Christine Laurent
Christine Laurent
Rédactrice en chef du Vif/L'Express
Opinion

24/06/11 à 09:28 - Mise à jour à 09:28

Bonnet blanc et blanc bonnet

CYNIQUE, ARROGANT, HUMILIANT, CHOQUANT. IL DÉRIVE, il dérive de plus en plus, le discours du Voka.

Bonnet blanc et blanc bonnet

Par Christine Laurent

Remonté comme un coucou, il ne se passe pas un jour sans que le puissant patronat flamand (16 000 entreprises) étrille les francophones. Un petit mot par ci, une petite phrase par là, une stratégie de l'estocade censée déstabiliser les empêcheurs de tourner en rond au rythme flamand. Un copié-collé des discours d'un certain... Bart De Wever. Voka-N-VA, blanc bonnet et bonnet blanc. Tony Mary, ex-dirigeant de la VRT, éjecté de l'organisation patronale en décembre dernier, nous l'a confirmé : le Voka s'inscrit parfaitement dans la culture de "toute cette Flandre qui aime les chefs et qui en détient un : Bart de Wever". Tous ralliés au totem !
La Flandre au pied de De Wever. Toute la Flandre ? Non. Un village d'irréductibles intellectuels et artistes résiste. Projets citoyens, cris d'alarme, cartes blanches, ils multiplient les initiatives pour faire entendre une autre voix que celle de "son maître". Le prix à payer ? Une mise à l'index au Nord par une certaine vox populi de plus en plus manipulée. Et confortée par le silence ahurissant des partis flamands traditionnels. Qui ne dit mot consent ? Médias et responsables politiques, tous coupables ? De fait, De Wever a table ouverte chez les premiers, et les seconds se terrent, à l'exception de quelques vieux briscards, comme Mark Eyskens ou Louis Tobback qui, eux, n'ont sans doute plus rien à perdre.
Mais il y a pis encore. Soutenue tout en haut de la pyramide par les grands patrons, la N-VA progresse à vive allure dans le maillage social et politique du Nord. Une occupation de terrain qui passe par la multiplication des sections locales. Régulièrement, les sbires de De Wever, des ténors comme des cadres subalternes, s'y précipitent pour une opération séduction avec, pour thème, le sempiternel refrain sur la "paresse francophone, les Wallons profiteurs et la Flandre laborieuse". Succès garanti, les militants, jamais rassasiés, en redemandent. Prochaine étape choc, comme nous le révélons cette semaine, Nijlen, en province d'Anvers, en novembre. Un ex-manager de crise flamand, retraité, vice-président de la section N-VA de Geel, Staf Kauwenberghs, viendra témoigner de son expérience managériale de 1999 à 2001 dans une entreprise chimique de Feluy, "un cauchemar épouvantable, une descente aux enfers", dont il tire "une généralité bien wallonne" : syndicat socialiste omnipuissant, travailleurs pour qui "tout est prétexte à ne rien faire", fonction publique "qui sert à rendre service aux copains", bref, la totale. Après l'infréquentable avocat Vic Van Aelst, l'abominable Kauwenberghs ? Who's next ?

On le sait bien, en labourant un terreau électoral avec, pour seul engrais, une désinformation caricaturale, le Voka et la N-VA ne font qu'attiser les haines à l'égard du Sud. Avec de bien vénéneuses conséquences. Car, demain, il s'agit de signer un accord, socio-économique et institutionnel. Et le temps presse, comme l'ont rappelé récemment le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker. Un accord qui implique la confiance et une véritable volonté politique de part et d'autre. Pour le CD&V Eric Van Rompuy, pas de doute possible, "De Wever a déjà renoncé mentalement aux négociations, il est clairement en mode électoral". Entre-temps, quels dégâts !

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