Han Renard
Opinion

12/08/10 à 15:52 - Mise à jour à 15:52

Boomerang

A en croire le président de la N-VA Bart De Wever, les Flamands et la classe politique francophone opèrent dans des démocraties distinctes et séparées.

Par Han RENARD, journaliste à Knack.

On peut discuter de la pertinence de cette assertion, mais, dans les matières communautaires, à tout le moins, ils évoluent dans deux unités temporelles. Prenons l'année 2007. Si, lors des négociations gouvernementales catastrophiques à Val Duchesse (ou au cours des trois années de galère politique qui ont suivi), les francophones avaient accepté ne fût-ce qu'une fraction des exigences qui sont aujourd'hui formulées par les Flamands, ceux-ci auraient bondi de joie. La N-VA, formant alors un cartel avec le CD&V, était encore un petit parti dont les ambitions étaient à la mesure de son faible poids politique. D'ailleurs, la présence du parti nationaliste n'était pas indispensable à la table des négociations.

La scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde, accompagnée éventuellement de compensations pour les francophones vivant dans les communes à facilités de la périphérie bruxelloise, et le transfert aux Régions de la politique de l'emploi et de quelques compétences d'importance secondaire auraient pu constituer le paquet qui eût passé en 2007 pour une Grande Réforme de l'Etat. En retour, les francophones auraient reçu de nouveaux moyens pour Bruxelles et l'assurance d'une paix communautaire et d'un certain confort financier pendant quelques années. La scission de tout ou partie de la sécurité sociale n'était pas à l'ordre du jour en 2007.

Mais les francophones, considérant que de nouvelles négociations communautaires ne leur profiteraient pas, sont restés intraitables, exception faite du mini-paquet que le Premier ministre intérimaire Guy Verhofstadt a pu sauver des flammes.

Le CD&V a certes prévenu à plusieurs reprises que cette résistance obstinée en matière institutionnelle provoquerait d'immenses frustrations en Flandre. Mais les sociaux-chrétiens flamands étaient eux-mêmes divisés entre un Premier ministre Yves Leterme qui voulait à tout prix rester au 16, rue de la Loi et un ministre-président Kris Peeters qui estimait que le CD&V devait prendre fait et cause pour les intérêts du nord du pays.

En 2010, les francophones se disent prêts à faire des concessions qui étaient inimaginables en 2007. Mais, compte tenu du récent scrutin en Flandre, celles-ci sont considérées comme trop légères par la N-VA et le CD&V. Too little, too late. Ces partis, d'après ce qui se dit, ne donneront leur accord que pour une révolution copernicienne. Rien de moins ! Si les pourparlers cruciaux qui ont lieu actuellement nous éclairent au moins sur un point, c'est que le refus du front des francophones a finalement raté son objectif et leur revient maintenant comme un boomerang.

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