Carton jaune pour le comité P autour des attentats de Paris

26/04/16 à 18:43 - Mise à jour à 18:43

Source: Belga

La commission parlementaire de suivi des organes de contrôle des services de police et du renseignement a octroyé mardi un carton jaune au comité P après le rapport rendu en conclusion de sa mission portant sur la gestion par les équipes belges des événements qui ont conduit aux attentats de Paris.

Carton jaune pour le comité P autour des attentats de Paris

Deux policiers à moto à la frontière franco-belge. © BELGA/Kurt Desplenter

La commission parlementaire a décidé à l'unanimité, majorité et opposition, de permettre aux services de police incriminés de pouvoir répondre point par point. Ce n'est qu'en possession de leurs répliques que les députés analyseront, la semaine prochaine, le rapport sur le fond.

Selon les éléments du rapport que le quotidien Le Soir a pu se procurer, la section antiterroriste de la police fédérale n'a pu investiguer plus avant le cas des frères Abdeslam alors qu'ils étaient en voie de radicalisation, le dossier ayant finalement été classé sans suite faute de moyens.

Le quotidien La Dernière Heure évoquait un rapport contenant des éléments dépourvus de contexte, particulièrement mal reçu par l'antiterrorisme de la police fédérale dont les hommes, actuellement concentrés sur les attentats de Bruxelles, ont été perturbés dans leur travail par les représentants du comité P. Bon nombre d'entre eux seraient aujourd'hui démotivés.

"Il y a une impression générale d'instruction à charge et sans contextualisation. J'ai réclamé que les services de police puissent répliquer point par point", a indiqué la cheffe de groupe PS Laurette Onkelinx. "Nous avons réagi collégialement face au sentiment d'une enquête du comité P menée excessivement à charge", a confirmé son homologue MR Denis Ducarme, le chef de file du parti du Premier ministre soulignant l'unanimité de la démarche rassemblant majorité et opposition.

Le chef de groupe de la N-VA Peter De Roover est également d'avis qu'il est trop tôt pour réagir à un rapport sans avoir eu les réponses de la police. "Il faut veiller à ne pas laisser entendre que les services de police ne font pas correctement leur travail, éviter de pointer trop facilement du doigt et faire attention à ne pas couper l'élan des policiers", a indiqué le député du parti du ministre de l'Intérieur Jan Jambon.

Au-delà de ces critiques sur la méthode, tous les parlementaires ne partagent pas le ton de la réaction de certains de leurs collègues et d'aucuns auraient voulu pouvoir débuter dès ce mardi une discussion sur le fond.

"Il s'agit d'une véritable enquête du comité P, qui n'est pas uniquement à charge, un travail précis, détaillé et factuel qui met au jour un certain nombre d'éléments consternants", a commenté Georges Dallemagne (cdH). "Il n'y a certainement pas d'unanimité pour jeter l'opprobre sur le comité P".

Sur les bancs écologistes, Gilles Vanden Burre appelle également à la prudence et à la sérénité. "S'il est vrai que c'est collégialement que nous avons décidé de permettre des répliques écrites de la part des services, il n'en demeure pas moins qu'il existe aujourd'hui un rapport de qualité. Il y a un équilibre, l'analyse est faite et le travail sera sérieux et complet quand nous aurons l'information des services", a-t-il précisé, invitant lui aussi à "ne pas jeter le doute sur le travail du comité P".

Le député sp.a Hans Bonte a pour sa part dit déceler dans le rapport du comité P un "suivi dysfonctionnel des radicalisés" à Bruxelles, dû probablement à "un problème de capacité" et une approche différente des réalités.

La commissaire générale de la police fédérale Catherine De Bolle est invitée à rassembler les répliques des policiers et les rapporter par écrit aux parlementaires pour la semaine prochaine.

Entre-temps, le rapport du comité P sera disponible dans une version 'eyes only' pour la commission d'enquête parlementaire sur les attentats mais également pour le Premier ministre, le ministre de l'Intérieur et le ministre de la Justice.

Outre les problèmes de ressources évoqués dans la presse, le rapport évoque également des soucis de communication et des comportements inadéquats. Dans l'interprétation qu'ils en font, certains parlementaires pointent du doigt le rôle du Parquet fédéral.

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