Olivier Mouton
Olivier Mouton
Journaliste politique au Vif/L'Express
Opinion

19/11/15 à 11:22 - Mise à jour à 11:26

Charles Michel bombe le torse face à la terreur

Le Premier ministre s'est exprimé en taille patron ce jeudi matin à la Chambre. Il apporte une réponse ferme pour défendre nos libertés. Musculation à l'appui, façon N-VA: "La place des djihadistes qui rentrent, c'est en prison". Reste à donner du corps à l'unité nationale.

Charles Michel bombe le torse face à la terreur

© Belga

C'était un discours attendu en Belgique et dans le monde, une prise de position qu'il avait lui-même voulu très symbolique, lors d'une séance plénière extraordinaire à la Chambre. Charles Michel a répondu aux attentes, ce jeudi matin, en balisant le chemin d'une union nationale de toutes les forces politiques belges et en apportant de nouvelles réponses concrètes à la menace terroriste. Avec quelques effets de manche à la clé, dont ce qui apparaît déjà comme un slogan, repris comme tel par le MR sur les réseaux sociaux: "Les djihadistes qui rentrent, leur place est dans les prisons". Une formule reprise à Bart De Wever comme un symbole de fermeté alors que les libéraux, eux, étaient davantage favorables à un suivi par bracelet électronique. Plus réaliste et moins dangereux: on sait combien les prisons n'ont guère apporté de réponses aux dérives du radicalisme.

Mais l'heure est grave et Charles Michel voulait marquer le coup, témoigner de la capacité de sa majorité à ne pas transiger face à l'inacceptable. "Nous sommes debout et nous allons avancer", clame-t-il, les poings fermés, le doigt tendu. Il s'agit de défendre nos libertés, "non négociables" et de porter nos "valeurs universelles" sans paniquer ni se déchirer. En démontrant que la Belgique n'est pas la plaque tournante du terrorisme comme la presse internationale l'a illustré ces derniers jours. "Je n'accepte pas les critiques qui ont visé nos services de sécurité", lance le Premier en mettant la responsabilité de la France au moins au même niveau que la nôtre.

Mais l'important n'est pas là. Alors qu'une "nouvelle page de l'Europe est en train de s'ouvrir", incertaine, il convient de frapper vite et fort. A cet égard, la suédoise est sans doute la majorité la mieux à même de rassurer les Belges sur le plan sécuritaire. Après l'attaque contre Charlie Hebdo, en début d'année, l'équipe Michel avait déjà présenté une série de douze mesures contre le terrorisme: déploiement de l'armée, retrait de la nationalité pour les djihadistes... Cette fois, on serre à nouveau la vis de plusieurs crans: prison pour les returnees, donc, mais aussi fermeté contre les "prédicateurs de haine", accroissement des moyens à hauteur de 400 millions d'euros en 2016 pour renforcer la sécurité, perquisitions autorisées 24h/24 pour les infractions terroristes... Et soutien total à la France sur le plan militaire, le plan stratégique de la Défense étant enfin annoncé. A aucun moment, Charles Michel n'a toutefois utilisé le mot de "guerre" régulièrement sermonné par son collègue François Hollande ces derniers jours...

De même, le Premier ministre n'a pas évoqué formellement "l'unité nationale". Sinon par allusion: "Dépassons nos différences, réunissons-nous derrière nos valeurs fondamentales, le respect de l'autre, la tolérance, insiste-t-il. Cela passera par un travail commun au parlement, une concertation avec les ministres-présidents. Si la volonté est affichée, elle devra encore trouver une concrétisation dans une vision "interfédérale" intégrant une action de fond en matière de prévention ou d'éducation.

L'intensité des mots est réelle. Charles Michel parle juste quand il dénonce ce "fanatisme, un poison qui vise à diviser, déchirer, détruire" ou quand il promet de "ne pas choisir entre la sécurité et les libertés fondamentales". Si l'examen de la Chambre est réussi, le plus difficile reste à venir: l'épreuve des faits. Ces prochaines semaines, la Belgique devra vivre avec la menace. Politiquement, Charles Michel, lui, devra rapidement faire face aux surenchères nationalistes ou aux critiques massives de l'opposition socialiste qui n'avalera pas facilement les critiques de la première heure contre le modèle Moureaux.

Charles Michel a bombé le torse, taille patron. C'est au jour le jour qu'il devra continuer à convaincre les Belges. Tous les Belges...

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