Charleroi : le jour où Magnette a dépouillé Massin

23/08/12 à 13:53 - Mise à jour à 13:53

Source: Le Vif

C'est dit : Paul Magnette (PS) sera le prochain bourgmestre de Charleroi. Il abandonnera son ministère fédéral pour trôner à l'Hôtel de Ville de la plus grande ville wallonne. Le choix de Magnette fait une victime : Eric Massin, bourgmestre depuis février, qui espérait faire fonction les six prochaines années. Son patron lui a annoncé la mauvaise nouvelle mardi soir, quelques heures à peine avant de le faire à toute la presse. Alors que la décision était prise depuis plusieurs jours... Retour sur une tragédie de salle des fêtes de Maison du Peuple, avec du vin, des larmes, de la rancoeur. Et des non-dits qui veulent dire beaucoup.

Charleroi : le jour où Magnette a dépouillé Massin

© Belga

Ils en ont parlé sur le tard, mais longtemps. En tête-à-tête autour d'une bonne table de Mont-sur-Marchienne, Les Trois Petits Bouchons. Paul Magnette (Tête de veau et homard rôti, légumes croquants, jus de veau acidulé, émulsion de bisque -28 euros) et Eric Massin (Porc Iberico rôti, tartelette aux champignons des bois et oignons caramélisés, jus à la moutarde -30euros) ont refait le monde mardi soir. Leur monde. En bons camarades et "amis de vingt ans". Le premier a avancé sa batterie de justifications convenues : "le parti et les électeurs le réclament, vois-tu" Et le second n'a rien pu faire d'autre qu'opiner, penaud, parfois la gorge nouée. "Objectivement, ça ne m'a pas surpris : il y avait neuf chances sur dix que ça se passe comme ça", conteste pourtant Eric Massin, qui se dit "très serein, très clair dans ma tête". Mouais... Car depuis février et son putsch (Massin avait descendu Paul Ficheroulle, autre prétendant à la succession du démissionnaire CDH, Jean-Jacques Viseur) , il croyait avoir convaincu tout le monde de ses capacités à gérer Charleroi. Et le fait est que, ces derniers mois, l'ambiance de travail s'était améliorée au collège communal, que de grands projets avaient été lancés, comme le chantier du Nouvel Hôtel de Police, et que d'autres avaient été bouclés, comme la fusion des cinq sociétés de logements sociaux. Peine perdue donc. Et fin de carrière, à 49 ans, pour Eric Massin ? Non, mais les perspectives ne sont pas joyeuses.

Massin, petit échevin, Magnette sénateur-maire Paul Magnette veut incarner en personne le renouveau de Charleroi. Il ne peut ni ne veut être un petit bourgmestre. Question d'orgueil. D'image aussi. Donc de crédibilité. Donc de carrière. Cette volonté ne souffrira pas un "bourgmestre bis", un super échevin qui, au sein du collège communal, pourrait en redire au patron et lui faire de l'ombre. Eric Massin gèrera donc un département important, mais sans plus. Il exerçait la présidence de la puissante intercommunale IGRETEC depuis 2007. Il devra l'abandonner. Elle devrait échoir au futur mayeur, qui complèterait ainsi son imposant portefeuille de compétences (on parle déjà du budget, de l'aménagement urbain, de la mobilité) d'un indispensable levier socioéconomique. Mais qui n'y trouvera pas de complément salarial : les prochains émoluments de Paul Magnette seront légalement plafonnés à 150% de son indemnité de sénateur, siège qu'il récupérera après avoir quitté son ministère.

La question qui se pose à l'échelon carolorégien, c'est celle de la place de Massin. Son orgueil et son ambition ne se contenteront pas d'un simple échevinat. Or, mardi soir, il n'a obtenu mardi de son patron, les heures avançant, les bouteilles se vidant, les larmes perlant, aucune promesse ferme pour le futur. Aucun serment, même d'ivrogne. Ni celui de siéger comme bourgmestre faisant fonction si d'aventure Paul Magnette était rappelé à des fonctions ministérielles après les élections législatives, régionales et européennes de 2014. Ni celui d'obtenir un ministère que Massin avait vainement réclamé aux scrutins fédéral de 2007 et régional de 2009.

Et avec ça, sa moisson de voix de préférence, en octobre prochain, sera plus maigre que prévu : beaucoup des camarades colistiers de Massin ne feront plus campagne pour celui qui n'est plus qu'un simple candidat à un échevinat. Donc un concurrent... "Il ne sera probablement même pas le deuxième plus populaire de la liste", augure un expert carolo pourtant proche d'Eric Massin.

Une bonne nouvelle quand même pour le futur ancien bourgmestre de Charleroi : mardi soir, c'est Magnette qui a payé l'addition. Toujours ça de pris pour Eric Massin, qui fera ses comptes au soir du 14 octobre.

Nicolas De Decker

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