30/09/10 à 15:42 - Mise à jour à 15:42

Chiffres macabres

Qu'ont en commun les Flamands, les Wallons et les Bruxellois ? La réponse à cette question est ahurissante.

Chiffres macabres

Par Kristien Hemmerechts, écrivaine

Le risque qu'un jour nous nous suiciderons est bien plus réel qu'aux Pays-Bas et en Allemagne, par exemple : sept décès volontaires sont constatés chaque jour dans notre pays : trois en Flandre, quatre à Bruxelles et en Wallonie. Quant à savoir ce que nous apprennent ces chiffres macabres sur le caractère national belge, nous restons dans l'ignorance. Aux Pays-Bas, où de sombres nuages planent tout aussi bas sur un pays plus plat que le nôtre, le nombre d'actes de désespoir est beaucoup moins élevé. Les Néerlandais parlent plus souvent d'eux-mêmes que les Flamands. Je connais moins la vraie nature des Bruxellois et des Wallons, mais les Flamands, eux, sont très introvertis : ils ne crient pas leurs problèmes sur les toits. Les frustrations s'accumulent jusqu'à ce que pètent les plombs. En Amérique, un homme ou une femme en colère prend un fusil ou un revolver pour abattre son adversaire. Chez nous on se donne plutôt la mort par pendaison.

Il faudrait peut-être que les Belges s'aiment davantage tels qu'ils sont. Les Néerlandais vivent en meilleure entente avec eux-mêmes. Ils saisissent avidement chaque occasion qui leur est offerte pour se parer de leur tricolore national : l'anniversaire de leur reine, une Coupe du monde... suffisent pour que tout de suite la couleur orange fleurit jusque dans les moindres patelins du royaume. Une question s'impose : existe-t-il un lien entre notre inclination à l'auto-détestation et notre identité nationale meurtrie ? Ployons-nous collectivement sous le joug d'un phénomène de dépression nationale ? Perdons-nous le courage à cause du flux continuel de mauvaises nouvelles qui frappent notre pays ? Nous manquerait-il quelque chose de plus qu'une Clijsters ou une Henin pour satisfaire notre besoin de fierté nationale ?

Les suicides sont contagieux ; aussi les médias les traitent-ils le plus souvent avec discrétion. Mais on ne peut pas toujours éviter que le grand public en soit informé. Récemment un suicide d'un père de trois enfants, âgé de 34 ans, a fait la Une de tous les journaux en Flandre. Certes, il n'y avait pas de lien de cause à effet avec les pénibles négociations gouvernementales, le drame s'expliquait par sa participation au programme de télévision populaire Mijn restaurant diffusé sur la chaîne commerciale VTM. "On n'aurait jamais dû participer à pareil programme idiot. Cela m'a complètement détruit", a-t-il écrit dans sa lettre d'adieu. Il s'estimait traité de façon impitoyable par le jury et la presse. Les Belges sont-ils donc plus durs vis-à-vis de leurs compatriotes que la moyenne des habitants du monde envers leurs semblables ? Ne devrions-nous pas suivre d'urgence une formation : comment mieux prendre conscience de ce que moi-même, mes prochains et mon pays ont de meilleur ?

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