Olivier Mouton
Olivier Mouton
Journaliste politique au Vif/L'Express
Opinion

14/04/16 à 11:17 - Mise à jour à 11:16

C'est Jacqueline... (et ses amis du gouvernement Michel)

La ministre de la Mobilité est décidément un maillon très faible de la majorité fédérale. Vu le nombre de ministres fragilisés, le Premier ministre, Charles Michel, serait bien inspiré de songer à un remaniement plus large...

C'est Jacqueline... (et ses amis du gouvernement Michel)

© Belga

La démission de la super-ministre francophone Joëlle Milquet (CDH) semble, déjà, un lointain souvenir. Dans cette vie politique belge tourbillonnante à souhait, voici à nouveau Jacqueline Galant (MR), ministre fédérale de la Mobilité, sous les feux de la rampe. On lui reproche cette fois de ne pas avoir entendu les mises en garde au sujet de la sécurité à l'aéroport, tandis que Laurent Ledoux, sniper en chef à la tête de son administration, démissionne en chargeant sa ministre de tutelle avec des mots tonitruants : elle "ne comprend pas", est "soumise à des lobbys", " a des méthodes dignes de la Gestapo"... Rien que ça.

L'opposition, Défi et Ecolo en tête, réclame la démission de la ministre. Une nouvelle fois. Ce fut déjà le cas dans l'affaire du cabinet d'avocats Clifford Chance, révélée par Le Vif/ L'Express, ou suite à ses approximations dans le dossier du RER, pour ne citer que ces deux cas. On pourrait considérer que l'on tire sur une ambulance, mais force est de constater que Jacqueline Galant est bien un maillon (très) faible de ce gouvernement fédéral. Hier soir, lors du match Atletico Madrid - Barcelone en Champion's League, certains se demandaient ce que les joueurs du Barça devraient faire pour écoper d'un carton rouge, on doit se demander de la même manière ce qu'il faudra pour que la protégée des Michel fasse un pas de côté.

Ce n'est là, en aucun cas, une considération sexiste. Simplement le constat que les dossiers très sensibles dont elle a la charge, de la SNCB au survol de Bruxelles, n'avancent guère - et c'est un euphémisme... -, tandis que les relations entre toutes les parties - administration, partenaires sociaux, ministres régionaux... - se détériorent sans cesse. Le départ de Laurent Ledoux, paradoxalement, pourrait être une bonne nouvelle pour la ministre, tant leurs tensions récurrentes et les fuites venues du SPF lui portaient aussi préjudice. Il n'en reste pas moins que l'on est en droit de se poser la question : Jacqueline Galant a-t-elle la carrure du poste ? Ou est-elle là pour servir de paratonnerre ?

C'est d'autant moins une considération sexiste que l'on est en droit de se demander si plusieurs ministres du gouvernement Michel sont aujourd'hui fragilisés. Au point que le Premier ministre serait peut-être bien inspiré de songer à un remaniement ministériel plus large.

Jan Jambon (N-VA), ministre de l'Intérieur, et Koen Geens (CD&V) ,ministre de la Justice, avaient déjà proposé de démissionner peu après les attentats de Bruxelles. La commission d'enquête parlementaire, qui va débuter ses travaux, risque de pointer à nouveau du doigt des dysfonctionnements dont ils auraient la responsabilité politique. Charles Michel avait refusé leur départ au nom de la sécurité nationale, un argument qui n'a plus le même degré d'urgence aujourd'hui ! Jambon en a, en outre, rajouté une couche en comparant... les terroristes qui ont réussi à s'échapper aux juifs qui se cachaient durant la guerre. Il fallait oser, même s'il a nuancé le propos. En forte baisse dans les derniers sondages, la N-VA risque il est vrai d'être fort nerveuse, ces prochains temps.

D'autres ministres font l'objet de critiques récurrentes. Songeons à Johan Van Overtveldt (N-VA), ministre des Finances, ciblé pour ses approximations budgétaires et peu efficace en matière de lutte contre la fraude fiscale. Ou à Marie-Christine Marghem (MR), accablée à de nombreuses reprises dans le dossier concernant la prolongation du nucléaire.

"Il ne fait pas bon être ministre en Belgique en 2016", tweetait mercredi soir le politologue Régis Dandoy. En effet. Et tant la commission d'enquête que la marche populaire de samedi risquent encore d'accroître la pression. S'il veut donner un second souffle à son gouvernement, relancer une mécanique grippée et restaurer son crédit auprès de la population, Charles Michel n'a peut-être d'autre choix que de modifier son équipe.

Le tout est de savoir s'il veut le faire. Ou s'il peut...

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