Ewald Pironet
Ewald Pironet
Ewald Pironet est rédacteur du Knack.
Opinion

28/09/16 à 11:14 - Mise à jour à 11:14

"Contrairement à ce qu'on prétend souvent, un impôt sur la fortune n'est pas un remède miracle"

Bien que notre gouvernement doive économiser 4,2 milliards d'euros, les mesures structurelles se font attendre. Et même si elles sont encore instaurées, c'est trop tard.

"Contrairement à ce qu'on prétend souvent, un impôt sur la fortune n'est pas un remède miracle"

© Belga

Parfois, un graphique vaut mieux qu'un long discours. C'est le cas du graphique publié récemment par Daan Killemaes, le rédacteur en chef de Trends, sur Twitter. Le graphique traduit le drame des finances publiques belges. La ligne bleue montre l'évolution du produit intérieur brut (PIB) et donc la croissance économique. Entre 1970 et 2007, celle-ci a connu une croissance ininterrompue. La crise financière de 2008 a provoqué un déclin, et ensuite la croissance a repris lentement.

La ligne verte représente les investissements publics, en infrastructure par exemple. Ceux-ci ont connu une baisse importante dans les années 80. Il fallait économiser, les politiques ne voulaient pas prendre de mesures impopulaires et ont donc taillé dans les investissements publics. La construction d'un pont a été postposée, on a négligé de renouveler un revêtement. Ensuite, les investissements publics n'ont jamais bien repris. Les conséquences se font sentir aujourd'hui. Nous vivons dans un pays qui s'effrite littéralement : les plafonds s'effondrent dans les tunnels et les routes sont dans un état misérable. La ligne verte explique une partie du déficit de croissance, commente Killemaes : le niveau faible d'investissements publics freine notre croissance économique.

Finalement, il y a la ligne rouge qui montre les dépenses primaires. Ce sont les dépenses de l'état, telles que les salaires de fonctionnaires ou la sécurité sociale, sans les charges d'intérêts qu'il paie sur la dette publique. Ces dépenses primaires ont spectaculairement augmenté au cours de la seconde moitié des années 1970 et aussi entre 2000 et 2005, quand la coalition violette était au pouvoir. Alors que la ligne verte (les investissements publics) monte trop peu, la ligne rouge (les dépenses primaires) monte trop vite. Pour Killemaes, cette ligne rouge explique en partie notre déficit budgétaire : nous souffrons de déficits budgétaires parce que l'état dépense trop.

La semaine dernière, on a appris que le gouvernement Michel doit assainir beaucoup plus que prévu pour maintenir le cap du budget du 2017: 4,2 milliards d'euros au lieu de 2,4 milliards. Cette hausse est due aux 900 millions euros de rentrées fiscales de moins et aux 900 millions euros de dépenses en plus, surtout en sécurité sociale.

Comment sortir de cette situation? Il n'y a pas beaucoup de mesures qu'un gouvernement peut prendre et qui rapportent rapidement beaucoup d'argent. Augmenter les accises est un classique et le gouvernement Michel l'a déjà fait. Le gouvernement peut également modifier les tarifs de la TVA. Il en a déjà parlé en été 2014 lors de la formation du gouvernement : les recettes de TVA belges représentent 10% du PIB. Les meilleurs pays européens en tirent 14% de leur PIB. Le gouvernement Michel aurait pu s'en prendre aux nombreuses exceptions de TVA. Il ne l'a pas fait et il est très improbable qu'il le fasse maintenant.

Un impôt sur la fortune peut-il aider l'état à résoudre les problèmes financiers? Contrairement ce qu'on prétend souvent, ce n'est pas un remède miracle. En outre, si le gouvernement souhaite engranger suffisamment d'argent, il ne doit pas s'adresser uniquement aux superriches, mais à tous ceux qui possèdent quelques économies - la classe moyenne donc. En revanche, il peut imposer une taxe pour les riches plutôt symbolique, soit un impôt sur les bénéfices réalisés lors de la vente d'un bien mobilier ou immobilier et elle existe dans la plupart des pays. Les autres augmentations d'impôts sont taboues, car le niveau de prélèvements publics est déjà très élevé.

Le gouvernement Michel peut aussi tailler dans les dépenses primaires et faire descendre la ligne rouge, ce qui amène inévitablement la sécurité sociale dans le collimateur, avec des économies dans les soins de santé et la limitation d'indemnités de chômage dans le temps. Il peut décider aussi d'appliquer un nouveau saut d'index, ce qui ne manquera pas d'entraîner grèves et manifestations.

Le drame du gouvernement Michel c'est qu'il a négligé au début de prendre des mesures structurelles. Et pour la plupart de ces mesures, il faut du temps avant de voir leurs effets. L'équilibre budgétaire ne sera pas pour cette législature et d'après l'économiste gantois Gert Peersman le budget ne sera même pas en équilibre d'ici la prochaine période de gouvernement. Le plus inquiétant, c'est que manifestement aucun gouvernement n'arrive à prendre les mesures nécessaires. Le réveil risque d'être douloureux.

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