Christine Laurent
Christine Laurent
Rédactrice en chef du Vif/L'Express
Opinion

30/09/11 à 09:03 - Mise à jour à 09:03

Atomes crochus

Après le piétinement, l'emballement. Fini de tourner en rond, d'avancer pour mieux reculer, terminée la procession d'Echternach. Chaque jour voit un nouveau miracle s'accomplir.

Atomes crochus

Les accords tombent les uns après les autres, les négociateurs ont le sourire, le Palais se réjouit, bref, c'est l'euphorie. Normal. Pas moins de 473 jours sans gouvernement nous avaient plombé le moral à tous. Ils nous ont baladés, nos politiques, pendant toute cette période. Avec leurs déclarations à l'emporte-pièce, leurs petites phrases comminatoires, leurs stratégies hasardeuses. Souvenez-vous, c'était il y a à peine quelques semaines, le définitif "jamais sans la N-VA" du CD&V, le tout aussi catégorique "pas question d'ouvrir la porte aux libéraux" du PS. Ou bien encore "pas de scission de BHV sans élargissement de Bruxelles" du MR et du CDH. Tout ça pour ça ! Aujourd'hui, la N-VA est bel et bien "out", les libéraux ont toutes les chances d'obtenir des maroquins importants au sein du futur gouvernement, mais motus et bouche cousue sur l'élargissement de Bruxelles, le sujet qui fâche. Tous ont fait une croix sur leurs querelles idéologiques et communautaires. Résultat, des avancées tactiques astucieuses pour sortir collectivement de la mouise. Une sixième et profonde réforme de l'Etat, en douceur. Brillant !

Le fol enthousiasme un peu retombé, on s'interroge : un tel revirement aurait-il été possible sans la crise ? N'a-t-elle pas largement contribué à mettre une pression maximale sur les huit ? Et que dire des agences de notation, si honnies, et dont les menaces ont bien fait trembler le landerneau économico-politique ? Dans un climat tendu et anxiogène, l'issue était inévitable, il fallait conclure, rassurer les marchés, tout en muselant la N-VA.

Mais il y a plus encore : la personnalité des négociateurs, comme le prouve l'enquête réalisée par l'université d'Anvers que nous publions cette semaine. Ah ! le profil des hommes politiques, toute une histoire dans l'histoire ! De quoi titiller la curiosité légitime des psys. Nul doute possible, il y a les compatibles et les incompatibles. Or, pour tisser un bon accord et réduire au minimum les ondes négatives, il faut un juste équilibre entre les différents intervenants. Prenez la crise de 2007. Mettez Yves Leterme, Didier Reynders, Bart De Wever et Joëlle Milquet autour d'une table, explosif ! tant ils sont dominateurs et querelleurs ! Pis. Le penchant "consciencieux" est si développé chez Leterme et Milquet qu'il les pousse à se raidir sur les principes, ce qui a achevé de coincer les discussions. Dominateurs... ils le sont presque tous à des degrés divers, c'est vrai. Mais nul doute que, même s'il est querelleur lui aussi, Di Rupo bénéficie d'un tempérament jovial qui favorise inévitablement les petits et grands arrangements.

Depuis juin 2010, nous avons assisté, médusés, au pas de deux hésitant des présidents du PS et de la N-VA. Peine perdue, ils ne pouvaient pas se rejoindre sur un même tempo. Certes, on aurait pu imaginer que le pragmatique Di Rupo et l'idéologue De Wever trouvent un rythme commun. Faux ! Ces deux-là, aussi dominateurs qu'audacieux, ne pouvaient que s'affronter. La faute, affirment les experts, à De Wever, qui manque totalement de l'indispensable sens du devoir, et d'un minimum d'esprit de conciliation, qualités dont serait doté, en revanche... Di Rupo. Septembre 2011 : la donne a changé. Exit De Wever. Et les négociateurs ont aussi réussi à neutraliser "Madame Non". Une affaire de casting, c'est sûr !

CHRISTINE LAURENT

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