Armes wallonnes en Libye : les craintes émises en 2009 étaient fondées

28/02/11 à 18:58 - Mise à jour à 18:58

Source: Le Vif

Les craintes émises lorsque la licence d'exportation d'armes de la FN vers la Libye a été octroyée étaient fondées, a reconnu lundi le ministre-président wallon, Rudy Demotte, en réponse à une série de questions en Commission du parlement.

Armes wallonnes en Libye : les craintes émises en 2009 étaient fondées

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Il a toutefois insisté sur le contexte international de la décision d'octroi en 2009: cette année-là, pas moins de 283 licences européennes ont été accordées à la Libye par 14 pays différents, dont le Royaume Uni, l'Autriche ou l'Allemagne.

La communauté internationale s'est trompée dans son ensemble à l'égard du régime du colonel Kadhafi, a souligné M. Demotte, en rappelant l'accueil qui avait été réservé au dirigeant libyen dans plusieurs pays, dont la Belgique. Le ministre-président a tenu par ailleurs à défendre la rigueur de la Région wallonne depuis qu'elle exerce la compétence sur les licences d'armes et s'est refusé à mettre en cause l'activité du secteur de l'armement, important dans l'économie du sud du pays.

Jeudi, le gouvernement wallon s'est accordé sur une réforme de la procédure d'octroi des licences très contestée par le secteur, en particulier sur le mécanisme d'autorisation préalable qui sera requis pour certains pays. Ce système sera appliqué dans un nombre extrêmement limité de cas, a assuré M. Demotte.

Sur les bancs PS, la chef de groupe Isabelle Simonis a défendu la décision prise par le ministre-président d'accorder la licence. "Revoir aujourd'hui l'octroi de la licence à la lumière d'une situation tout à fait différente revient à faire preuve d'une schizophrénie démagogique", a-t-elle lancé.

Le cdH a, de son côté assuré, qu'il soutenait le maintien d'un secteur de l'armement en Wallonie, et particulièrement dans le bassin liégeois, de même que l'octroi des licences.

"Nous avons toujours soutenu ces licences, c'est un fait, il faut les assumer. Même si c'est Carnaval, nous n'allons pas entrer dans le bal des hypocrites mais nous avons clairement indiqué que les procédures devaient être revues", a souligné Dimitri Fourny.

Ecolo a quant à lui rejeté les accusations entendues dans les rangs des patrons et syndicats du secteur à propos d'une réforme décidée "sous le coup de l'émotion" des derniers jours. Les grandes lignes de la réforme ont été décidées en avril, a rappelé Luc Tiberghien. Le député s'est néanmoins montré critique à l'égard de la décision d'octroi prise en juin 2009, quand la majorité Olivier n'était pas encore constituée. "Nous avons dit plusieurs fois que cet octroi était contraire au code européen", a-t-il affirmé.

Dans l'opposition, le MR a mis l'accent sur les divisions de la majorité. "Monsieur le ministre-président, vous avez dû vous sentir bien seul. Cela ressemble très fort à de la trahison gouvernementale", a fait remarquer Richard Miller en faisant allusion aux déclarations de dirigeants du cdH ou de députés Ecolo.

Le ton est d'ailleurs monté à ce sujet entre le chef de groupe Bernard Wesphael et Pierre-Yves Jeholet (MR) qui appelait "certains" à avoir le courage politique de dire qu'ils voulaient sacrifier le secteur. "Je souhaiterais connaître à un moment la position du MR: étiez-vous oui ou non favorable à la délivrance de la licence? En 9 mois, vous n'êtes jamais parvenus à répondre à cette question", a rétorqué l'écologiste.

Le MR n'oppose pas un non de principe à la réforme de la procédure d'octroi des licences: il attend de voir les textes qu'il évaluera en tenant compte des intérêts économiques et du contrôle démocratique.

Mis en cause par la FGTB, M. Miller a par ailleurs appelé les syndicats à changer d'attitude et à ne plus invoquer à tout bout de champ la survie de l'entreprise lorsqu'une licence d'exportation est en jeu.

Le nouveau projet de décret hérisse la CSC La note du gouvernement wallon visant à modifier la délivrance de licences d'armes promet un décret "pire que le précédent", selon le groupe Défense de la CSC qui a réagi lundi. La CSC va se concerter avec les autres syndicats pour organiser au plus vite la mobilisation contre ce texte, a indiqué lundi Gabriel Smal, secrétaire principal du groupe Défense.

"Cette note, si elle est approuvée par le parlement wallon, va conduire avec certitude à l'étranglement en douce de l'emploi du secteur de la Défense et des secteurs périphériques et connexes", a déclaré M. Smal à l'Agence Belga.

Selon lui, il est possible de concilier la défense de l'emploi wallon, l'avenir de l'industrie wallonne de défense et les exigences éthiques de respect des droits de l'Homme. Mais ces préoccupations doivent être formalisées au niveau européen plutôt que wallon, afin de ne pas nuire inutilement aux intérêts du secteur.

Le groupe Défense de la CSC "appelle à une mobilisation rapide de toutes les organisations syndicales et autres organismes concernés par les effets dévastateurs supposés de cette note sur l'emploi". "Sommes-nous en surchauffe économique et en situation de plein emploi en Wallonie pour se permettre de tuer comme cela l'emploi en Wallonie? ", s'est encore interrogé le syndicaliste.

Le Vif.be, avec Belga

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