Olivier Mouton
Olivier Mouton
Journaliste politique au Vif/L'Express
Opinion

19/09/16 à 14:17 - Mise à jour à 14:59

De Wever tourne la page du confédéralisme (version Vuye)

Le président de la N-VA pose un geste d'autorité interne après les critiques de députés. Il donne aussi des signaux en vue d'une Suédoise 2. Non sans arrogance.

De Wever tourne la page du confédéralisme (version Vuye)

© Belga

Bart De Wever a suspendu lundi la mission confédérale à deux députés, Hendrik Vuye (par ailleurs professeur de droit constitutionnel à Namur) et Veerle Wouters. Ceux-ci avaient été chargés de réfléchir au chemin à suivre pour faire aboutir le projet institutionnel du parti. La décision fait suite à des critiques émises ce week-end par les deux parlementaires au sujet de la ligne actuelle du parti. La semaine dernière, Bart De Wever avait confié son souhait de continuer à gouverner sans le PS.

Pour brutale qu'elle soit, la mise à l'écart du duo Vuye - Wouters donne trois indications.

1. Bart De Wever reste le chef

Le président de la N-VA avait fait part de ses états d'âme en début de législature : la politique serait un monde trop dur, il ne s'accrocherait pas à la présidence éternellement. Il s'était même donné un successeur officiel, Sander Loones, député européen propulsé à la vice-présidence. Mais cet été, Bart De Wever a visiblement changé d'avis, il a laissé entendre qu'il pourrait obtenir une... troisième dérogation de son parti pour briguer un cinquième mandat de président (les statuts n'autorisent que deux mandats). Objectif ? Tenter de mener le parti à la victoire en 2019, à l'issue d'une législature compliquée pour le parti indépendantiste qui gouverne cette Belgique qu'il a tant décriée. Le coup de poing sur la table de ce lundi a donc une portée interne avant tout. A bon compte : Hendrik Vuye, qui avait déjà été écarté sans ménagement de la présidence du groupe parlementaire, irrite en interne.

2. La N-VA aime la Suédoise

Bart De Wever avait déjà laissé entendre à L'Echo, la semaine dernière, son équation pour 2019. Choix numéro un ? Poursuivre la suédoise actuelle, sans le PS, pour prolonger les réformes en matière de sécurité et de politique socio-économique. Le MR est sur la même longueur d'onde et le Premier ministre Charles Michel avait déjà affirmé il y a un an, dans le cadre du livre Le jeune premier, qu'une telle option ne lui déplairait pas. Parce que le chantier des réformes, après vingt-cinq années de "blocages" socialistes, est considérable. Bart De Wever sait que son nouvel électorat a davantage ces attentes-là que celles d'un coup de poker communautaire. La N-VA se voit d'autant mieux continuer qu'elle prend goût au pouvoir et que ses ministres (Jambon, Francken) trônent au sommet des hit-parades de popularité, y compris du côté francophone. Cette option reste toutefois une sorte de quitte ou double, vu les exaspérations récurrentes d'un CD&V qui constitue le pivot de cette coalition fédérale de centre-droit.

3. Le confédéralisme, tôt ou tard

En écartant le duo, Bart De Wever abandonne-t-il la revendication d'une Belgique confédérale ? Pas forcément. Tout d'abord, le système actuel a déjà des relents de confédéralisme avec sa majorité très flamande au fédéral et ses majorités asymétriques dans les Régions. Concrètement, la sixième réforme de l'Etat induit déjà des modes de fonctionnement de type confédéral, comme en témoigne l'importance du Comité de concertation et des coopérations entre entités fédérées. Chaque couac, chaque friction donnent du crédit à la thèse N-VA. Ensuite, De Wever n'abandonne pas l'horizon et garde une carte dans sa main : si le PS venait à reprendre la main en Wallonie, il réclamerait illico un nouveau tour de vis institutionnel. Reste que cette thèse n'est pas sans arrogance, ni suffisance. Car la N-VA ne cesse de perdre des plumes dans les sondages au profit du Vlaams Belang. Le noyau dur du parti sur le plan communautaire, heurté par ce coup de force, pourrait se détourner davantage encore d'un parti qui a compris une chose : l'indépendance de la Flandre n'est pas pour demain, elle semble même de l'ordre de l'utopie. Si l'horizon s'évanouit, De Wever ne risque-t-il pas de perdre cette aura d'underdog qu'il entretient depuis ses premiers pas à l'avant-plan de la politique belge, il y a douze ans déjà ?

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