Renaud Duquesne
Renaud Duquesne
Avocat à Marche-en-Famenne
Opinion

13/03/15 à 17:42 - Mise à jour à 17:42

"Charles Michel est-il atteint du syndrome de Stockholm ?"

Tous les ministres du gouvernement fédéral avant d'entrer en fonction, doivent prêter le serment suivant devant le Roi: "Je jure fidélité au Roi, obéissance à la constitution et aux lois du peuple belge." Les ministres N-VA ont-ils violé ce serment en se rendant à la "VLAAMS Nationaal Zangfeest" ?

"Charles Michel est-il atteint du syndrome de Stockholm ?"

Jan Jambon (N-VA) et Charles Michel (MR). © Belga

Ce serment a été consacré par le congrès national de Belgique par le biais d'un décret du 20 juillet 1831 concernant le serment à la mise en oeuvre de la monarchie constitutionnelle représentative. Il est donc l'acte fondateur de notre pays et son ciment. Il ne suffit donc pas de le déclamer, mais bien plus encore de s'y conformer par ses actes et paroles.

Monsieur Jambon, vice-premier ministre de l'Intérieur et de la Sécurité et Monsieur Vandeput, ministre de la Défense, ainsi que Monsieur Bracke, président de la Chambre des Représentants, tous N-VA, ont-ils violé le serment qu'ils ont prêté en se rendant à la "VLAAMS Nationaal Zangfeest", cette fête nationaliste prônant l'indépendance de la Flandre au cri "que la Belgique crève" et aux chants nationalistes aux propos violents niant la réalité de notre pays ?

Pour rappel, la "VLAAMS Nationaal Zangfeest" a été créée par un ancien collaborateur de la Deuxième Guerre mondiale et est fréquentée par tous les sympathisants de la droite dure et de l'extrême droite. Elle réunit 5.000 personnes. Le fait de s'y rendre et d'y participer est un acte par lequel on cautionne le message sans réserve.

Monsieur Jambon, ministre de l'Intérieur, et Monsieur Vandeput, ministre de la Défense, tous deux détenant des pouvoirs régaliens, symboles de l'unité du pays et Monsieur Bracke, président de la Chambre, symbole de l'unité de la Chambre des Représentants, et donc des parlementaires qui la compose, toutes origines linguistiques confondues, ont porté gravement atteinte à leurs fonctions et à la représentativité qui doit être la leur à l'égard de tous les Belges.

On ne peut gouverner un pays fédéral au bénéfice de tous quand on pose de tels actes. Comment peut-on croire en la sincérité de leurs actions ? Il s'agit d'une provocation supplémentaire. Elles sont nombreuses et deviennent récurrentes.

Il a été dit que cette législature ne serait pas communautaire, mais essentiellement économique. On constate qu'en filigrane, par les actes posés, on entretient de façon larvée cette guerre des communautés, et ce dans le but manifeste de la ressusciter à première demande pour saper encore un peu plus l'unité de notre pays.

Bart De Wever est le chef d'orchestre, il donne le tempo et franchira lui, le latiniste convaincu, le Rubicon quand l'heure sera venue. Les statuts de la N-VA déclarent sans contestation possible que l'objectif premier est l'indépendance de la Flandre. Lors du vote de ses statuts le 2 février 2014, il a été dit clairement par les plus hauts responsables de la N-VA que le choix du confédéralisme est fait en attendant l'indépendance.

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Les ministres N-VA sont des intouchables, les vaches sacrées du gouvernement fédéral

Que serait-on en droit d'attendre ? Une démission, n'y pensons pas. Les ministres N-VA sont des intouchables, les vaches sacrées du gouvernement fédéral. C'est ainsi.

Mais il est un chef de gouvernement, c'est-à-dire le maître du jeu, qui doit rappeler aux uns et aux autres des ministres formant le gouvernement fédéral les lignes à ne pas franchir et les principes de la cohésion gouvernementale. L'a-t-il fait ? Non. Par l'intermédiaire de son porte-parole, il s'est contenté de déclarer que lesdits ministres n'étaient pas en représentation officielle du gouvernement lorsqu'ils étaient présents à cette manifestation. Les ministres de la N-VA sont donc devenus comparables au dieu Janus, le dieu aux deux visages. C'est le règne de la duplicité.

Et non content de cela, pour justifier sa position, le Premier ministre a déclaré que lorsqu'Elio Di Rupo était Premier, il se rendait bien aux meetings électoraux de François Hollande. Et que donc, il y allait également à titre privé et que son parti est dès lors bien malvenu de procéder à de pareils amalgames. Comparaison n'est pas raison. Ce propos est maladroit pour ne pas dire plus.

Les situations ne sont évidemment pas comparables. Le Premier ministre d'alors, en se rendant à ce meeting, n'a pas compromis sa fonction ni sa dignité et encore moins l'unité et la cohésion de son gouvernement de l'époque. Le MR en faisait d'ailleurs partie. Il est de sa liberté de soutenir ses amis socialistes français et ce n'est pas une surprise. Il a simplement déclaré virtuellement qu'il était un sympathisant de gauche et donc un soutien de François Hollande. En voilà un fameux scoop.

On ne peut pas en dire autant de nos chers ministres N-VA qui par leur présence ont brisé les règles les plus élémentaires de la cohésion gouvernementale et du savoir-vivre ensemble. Mais où va-t-on ? Les invectives pleuvent autant que les onomatopées. On peut s'opposer sur le plan des idées, mais il faut se respecter en tant qu'êtres humains.

Le Premier ministre MR souffre-t-il du syndrome de Stockholm ?

Ce syndrome désigne un phénomène psychologique où des otages partageant longtemps la vie de leur geôlier développeraient une sorte d'empathie, voire de sympathie, ou de contagion émotionnelle avec ce dernier selon des mécanismes complexes d'identification et de survie.

On a en effet l'impression que le MR est prisonnier de la N-VA et que plus grave encore, il en perd de sa lucidité et commence manifestement à lui trouver de grandes qualités. Il serait temps de se reprendre. L'action du gouvernement est nonobstant porteuse d'avenir et d'espoir, car elle aborde sans tabous des sujets qui, pendant des décennies, n'ont pu être traités politiquement. Le résultat politique obtenu par la 'suédoise' risque pourtant de passer à l'arrière-plan et d'être contaminé par toutes ces dérives. Il est temps de se faire respecter et d'user de son autorité. Sans cela, point de salut.

J'aime mon pays, ses Régions et ses Communautés, mais j'attends de nos gouvernants quels qu'ils soient qu'ils gouvernent pour tous dans le respect et l'équilibre. Une minorité très agissante ne peut dicter à elle seule sa loi, qui plus est lorsque les comportements qui sont les siens touchent à la dignité de l'homme et à nos principes les plus chers.

J'ose espérer que la 'suédoise', et c'est là un paradoxe, parviendra à contrer le syndrome de Stockholm.

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