CD&V-CDH : La famille déchirée

25/06/14 à 13:43 - Mise à jour à 13:43

Source: Le Vif

Le CDH a mis un terme à la volonté de Bart De Wever de former une coalition de centre droit. Le CD&V y était favorable. Si elle reste le pivot de la vie politique belge, la famille sociale-chrétienne est plus que jamais traversée par un gouffre idéologique.

CD&V-CDH : La famille déchirée

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"Une famille sociale-chrétienne ? N'exagérons pas tout de même. Le CD&V et le CDH sont séparés depuis quarante ans déjà..." En pleine mission d'information de Bart De Wever, alors que le CDH avait décrété un "no comment" à tous les étages, ce haut responsable humaniste francophone sursaute quand on évoque le rôle pivot joué ensemble par les deux partis sociaux-chrétiens dans la vie politique belge. "Il y a des concordances entre nous et des préoccupations communes, prolonge cette source. Nous nous sommes rapprochés en fin de législature passée sur les questions éthiques, mais nous avons des positions très différentes sur le plan socio-économique. Une famille, nous ? Non : notre relation s'apparente davantage à celle de ces cousins éloignés qui se retrouvent sporadiquement à l'occasion d'un repas. Sans plus... Quant à la N-VA, nous sommes d'une grande méfiance à son égard, cela ne fait pas l'ombre d'un doute. Cela dit, ne boudons pas notre plaisir : tout le monde nous courtise. C'est un luxe..."

Grâce à leur programme centriste, les partis sociaux-chrétiens restent les pièces centrales du jeu d'échecs que se livrent à distance les nationalistes flamands et les socialistes francophones. Pour eux, c'est un ticket pratiquement assuré pour le pouvoir, avec les uns et/ou avec les autres, en dépit de scores électoraux historiquement très moyens enregistrés le 25 mai dernier, le CDH touchant même son plancher historique en Wallonie. Cette situation de "faiseurs de roi", bien que confortable, donne quelques cheveux blancs aux présidents Benoît Lutgen (CDH) et Wouter Beke (CD&V). Comme quand il a fallu répondre aux avances du désormais ex-informateur N-VA.
Avant cela, Lutgen et Beke ont avancé leurs pions. Une semaine à peine après les élections, CDH et CD&V ont entamé des négociations pour former des majorités régionales avec le parti dominant de leur communauté respective : la N-VA en Flandre, le PS en Wallonie et à Bruxelles (avec le FDF). C'était l'option la plus évidente pour eux. Mais cela complique indéniablement la tâche des émissaires royaux chargés de mettre en place une coalition fédérale. Comme si la fracture sociale-chrétienne était la métaphore de ce gouffre idéologique qui déchire le pays au fil des scrutins.

"La notion de famille politique est devenue de plus en plus relative dans notre Etat fédéral, même si on l'utilise encore, analyse Paul Wynants, professeur d'histoire politique à l'Université de Namur et auteur de plusieurs dossiers du Crisp consacrés aux partis sociaux-chrétiens. Ce qui est frappant sur le long terme, c'est la distanciation croissante entre ces deux formations qui ont longtemps gardé un bâtiment et un centre d'études communs. Désormais, le CDH et le CD&V évoluent dans des paysages politiques très différents et cela se ressent. En Flandre, le poids de la N-VA est devenu tel que le CD&V ne peut pas le nier, l'opinion publique ne le comprendrait pas. Il ne faut pas sous-estimer non plus les affinités personnelles subsistant du cartel CD&V/ N-VA (Ndlr : qui a existé entre 2003 et 2008). Le CDH, lui non plus, ne peut nier l'importance du PS." Gérard Deprez, ancien président du PSC, affirme même que le PS a profité de son statut préservé de premier parti francophone pour "prendre le CDH en otage" et peser sur les négociations fédérales depuis les échelons régionaux.

L'enquête intégrale dans Le Vif/L'Express de ce jeudi.

"La famille sociale-chrétienne est sans aucun doute la moins unie des quatre grandes familles politiques du pays" "Wouter Beke l'admet lui-même : il aura toujours un réflexe flamand d'abord." La formation en cours d'un gouvernement fédéral est "l'épreuve de vérité" permettant de mesurer si le CD&V et le CDH ont encore quelque chose en commun

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