Walter Pauli
Walter Pauli
Walter Pauli est journaliste au Knack.
Opinion

05/08/15 à 10:52 - Mise à jour à 11:18

Depuis le tax shift, les syndicats chrétiens sont dans un cul-de-sac

Marc Leemans (CSC/ACV) ne cesse de dire que le gouvernement Michel est antisocial. Sauf qu'en réagissant de cette manière, il ne fait pas avancer ses propres desiderata d'un iota.

Depuis le tax shift, les syndicats chrétiens sont dans un cul-de-sac

Marc Leemans et Marie-Hélène Ska © Belga

Marie-Hélène Ska, en tant que secrétaire générale de la CSC/ACV, est le numéro deux d'un des plus grands syndicats du pays. En Belgique francophone elle est même numéro 1. Lors de sa dernière sortie médiatique dans Le Soir elle s'en est prise sans façon à tout ce qui est socialiste. Comment déterminer l'impact de cette interview particulièrement agressive ? Ska vient d'une famille de fermiers catholiques du Luxembourg et est la compagne de l'écolo Jean-Marc Nollet. Il n'a donc jamais eu beaucoup de sympathie pour le PS.

Chochottes

Est-ce que cette interview est le signe d'une nervosité grandissante à l'approche des élections sociales de l'année prochaine ? Elles ont tendance à exacerber les tensions entre les syndicats. Le premier mai de cette année, Goblet avait déjà dit de la CSC/ACV qu'elle était le bras armé du CD&V. Certains FGTB/ABVV aiment eux dire que ceux de la CSC/ACV ne sont que des chochottes toujours prêtes à céder en premier. La preuve : ils ne se révoltent pas vraiment contre les dernières mesures du gouvernement Michel. De la part d'un syndicat wallon, ce n'est pas un reproche innocent.

Ou cette interview cacherait-elle davantage ? Les propos de Ska ont été publiés juste après l'annonce du tax shift où les corrections sociales du CD&V étaient à peine visibles. En Wallonie, on se rappelle parfaitement comment ce gouvernement a vu le jour. Il n'a été possible qu'après que le PS et le CDH aient formé une coalition en Wallonie, poussant le MR à relever l'authentique défi qui consiste à diriger un gouvernement en grande partie flamand en tant que seul parti francophone. C'est aussi pour cela que les francophones et les chrétiens démocrates sont trop peu nombreux dans le gouvernement fédéral. Parce que le CDH est resté sur la touche, sur l'injonction du PS.

Les effets secondaires de cette stratégie politique seraient-ils en train de refaire surface ? Est-ce que le ministre l'Économie Kris Peeters n'aurait pas pu obtenir un important impôt foncier si Joëlle Milquet s'était trouvée à ses côtés au sein du Kern ?

Comme un drapeau rouge devant un taureau

Le tax shift a le même effet pour la FGTB/ABVV qu'un drapeau rouge devant un taureau. Sur TV Limbourg le syndicat socialiste parle déjà de bloquer les autoroutes ou de mettre à l'arrêt le port d'Anvers. Dans l'aile plus radicale de la FGTB/ABVV le langage militant gronde. La CSC/ACV craint-elle de suivre la même destinée que le CDH : être l'otage d'une politique décidée dans les quartiers généraux socialistes ?

Le pire qui puisse arriver au PS, c'est que Marie-Hélène Ska au travers de son interview veuille donner l'impression que le syndicat chrétien est prêt à changer son fusil d'épaule. Le message à Charles Michel serait alors : on se désolidarise des socialistes à la condition que le gouvernement tienne enfin un peu compte des centristes modérés.

Depuis le tax shift, les chrétiens démocrates se retrouvent dans un cul-de-sac. Marc Leemans ne cesse de dire que le gouvernement Michel est antisocial. Sauf qu'en réagissant de cette manière, il ne fait pas avancer ses propres desiderata d'un iota.

Et lorsque les syndicats iront à nouveau manifester, cela fera surtout le jeu des socialistes. Et si, par essence, beaucoup de personnes associent les manifestations à un mouvement social, cela place aussi de facto la FGTB/ABVV en pole position pour les élections sociales. Est-ce que Ska voulait dès à présent planter un bâton dans la roue des socialistes ? Un an après les faits, il semble que de l'autre côté de la barrière linguistique on soit très conscients des conséquences politiques des élections et surtout de la réforme de l'état de 2014.

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