Avec le bonjour du junkie wallon

15/12/10 à 15:42 - Mise à jour à 15:42

Source: Le Vif

"La Belgique a besoin d'un gouvernement dans les meilleurs délais", a confirmé mardi Elio Di Rupo devant environ 300 personnes réunies au Cercle de Wallonie, dans le château du Val Saint-Lambert (Seraing) mardi. Des patrons wallons pour la plupart, mais aussi une bonne représentation de responsables liégeois du Parti socialiste. Le président avait même à sa table les deux clans ennemis du PS liégeois, le ministre des Pensions Michel Daerden d'un côté, et de l'autre le bourgmestre de Liège Willy Demeyer et celui de Seraing Alain Mathot.

Avec le bonjour du junkie wallon

© Belga

Fin novembre, Bart De Wever, le président de la N-VA, au Cercle de Wallonie (mais à Namur) avait évoqué la fin de la Belgique, mais "sans révolution", et avait énergiquement repoussé la perspective de nouvelles élections "pour ne pas augmenter la pression économique". Le patron du PS a rappelé qu'en effet l'article 1 des statuts de la N-VA veut que la Flandre devienne une république autonome et que 48 des 88 députés fédéraux flamands (45%) ont été élus sur des listes indépendantistes (N-VA, VB, LDD) ; si l'on y ajoute les 17 députés CD&V, 65% de ces députés flamands appartiennent à des partis indépendantistes ou confédéralistes. "Si on ne se remémore pas ça..." Et tout comme l'autre vainqueur des élections, Elio Di Rupo est lui aussi totalement opposé à un nouveau scrutin: ce serait irresponsable, n'apporterait aucun élément nouveau, et attiserait la convoitise des spéculateurs.

Un stock de dette La Belgique est le pays européen qui a le mieux traversé la crise, rappelle le président du PS, et elle a gardé un taux d'épargne élevé. Mais on ne peut pas laisser un stock de dette qui risquerait de s'emballer. "Il faut donc assainir le budget de la maison Belgique, et trouver 20 milliards d'ici 2015, soit 4 à 4,5 milliards par an. C'est énorme, et chaque jour sans action est un jour qui nous fait prendre un risque. S'il n'y a pas de réaction, il y a un risque de perte de contrôle." De 1993 à 2007, "et le PS était aux affaires", la dette a été réduite de 134,1% du PIB à 84,2%. Avec la crise financière, elle est repassée à 89,6% en 2008, à 96,2% en 2009 et atteindra les 100% en 2010. "Ce ne sont pas les politiques qui en sont responsables, assène Elio Di Rupo, mais des gens qui ont fait preuve de cupidité et qui s'en sont mis plein les poches, échappant à tout contrôle humain."

"Comme la drogue vers un junkie" Le président du parti socialiste a également voulu tordre le cou à certains clichés, dont celui de la perfusion permanente de la Flandre vers la Wallonie, "comme la drogue vers un junkie", selon l'interview de Bart De Wever à l'hebdo allemand Spiegel. De 1830 à 1967, c'est le sud du pays qui a enrichi le nord, "et nous laisserons aux historiens le soin de vérifier l'histoire" (Bart De Wever est historien de formation). "Mais il ne faut pas perdre de vue que l'état économique des Régions, c'est le fruit de la Belgique. Les Régions n'en sont qu'héritières." Elles existent progressivement depuis 30 ans, mais la Belgique a bien servi la Flandre depuis bien plus longtemps.

Selon la banque d'affaires française Natixis, filiale du groupe BPCE (Banque Populaire-Caisse d'Epargne), les transferts actuels sont d'ailleurs inférieurs à ce qu'on en dit côté flamand: ils seraient de l'ordre de 5 à 7 milliards, et non pas supérieurs à dix milliards. Dans d'autres pays européens, les transferts régionaux sont proportionnellement bien plus importants: le double de la Lombardie vers les provinces du sud de l'Italie ; le triple de l'Ile-de-France vers l'Auvergne et, en Espagne, de la région de Madrid vers les Asturies. La Wallonie n'est pas la région la plus assistée d'Europe, comme."Il faut donc arrêter de faire croire qu'il y a d'un côté les travailleurs, et de l'autre les assoiffés de subsides", s'énerve Di Rupo, qui ne semble pas trop croire aux explications confuses de De Wever expliquant qu'il n'a voulu insulter personne...

MICHEL DELWICHE

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