Thierry Fiorilli
Thierry Fiorilli
Rédacteur en chef du Vif/L'Express
Opinion

30/01/16 à 11:25 - Mise à jour à 11:27

Comment redorer l'image de la Belgique?

L'édito de Thierry Fiorilli, rédacteur en chef du Vif L'Express.

Comment redorer l'image de la Belgique?

CAMPAGNE "Call Brussels" : les citoyens bruxellois ont pu décrire la vraie image de la ville à leurs interlocuteurs étrangers. © DIDIER LEBRUN/PHOTO NEWS

Nous y revoilà, donc. Le Premier ministre va sillonner le monde pour vanter nos atouts. L'idée, dit-il, ne date pas d'hier. Elle avait germé bien avant les attentats de Paris, le 13 novembre dernier. Bien avant la mise au jour d'une "filière terroriste belge". Bien avant que la presse internationale fasse de Molenbeek la capitale du djihad. Bien avant que Bruxelles soit la première capitale au monde à s'autoparalyser intégralement, durant quatre jours, pour cause de "menace sérieuse et imminente". Bien avant que les nationalistes flamands, constituant le premier parti du pays, annoncent la réouverture prochaine des dossiers communautaires. Bien avant que l'une de leurs figures de proue, ministre régionale, annonce son souhait (son projet ?) de voir enterrée la Belgique dans les dix ans à venir. Bien avant aussi la saga des tunnels, soudain impraticables parce que subitement dangereux, d'une métropole qui, année après année, caracole en haut de classement des villes les plus embouteillées au monde.

Bref, Charles Michel comptait vendre l'image du pays, son tax-shift, ses charges patronales diminuées, le pouvoir d'achat de ses habitants augmenté, bien avant l'irruption d'un Belgium bashing, comme disent les experts en communication, comme on en avait plus connu depuis la fameuse année et demie (541 jours, très précisément) passée sans gouvernement. C'était entre les élections législatives de juin 2010 et la naissance, en décembre 2011, de l'exécutif Di Rupo, prédécesseur de celui que dirige Michel Jr. A cette époque, déjà, comme quinze ans auparavant, avec l'affaire Dutroux, l'image de la Belgique était catastrophique. Ce n'est pas trop caricaturer que de considérer que, depuis 1996, elle a dû se débarrasser d'abord de l'étiquette de "terre de pédophiles" que certains lui ont collée dans une démarche réductrice comme on n'en avait jamais connu jusque-là, puis de "pays ingouvernable", risquant l'implosion à tout moment ou se délitant à un tel rythme, au fil des réformes de l'Etat, qu'à très court terme plus aucun organe vital valide ne lui resterait.

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Il faut redorer l'image du pays, d'abord pour ses habitants. Par des décisions attendues depuis longtemps.

Aujourd'hui, vu de l'extérieur, si la Belgique n'a pas encore rendu l'âme, elle demeurerait une contrée peu recommandable pour qui songe à y séjourner ou envisage d'y investir. Parce que, pour faire court toujours, les terroristes y ont remplacé les pédophiles, Molenbeek y a supplanté Marcinelle, un blindé y a pris position sur la Grand-Place de Bruxelles, presque façon char de Tian'anmen, et on comprend encore moins qu'avant qui gouverne, où, avec quelles compétences, puisque chaque niveau de pouvoir, chaque Région, chaque Communauté, a une majorité politique différente, aux intérêts tellement divergents mais avec des rayons d'action se croisant si souvent que, au bout du compte, les décisions des uns dépendant tellement de celles des autres, plus rien ne se règle réellement. Durablement. Sérieusement. On peut même affirmer : intelligemment.

En réalité, voilà un pays bien moins victime de campagne(s) de dénigrement ourdies par des puissances étrangères (la France, les marchés financiers, les médias du monde entier...) qu'auteur de hara-kiris à répétition. Un pays qui aime s'autoflageller, aussi ? Un pays passé maître dans l'art de se détruire, plutôt. On parle, là, toujours en termes d'image.

Parce que, pour le reste, quels que soient les efforts réellement fournis pour ravigoter son attractivité, à l'échelon fédéral ou régional, la Belgique apparaît toujours plus, crise après crise, institutionnelle ou non, comme l'incarnation des incohérences coulées en modèle de fonctionnement, comme le symbole du refus politique systématique d'endosser la moindre responsabilité, comme le sanctuaire de la stratégie consistant à réformer non-stop pour, dans les faits, ne jamais rien réellement modifier là où les progrès, les modernisations, les adaptations, les visions véritables, sont impératifs (mobilité, énergie, sécurité, santé...) depuis longtemps.

Ce sont ces changements-là qui redoreront l'image du pays. Pour ses habitants. Et de façon bien plus prioritaire qu'une tournée marketing auprès d'éventuels investisseurs étrangers.

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