Commission d'enquête attentats : le directeur opérations des pompiers bruxellois charge le 112 de Louvain

30/05/16 à 18:18 - Mise à jour à 18:23

Source: Belga

L'officier du SIAMU en charge des opérations le jour des attentats de Bruxelles, le commandant Tanguy du Bus de Warnaffe, a chargé lundi, devant la commission d'enquête parlementaire, le 112 de Louvain qu'il a tenté à huit reprises de convaincre d'envoyer des ambulances à Zaventem le 22 mars après les explosions à l'aéroport de Zaventem.

Commission d'enquête attentats : le directeur opérations des pompiers bruxellois charge le 112 de Louvain

Le commandant Tanguy du Bus de Warnaffe. © Belga

M. de Warnaffe est revenu les circonstances des attentats djihadistes du 22 mars en des termes très forts. Rapidement il apparaît qu'il y a énormément de blessés. "Je me fâche", "je supplie", dit le chef pompier bruxellois qui se rend sur place. "Cela devient du délire", lâche-il notamment alors qu'à 08h43, Louvain continue, dit-il, à refuser l'envoi d'ambulances. Au fil du temps, il tente de convaincre en expliquant que l'aéroport s'est transformé en "zone de guerre", qui il y a des "mutilés", des "polytraumatisés". Louvain finit par dire qu'elle a envoyé dix ambulances, "en réalité, à ma connaissance en tout cas, que cinq du système 112 (les autres proviennent de la Croix-Rouge) dont une seule de la zone de secours du Brabant flamand".

M. de Warnaffe soutient que la situation a pu être gérée grâce à l'intervention des pompiers de Bruxelles et de Zaventem ce 22 mars à l'aéroport. Il pointe également l'absence avant 8h50, près d'une heure après l'attentats du directeur des opérations, une situation qui l'a amené à agir, fort de l'expérience qui prévaut à Bruxelles, impliquant le plus haut gradé de l'équipe dans le leadership.

La secrétaire d'Etat bruxelloise Cécile Jodogne avait déjà évoqué le refus de Louvain d'envoyer de l'aide médicale urgente aux premières heures, le jour des attentats à l'aéroport.

A cela, les autorités du Brabant flamand s'étaient défendues en commission d'enquête en disant avoir travaillé rapidement et efficacement. Selon elles, envoyer trop de moyens aurait pu susciter le chaos, sachant que d'autres attentats pouvaient survenir. C'est d'ailleurs ce qui s'est produit à la station de métro Maelbeek.

"Je suis convaincu que cette mobilisation d'ambulances par les pompiers et par les officiers du Brabant flamand Ouest et du Siamu a contribué à sauver des vies humaines plutôt que de générer le chaos (...) Ils devraient nous remercier plutôt que de nous lancer les pots de fleurs. Si c'était à refaire, je recommencerais", a indiqué M. du Bus, disant espérer que le SPF Santé publique ferait "tout pour que cette situation ne se produise plus".

Devant les commissaires, il a conclu: le 22 mars, "entre 9h20 et 9h25, je quitte écoeuré l'aéroport pour Maelbeek".

Le président de la commission d'enquête, Patrick Dewael, a opposé à ce témoignage celui des autres protagonistes auditionnés préalablement selon lesquels il y avait suffisamment d'ambulances à l'aéroport le 22 mars. Christoph D'Haese (N-VA) a embrayé en évoquant un "air de déjà vu", se demandant qui "ment" devant la commission.

Sur les bancs de l'opposition, Karine Lalieux (PS) et Georges Dallemagne (cdH) ont peu goûté à ce "ton" inquisitorial adopté par les commissaires de la majorité.

Invitant à dépasser l'émotion, Stefaan Vanhecke (Ecolo-Groen) a appelé à tirer des enseignements alors que les différentes témoignages ne sont selon lui pas nécessairement contradictoires. Cela dépend où on se situe dans la ligne du temps, entre le moment où l'attentat est commis et les heures qui suivent, a-t-il souligné.

Richard Miller (MR) a regretté que PS et cdH fassent le reproche à la majorité de tenir "le procès du témoin" alors que l'ambition de la commission est de mettre en exergue les procédures qui fonctionnent et de chercher à les améliorer encore.

Patrick Dewael a résumé en estimant que les premiers SMUR (services d'urgence) dépêchés à Zaventem assumaient la direction des opérations jusqu'à l'arrivée du "Dir-Med" et que chaque entité devait veiller au respect de la procédure.

"J'ai le sentiment qu'on vous reproche de ne pas avoir, au nom de la responsabilité, suivi la procédure stricte avec vos collègues du Brabant flamand. Or, votre réflexe était le bon car cela a servi sur le terrain", a indiqué Karine Lalieux à l'adresse de M. du Bus.

Certains commissaires de la majorité se sont demandés si l'envoi d'ambulances du Siamu à Zaventem n'avait pas finalement été préjudiciable à la gestion des secours à Maelbeek. M. du Bus a admis que cela a été "un peu pénalisant", de même que des rumeurs faisant état d'une explosion à Schuman et d'une fusillade à la station Belgica.

A 10h30, il avait été demandé à Louvain de pouvoir rapatrier des ambulances, or le 112 en avait toujours besoin. Mais une "montée en puissance" avait été organisée à Bruxelles pour les vagues suivantes, avec des colonnes devant de vecteurs plus éloignés que l'Héliport et de la VUB (Uccle, La Hulpe).

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