Charles Michel en Russie : j'y étais et tout est vrai

01/02/18 à 11:21 - Mise à jour à 02/02/18 à 13:28

À peine arrivée à l'aéroport militaire de Melsbroek, "on a oublié l'interprète au 16 !", s'exclame une attachée de presse. C'est sur ce couac, bien belge, que commence la visite officielle de Charles Michel en Russie.

Charles Michel en Russie : j'y étais et tout est vrai

© Belga

Une grosse délégation de trente journalistes accompagne le Premier ministre. Un nombre assez inhabituel pour une visite qui est, elle aussi, exceptionnelle. Le dernier Premier ministre belge à avoir posé le pied en Russie est Yves Leterme. C'était en 2011.

Lors de ce voyage, Charles Michel a un message à faire passer : "l'ouverture d'un dialogue avec notre voisin, mais sans naïveté ni complaisance". Une formule qu'il répétera inlassablement tout au long de ces trois jours, au point de devenir une blague entre les journalistes lassés de ces formules toutes faites.

Lundi soir sur la somptueuse place Rouge, tous les clichés russes sont présents : la neige, le froid glacial qui pique le visage et paralyse les mains des imprudents qui osent retirer leurs gants pour prendre quelques notes. Sans que l'on s'en rende compte, une douzaine de militaires et d'agent de sécurité encerclent la délégation belge pour éviter qu'on nous approche à moins de trois mètres. Les badauds ne prennent pas le risque de la curiosité et évitent soigneusement la zone. Les autorités russes ne laissent rien au hasard.

Sur le chemin du retour, nous passons à côté d'un policier en chapka qui renverse brusquement le gobelet plein de pièces d'une vieille dame qui mendie. Il lui éructe une phrase dont il n'est pas besoin de comprendre le sens pour savoir qu'elle a plutôt intérêt à faire profil bas. Bienvenue en Russie.

Le lendemain, il faut affronter les bouchons monstres de la ville de Moscou pour se rendre à la résidence de Dmitri Medvedev, en périphérie. Il faudra une heure trente pour parcourir 15 kilomètres. Avec ses près de 12 millions d'habitants, la ville n'arrive pas à endiguer ses problèmes de mobilité, malgré un métro ultraperformant.

Chez Medvedev, l'accueil pour la presse est plutôt glacial. Au coeur d'une forêt de pins enneigée, on se retrouve face à une bâtisse austère et grillagée. Il est interdit de faire des photos, interdit de fumer, interdit d'avoir un téléphone portable avant même d'avoir franchi les barrières de sécurité.

Derrière nous, une journaliste russe fait la file et allume une clope l'air tout à fait détendue. Passés les portails de sécurité et les détecteurs de métaux , on nous donnera l'autorisation de garder nos téléphones avant de nous enfermer (il est interdit de sortir, même pour prendre l'air) dans une petite salle de presse où une cinquantaine de journalistes s'entassent autour de deux écrans.

Nous devrons patienter deux heures avant de voir Medvedev et Charles Michel se serrer la main et s'échanger quelques mots. Pour s'occuper, une journaliste russe fait de la broderie. Visiblement, ils ont l'habitude des moments creux.

Charles Michel est là pour dialoguer avec la Russie comme il aime le rappeler. Mais la confiance entre les deux pays reste toute relative. L'équipe du Premier ministre a d'ailleurs pris la précaution de laisser tous ses appareils connectés (téléphones, tablettes, ordinateurs) au 16 par crainte, nous le supposons, d'être piratés. Seul Charles Michel, qui possède un téléphone crypté par la Sureté de l'État, a pu garder le sien.

Le lendemain, rendez-vous à la résidence de Vladimir Poutine, nous n'aurons donc finalement pas l'occasion de rentrer au Kremlin. Mais c'est, paraît-il, un plus grand honneur pour le Premier ministre d'être reçu à la "datcha".

Le même ramdam recommence : bouchons, neige, forêt, sécurité, interdictions et ensuite parcage dans une salle de presse où il est presque impossible de tenir debout. Qu'importe, nous n'obtiendrons de toute façon pas plus que les cinq minutes protocolaires entre Michel et Poutine à travers un écran.

L'entretien entre les deux hommes, qui devait durer une trentaine de minutes, se prolongera pendant deux heures quinze. Nous sommes une nouvelle fois condamnés à attendre dans les petites fourgonnettes sur le parking afin de ne pas perdre une minute et de pouvoir bénéficier de l'escorte policière pour se rendre à l'aéroport. Un convoi qui s'avère extrêmement efficace et qui nous permet de mesurer l'ampleur du temps perdu lors des précédents trajets.

Installés dans l'avion prêt à décoller, ce sont les haut-parleurs qui nous accueillent : "Monsieur le Premier ministre, mesdames messieurs, c'est votre commandant de bord qui vous parle. Nous ne pouvons pas décoller, car l'accès à la piste est bloqué par un tas de neige. Nous attendons les déneigeuses." Un couac de fin, bien russe cette fois. C'est peut-être ça aussi l'équilibre diplomatique.

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