulue par les technocrates de la Banque centrale européenne que l'on se dirige. Or la preuve est faite à travers l'exemple grec que ça ne marche pas. Nous sommes en train d'être tous entraînés dans une spirale de la pauvreté. Le seul moyen d'en sortir, c'est de mener une politique de relance, et donc d'accepter un déficit x ou y.

La vice-première ministre socialiste Laurette Onkelinx a toujours assuré que le gouvernement fédéral mènerait une politique de rigueur budgétaire, mais qu'on échapperait à l'austérité. Je n'y crois pas. Pas du tout ! On verra bien ce qu'en penseront les chômeurs, les jeunes qu'on va priver d'indemnités d'attente, les travailleurs qui se retrouveront au chômage à 58 ans et pour qui il n'y aura plus de prépension.

Le compromis institutionnel conclu par les 8 partis et l'accord budgétaire tel qu'il se dessine ne préservent-t-il pas l'essentiel à vos yeux : la sécurité sociale ?

Dès le 4 juillet, on a envoyé une lettre à Elio Di Rupo pour dire tout le mal qu'on pensait de sa note. Elle nous paraissait insupportable comme base de négociation. Dans cette letre, on demandait à Di Rupo président du Parti socialiste de corriger Di Rupo formateur. Il ne nous a pas répondu.

Qu'avez-vous pensé de la carte blanche signée par tous les parlementaires socialistes, dans Le Soir du 7 novembre ? "Opter aujourd'hui, en tant que responsables politiques, pour le bitume des manifestations plutôt que pour l'action au sein d'un gouvernement, cela reviendrait à nier nos responsabilités", écrivaient-ils. C'est une capitulation. Je ne comprends pas. Le PS est en train de perdre son âme... La social-démocratie a toujours essayé de maintenir un équilibre entre le patronat, les pouvoirs publics et le monde syndical. On essayait de voir comment se partager la richesse.

Sauf qu'aujourd'hui, il n'y a plus guère de richesse à répartir. La croissance devrait stagner aux alentours de 1 % en 2012.

En 1980, la dette publique représentait 120 % du Produit intérieur brut. L'inflation atteignait presque 10 %. On payait les intérêts de la dette à 12 ou 13 %. On en est morts ? Non.

Pour sortir du bourbier budgétaire dans laquelle la Belgique se trouvait au début des années 1980, les citoyens ont tout de même dû encaisser trente années d'austérité, quasi sans interruption.

Hormis la contraction de 2008, le PIB n'a cessé d'augmenter depuis trente ans. Comment n'arrive-t-on pas à rembourser une dette inférieure, en pourcentage du PIB, à ce quelle était dans les années 1980, alors que les taux d'intérêts sont eux aussi largement inférieurs ? Je voudrais bien qu'on m'explique. A l'époque des gouvernements de Wilfried Martens et Jean Gol, il y a eu trois sauts d'index. On nous a dit : ça va faire mal, mais ce ira mieux après, pensez aux générations futures. Sous Jean-Luc Dehaene, on s'est farci le Plan global. On nous a dit : l'effort va être douloureux, mais c'est pour sauver les pensions. En 2005, lors du Pacte de générations, le discours était à nouveau le même : vous allez voir, c'est pour les générations futures... Résultat ? Mon fils est né en 1983 et son avenir est pire que le mien. Et pourtant, la Belgique n'a jamais produit autant de richesses ! Entre 1980 et 2010, le PIB a été multiplié par quatre. Sur la seule année 2010, le nombre de Belges millionnaires en dollars est passé de 65 000 à 73 000. Qu'on m'explique !

"Le PS est le seul parti qui a la force de dire non à l'austérité, mais aussi le courage de dire oui à ses responsabilités", pouvait-on encore lire dans la carte blanche des parlementaires socialistes.

> Ses responsabilités, le PS devrait les prendre aux côtés des gens qui ont voté pour lui. Lors des dernières élections, les citoyens ont puni les libéraux. Et aujourd'hui, on met en place le programme des libéraux force cinq.

La politique, c'est aussi l'art du compromis. Six partis négocient. N'est-il pas normal que le PS doive accepter certaines mesures désagréables à ses yeux ? On a assez reproché à la N-VA de vouloir toujours imposer ses vues...

Est-ce que les libéraux mettent de l'eau dans leur vin ? Les deux réformes fiscales de Didier Reynders ont coûté 5 milliards d'euros par an au trésor public. Pendant dix ans, on a vidé les caisses de l'Etat. Au lieu de faire des cadeaux aux riches et aux entreprises, il aurait mieux valu réserver cet argent-là pour des situations de crise comme celle que nous vivons maintenant. Le PS devrait être le garant de l'équilibre entre les différentes catégories sociales.

Aujourd'hui, vous êtes en colère contre le PS ou vous lui laissez encore le bénéfice du doute ?

Je suis en colère contre le PS. J'espère qu'ils vont se ressaisir. Mais ce n'est pas avec leur carte blanche du 7 novembre qu'ils vont se ressaisir.

Jusqu'où êtes-vous prêts à aller si l'accord budgétaire ne vous satisfait pas ?

Nous sommes prêts à aller au conflit. Le meeting au Heysel, mardi, était très clair. Si les mesures contenues dans le budget sont déséquilibrées, et on est convaincu qu'elles le seront, on va aller jusqu'à la grève générale. Au prochain comité fédéral de la FGTB, le 6 décembre, les métallos Wallonie-Bruxelles proposeront une feuille de route d'action, avec une grève générale de vingt-quatre heures en janvier. On pense que le combat va être dur et long. On propose donc d'aller crescendo, avec une grève de 48 heures en avril, et de 72 heures en juin. C'est dire qu'on risque de rentrer en conflit très fort avec le gouvernement, dont le Premier ministre sera probablement Elio Di Rupo.

ENTRETIEN : FRANÇOIS BRABANT

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