Luc Delfosse
Luc Delfosse
Auteur, journaliste
Opinion

27/09/16 à 10:15 - Mise à jour à 10:15

Bart et les "idiots utiles"

Ne tournons pas autour du zoo: avec son appétit de termite, ses larmes de crocodiles et son adresse de goupil, Bart De Wever est à coup sûr l'animal le plus fascinant et le plus retors de notre jardin extraordinaire. Illustration.

Bart et les "idiots utiles"

© Belga

Au terme d'une semaine ahurissante, celui qui brigue (façon... Di Rupo soit dit en passant), un quatrième mandat à la tête de la NVA, nous a offert une fois encore un show hors norme, passant de l'exclusion la plus cynique d'un tandem "d'emmerdeurs" à quelques larmichettes intimes versées sur les antennes de la VRT. Passons sur ce dernier épisode qui ne fait que confirmer le fait que nous vivons bel et bien dans une... émocratie de plus en plus poisseuse pour nous attarder sur le débarquement des députés "déviants", Hendrik Vuye et Veerle Wouters. A cette occasion, le président à vie du plus puissant parti du pays s'est fendu d'une lettre de remobilisation générale où il donne le cap à ses troupes un tantinet ébranlées: "Nous devons obliger les francophones à sortir de leur trou."

Qu'est-ce à dire ? La réponse est confondante de simplicité : il faut pousser à bout le sud pour l'amener à un scénario à l'écossaise. Dès lors, ce serait les francophones excédés qui, sous l'impulsion d'un PS à bout de souffle populaire, demanderaient la séparation ou, à tout le moins, le confédéralisme. Vous aurez noté que "confédéralisme" est la nouvelle et pudique appellation de l'interminable divorce belgo-belge. Mais enfin, comme aime à le répéter le maïeur d'Anvers, verba volant (les paroles s'envolent....) et ce n'est pas le moment de s'encombrer de détails aussi futiles.

Reste que pour en arriver à ce scénario "à l'écossaise", il manque une broutille, une babiole, un pur exercice formel : le référendum d'autodétermination. Ce serait donc aux francophones, habilement mis hors d'eux, à demander le divorce du couple belge et non au seul parti (avec le Vlaams Blok/Belang) à avoir inscrit au premier article de ses statuts que la Belgique doit disparaître dans les meilleurs délais!

On croit halluciner. Or Bart De Wever et sa garde rapprochée sont simplement en train de nous confirmer l'évidence : ils ne parient pas un centime sur le résultat d'une éventuelle consultation populaire en Flandre dont rêve une partie du Mouvement flamand. Partant, l'unique tactique pour arriver à leurs fins - la séparation/le confédéralisme biffez la mention inutile - est de poursuivre le travail de sape entamé voici deux ans tout rond lorsque la N-VA est montée dans la coalition fédérale en proclamant, la bouche en cul de poule, qu'on ne parlerait pas de communautaire sous la législature. En vérité, elle n'a fait que cela et tout fait farine au moulin. Le budget dérape-t-il vertigineusement malgré les promesses de ces prétendus gestionnaires hors norme ? Qu'à cela ne tienne : on en profite pour récupérer le désastre et claironner que la Sécu n'est plus un tabou. Et peu importe si, in fine, la suédoise usera des trucs et ficelles séculaires.

Cette stratégie de l'entrisme, si chère aux marxistes les plus sectaires, s'appuie bien entendu sur des alliés bernés, leurrés, enfumés, naguère surnommés "les idiots utiles", à qui l'on fait croire qu'ils sont à la manoeuvre. Jour après jour, lambeau après lambeau, petite phrase après petite phrase, crise après crise, il se confirme que Charles Michel risque bel et bien de rester dans l'Histoire de ce (toujours) pays comme le dresseur de termites le plus doué et le plus embabouiné de notre extraordinaire jardin.

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