Michel Delwiche
Michel Delwiche
Journaliste
Opinion

04/06/13 à 12:06 - Mise à jour à 12:06

Choquant pour la Wallonie, et pour l'Albanie

Le débat sur la réforme de l'enseignement qui agite pour le moment la Flandre est incompréhensible. Tout comme l'est la décision du ministre-président Kris Peeters de ne pas accompagner le prince Philippe en Californie pour protéger son gouvernement des attaques de Bart De Wever et de la NV-A (qui compte deux ministres sur neuf au sein de ce gouvernement).

Choquant pour la Wallonie, et pour l'Albanie

© Image Globe

De Wever estime que le projet de réforme de l'enseignement secondaire, qui maintiendrait un tronc commun pendant les deux premières années, serait un inacceptable nivellement par le bas, et qu'il convient donc de poursuivre dans l'actuelle voie qui sépare l'élite du commun des mortels.

Il a tout faux, De Wever. Pourquoi craindre une détérioration de la qualité de l'enseignement flamand alors qu'il ne cesse de s'améliorer? Surtout en géographie! En 2009 par exemple, la Flanders House de New-York, qui n'était pourtant sûrement pas dirigée par des ignares, publiait sur un carton d'invitation une carte représentant la Flandre, avec en son centre Bruxelles, et au sud la France. Bruxelles annexée, la Wallonie ignorée, et la Belgique absente. La même carte circulait d'ailleurs encore l'an dernier au Japon, lors de la visite du prince Philippe.

En 2010, la Flandres House de New-York, toujours elle, avec à sa tête de brillants intellectuels sans doute, publiait sur un carton d'invitation une carte représentant la Flandre et ses principales villes (dont Bruxelles), et au sud, Belgium. La Belgique existait donc à nouveau, quoiqu'en petits caractères.

Et voilà qu'aujourd'hui des francophones, voyant le mal partout plutôt que de constater les progrès de nos amis flamands, s'indignent parce qu'une prof de géographie de la section néerlandophone de l'Athénée royal d'Etterbeek fait apprendre à ses élèves une carte représentant une Wallonie composée de différentes entités. Ce ne sont pas les provinces, dépassées comme chacun sait, mais plutôt de grands "bassins de vie", comme on dit maintenant, qui tiennent compte de la dimension économique et sociale de ses habitants. Ainsi, au centre de la Wallonie, sur un axe Nord-Sud de Bruxelles à Arlon, cette sous-région parfois appelée aussi la Lotharingie wallonne, sise le long de la N4 et de la E411, est appelée par la prof de géographie néerlandophone Walifornie, en référence au riche et innovant Etat des USA, que visite en ce moment le prince Philippe, des ministres et des chefs d'entreprises belges.

Assez étroite, la Walifornie traverse, au sud, le Walabama, merveilleuse terre de vacances, par comparaison avec un autre Etat américain, le très vert Alabama, ses forêts et ses prairies où paît paisiblement le bétail. Et à l'ouest, vers Charleroi et Mons, terres de vieilles industries aujourd'hui disparues, c'est la Walbanie, du nom cette fois non plus d'un Etat américain mais d'un petit pays d'Europe, la république d'Albanie, dans les Balkans, longtemps restée une enclave stalinienne coupée du reste du monde.

Bien sûr ce n'est pas encore parfait, et la dernière comparaison n'est pas vraiment flatteuse, mais on ne peut que se réjouir de constater que désormais les Flamands n'ignorent plus, sur leurs cartes, l'existence de la Wallonie, et ne se trompent plus sur les contours de la région. Il reste maintenant à poursuivre ce profond travail pédagogique de longue haleine. En expliquant par exemple que, dans la délégation belge qui visite actuellement la Californie, se trouvent des entreprises telles que AMB-Ecosteryl, Fishing Cactus, I-dentity, ou encore Delphi Genetics, des entreprises à la pointe de la technologie, qui viennent de Mons et Charleroi.
Plaisanterie mise à part: ces trois appellations sont tirées d'un manuel scolaire, "Terranova 3, van vlaamse tot europese regio's", publié en 2007 par les éditions De Boeck. "Un ouvrage que plus personne n'utilise", ont réagi, la bouche en coeur, des milieux académiques. Mais un ouvrage que ne renierait pas Bart De Wever, lui qui en 2005 avait amené une douzaine de camions remplis de faux billets de banque au pied de l'ascenseur à bateaux de Strépy-Thieux pour dénoncer le gaspillage selon lui des transferts annuels de la Flandre vers la Wallonie. Strépy-Thieux, en Walbanie.

"C'est choquant et insultant, pour la Wallonie comme pour l'Albanie", ont déclaré des parents d'élèves.

Nos partenaires