Pierre Havaux
Pierre Havaux
Journaliste
Opinion

23/02/16 à 11:08 - Mise à jour à 16:27

BNP Paribas reconnue banque en difficulté pour pouvoir liquider ses quinquas ? Sans blague...

Rien n'est incompatible, tout paraît envisageable au pays de la suédoise. Même de reconnaître comme entreprise en difficulté une banque qui dégage plus d'un milliard de bénéfices, mais souhaite larguer ses serviteurs les plus âgés. Si Charles Michel ne balaie pas l'hypothèse...

BNP Paribas reconnue banque en difficulté pour pouvoir liquider ses quinquas ? Sans blague...

BNP Parisbas Fortis © Belga

BNP Paribas, "la banque d'un monde qui change". La banque qui veut surtout en ce moment se délester de ses tempes grisonnantes, sous prétexte qu'elles ne sont plus dans le coup, mais qu'elles représentent avant tout un coût. L'obsolescence de certains de ses cadres/employés y est programmée à partir de 55 ans, voire de 50 ans. Ces quinquas, quelques centaines à la grosse louche, vont être invités à goûter un repos mérité bien avant d'atteindre l'âge de la pension.

Voilà qui est fâcheux. Fâcheux pour un gouvernement de centre-droit (N-VA-MR-CD&V-Open VLD) qui fait du recul de l'âge de la retraite à 67 ans sa marque de fabrique, et du maintien au boulot des masses laborieuses un objet de fierté. Fâcheux pour un Etat belge qui reste le principal actionnaire du géant bancaire français (10,26% du capital), et qui, on l'imagine, n'aimerait pas trop s'empêtrer dans ses contradictions.

L'affaire exigera à tout le moins d'être ficelée et emballée correctement. Quelle porte de sortie honorable ménager pour ces encombrants "seniors" de BNP Paribas Fortis, sans paraître enfreindre la consigne que Daniel Bacquelaine (MR), commis au guichet "Pensions" au sein de la suédoise, s'évertue à faire percoler dans les crânes : il faut bosser plus longtemps, par nécessité financière et budgétaire absolue.

Une circonstance exceptionnelle, un cas qui frise la force majeure, pourrait grandement aider à faire atterrir le dossier. Et pourquoi diable ne pas accorder à BNP Paribas Fortis un statut de banque en difficulté qui lui permette de dégraisser avec une plus grande commodité ? Certes, une telle éventualité exigerait un peu d'imagination, tant les signes extérieurs d'une entreprise en détresse ne sautent pas aux yeux.

"S'il te plaît, dessine-moi une banque en difficulté" : c'est pas gagné, avec au bilan 1,246 milliard de bénéfice net déclaré en 2014 (637 millions en 2013) et "des résultats positifs engrangés en dépit de l'environnement exigeant", de l'aveu même de la filiale belge de BNP Paribas. Laquelle, en 2015, portait le ravissement de sa maison-mère française à son comble en lui versant un joli dividende de deux milliards d'euros. Cadeau exceptionnel. Comme quoi, on peut rouler sur l'or, mais avoir peur du lendemain et affronter une passe délicate.

Charles Michel (MR) peut parfaitement comprendre ce raisonnement. En séance plénière de la Chambre, jeudi dernier, le Premier ministre a planté le décor : "nous nous trouvons dans la situation où cette entreprise souhaiterait peut-être, dans le cas d'une restructuration, utiliser le recours à la notion d'entreprise en difficulté pour introduire un dossier auprès du gouvernement, plus précisément auprès du ministre de l'Emploi."

Pas d'emballement inutile. Rien n'est encore introduit et rien ne dit que ce sera le cas. A ce stade, tout n'est encore que vue de l'esprit ou ballon d'essai. A bon entendeur : avec toute son équipe, Charles Michel s'est engagé à prendre la peine d'examiner un éventuel dossier sans le rejeter d'emblée. Etant entendu que le gouvernement restera "conséquent" avec ses ambitions d'allonger la durée des carrières. Ce qui n'exclut jamais, cela va de soi, quelques accommodements (dé)raisonnables.

Alors, BNP Paribas Fortis promue au statut enviable de banque en difficulté ? Pas évident à faire gober. "Cela me paraît techniquement et juridiquement impossible, au vu des conditions à remplir. Je vois mal comment la banque pourrait répondre au critère de deux ans de bilans financiers négatifs", réagit Jean-Michel Cappoen, secrétaire-général du SETCa-FGTB.

Mais le simple fait d'y songer, et que le Premier ministre y ait pensé tout haut sans avoir l'air de rire, laisse rêveur ou pantois. Au choix.

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