Vincent Genot
Vincent Genot
Rédacteur en chef adjoint des rédactions web de Roularta
Opinion

03/05/12 à 12:23 - Mise à jour à 12:23

Débat : une première victoire pour Hollande

" Dans une bagarre, il faut frapper en premier, ça te donne toujours un avantage." Ce conseil aviné entendu dans une fête de village du sud de la France semble une bonne stratégie pour un débat présidentiel.

Débat : une première victoire pour Hollande

© Image Globe

Alors que les commentateurs politiques s'attendaient à un François Hollande sur la défensive et un Nicolas Sarkozy à l'offensive, c'est l'inverse qui s'est produit. Avantagé par le tirage au sort, Hollande a ouvert, d'entrée de jeu, les hostilités en remettant directement en cause les compétences de Sarkozy. Surpris par les coups d'un concurrent, qu'il devait, selon le Point, "exploser", le candidat président n'a pas réussi à cacher le fait que les traits de son adversaire faisaient mouche. Piqué au vif, touché dans son orgueil, il a mis de longues minutes à se ressaisir.

C'en est suivi une bataille de chiffres sur lesquels il était assez difficile de se prononcer en direct. Selon les journalistes du site Owni, qui ont vérifié les 137 références chiffrées brandies par Hollande et Sarkozy au cours du débat, les deux hommes sortent à égalité du duel. Durant leur temps de parole, les candidats auraient livré une quantité considérable de chiffres : un toutes les 47 secondes pour Nicolas Sarkozy et un toutes les 1 minutes et 36 secondes pour François Hollande. Sans doute de quoi donner le tournis aux calculatrices, mais pas aux électeurs plus sensibles à la joute verbale.

Au rayon des petites phrases, on retiendra "Vous voulez moins de riches, je veux moins de pauvres." de Sarkozy et la réplique de Hollande: "Et il y a plus de pauvres et des riches plus riches!". A noter aussi le "Vous êtes un petit calomniateur", du président sortant et la mise en cause de son bilan présidentielle par un le candidat du PS qui lâche un "Ne confondez pas la France avec votre personne!"

Pour les bourdes, on enregistre la position européenne de Sarkozy qui lance "C'est qui, l'Union européenne, si ce n'est l'Allemagne et la France ?" Si cette saillie a pu plaire en France, nul doute qu'elle a fait bondir bon nombre de citoyens européens. De son côté, Hollande en a trop fait avec son anaphore "moi, président de la République..." répétée seize fois. Si elle lui a permis de garder la parole et d'expliquer pourquoi il ne serait jamais comme le président sortant, elle a fini par ressembler à une tirade théâtrale, plus ânonnée que spontanée.

A la sortie du débat, on ne peut que constater la victoire de Hollande. Alors qu'il avait beaucoup à perdre, il a tenu la distance, ramenant sans cesse Nicolas Sarkozy à son bilan, se permettant même de le tacler sur l'immigration, un sujet pourtant porteur pour le candidat de l'UMP. Il est également sorti de la confrontation avec une stature de président qu'il ne possédait pas deux heures plus tôt.

Reste qu'un débat n'est pas une élection. Celle de dimanche se jouera probablement dans un mouchoir de poche. Avec l'inconnue de l'abstention qui risque d'être importante si l'on en juge par le relatif désintérêt des Français pour ce débat d'entre-deux-tours qui n'a rassemblé que 17,79 millions de téléspectateurs selon les chiffres de Médiamétrie. Ce résultat est en net retrait par rapport au face-à-face télévisé entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, il y a cinq ans, qui avait été suivi par 20,4 millions de téléspectateurs.

Nos partenaires