Blanchis, les enquêteurs de Jumet contre-attaquent

19/09/13 à 11:34 - Mise à jour à 11:34

Source: Le Vif

A-t-on voulu casser les flics anti-corruption qui ont mis au jour les affaires carolos et montoises ? Le Vif/L'Express a pu consulter le dossier d'instruction ouvert à leur charge. Aujourd'hui, l'heure des règlements de comptes a sonné : une enquête sur l'enquête vient d'être ouverte à Bruxelles.

Blanchis, les enquêteurs de Jumet contre-attaquent

© Image Globe

Les hommes de la cellule spéciale de Jumet, qui étaient suspectés d'avoir gonflé leurs notes de frais, sont blanchis. Selon nos informations, le parquet de Charleroi requiert un non-lieu, vu l'absence d'infraction. La chambre du conseil examinera le dossier d'instruction le 16 octobre prochain. Etant donné la position du procureur du roi, on voit mal celle-ci renvoyer les 33 policiers concernés devant un tribunal.

Ces enquêteurs sont ceux qui ont travaillé avec la juge France Baekeland sur des dossiers délicats dont ceux du Parti socialiste à Charleroi : la Carolorégienne, Van Cau, les fonds de pension de la Ville, etc. Début 2009, ils avaient été détachés de l'Office central de répression de la corruption (OCRC), à Bruxelles, pour former une cellule spéciale à Charleroi, baptisée Polfin. Conséquences de l'enquête sur la cellule : ses enquêtes en cours ont été ralenties. Plusieurs inspecteurs dégoûtés ont déserté la cellule Polfin, qui a été finalement dissoute en mai dernier, dans l'indifférence générale. La vingtaine de policiers restants a officiellement rejoint l'OCRC à Bruxelles, où ils disposent à nouveau d'un bureau. En réalité, la moitié continue les enquêtes à Charleroi, dans les locaux de Jumet, et l'autre moitié à Mons, dans les anciens locaux Salduz du parquet. Un arrangement négocié avec le nouveau boss de la police judiciaire fédérale, François Farcy. Le pool Polfin a néanmoins perdu de sa force de frappe.

Le tournant de l'enquête De Groeve

Difficile de ne pas penser que cela arrange pas mal de monde, notamment à Mons, où la cellule spéciale a multiplié les enquêtes gênantes depuis 2010. Difficile de ne pas faire un parallèle entre ces enquêtes et le début des ennuis des policiers de Jumet. Le 21 mai 2010, ceux-ci sont amenés à perquisitionner l'hôtel de Ville de Mons dans le cadre de l'instruction visant Edmée De Groeve (ex-Belgacom, BSCA). Un an plus tard, Didier Bellens, le patron de Belgacom, est inculpé de corruption passive. La justice montoise le soupçonne d'avoir retiré des avantages personnels de la vente, en 2009, d'un ancien centre RTT de Mons à une société de De Groeve, pour un montant sensiblement inférieur aux prix du marché.

Durant la perqui à Mons, les enquêteurs ont également saisi l'ordinateur du secrétaire communal Pierre Urbain, aujourd'hui inquiété par une enquête concernant des sociétés ouvertes à Panama et au Luxembourg. C'est aussi de là que démarre l'enquête sur le placement par l'intercommunale Idea des 74 millions d'euros de la vente de son activité câble à Tecteo. Sans parler du dossier Franco Dragone ouvert début 2011.

Or c'est justement au printemps 2011 que commencent les tracas des policiers de la cellule de Jumet. Après avoir changé plusieurs fois d'avis sur le type de formulaire à remplir pour leurs indemnités de repas et de déplacements, la police fédérale bloque, à partir de juin 2011, les remboursements de ces frais aux hommes de la cellule spéciale. Une enquête disciplinaire est ouverte en octobre de la même année, à la demande du patron de la police judiciaire fédérale de l'époque Valère De Cloet. Les policiers de Jumet n'en seront pas informés...

Six mois plus tard, la machine judiciaire s'enclenche. La police fédérale envoie un rapport au procureur du roi de Charleroi qui, poussé dans le dos par le procureur général Claude Michaux, ouvrira une instruction. Ce rapport évoque la "concussion" dans le chef des policiers de la cellule. Selon le code pénal, il s'agit de la perception illicite par un agent public d'une somme qu'il sait être indue. L'accusation est grave, et sans doute pas neutre, car elle permet de révoquer définitivement un fonctionnaire.

En clair, on reproche aux enquêteurs carolos d'avoir rempli, depuis plus de deux ans, les mauvais formulaires de remboursement de leurs indemnités de repas et de déplacements dans le but de frauder.

Aujourd'hui, le parquet reconnait qu'il n'y a pas la moindre infraction dans ce dossier abracadabrant. Une information judiciaire vient d'être ouverte au parquet de Bruxelles, suite à une lettre écrite par les 33 membres de la cellule. Cette enquête sur l'enquête, à laquelle collaborera l'Inspection générale de la police fédérale, risque de faire des dégâts.

Le dossier dans Le Vif/L'Express de cette semaine.

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