Arkadi Babtchenko: la mise en scène, une "atteinte grave à la crédibilité de l'information"

31/05/18 à 13:52 - Mise à jour à 13:54

Source: Belga

(Belga) A l'instar de l'ONG Reporters sans frontières, la Fédération internationale des journalistes (FIJ) a regretté jeudi la mise en scène du meurtre du journaliste russe Arkadi Babtchenko à Kiev, une supercherie qui a duré le temps d'une journée et qui servait, selon les forces de sécurité ukrainiennes, à déjouer un véritable projet d'assassinat orchestré par Moscou.

Le soulagement de la communauté internationale, au moment de la ré-apparition mercredi du critique du Kremlin donné pour mort depuis la veille, a ainsi rapidement laissé place aux critiques et aux questions. Pour la FIJ, qui regroupe des associations et syndicats de journalistes d'environ 140 pays, l'"affaire Babchenko" (ou Babtchenko) est "intolérable et inadmissible". "Toute manipulation de l'information entache de manière dramatique la crédibilité des médias et de la profession dans son ensemble", rappelle la FIJ dans un communiqué. L'affaire dans son ensemble "renforce partout l'idée du grand complot, auquel participeraient les journalistes et les politiques", regrette l'organisation, à laquelle est affiliée, en Belgique, l'AGJPB (Association Générale des Journalistes professionnels de Belgique). "En répandant faussement la nouvelle" de l'assassinat de Babtchenko, "les autorités ukrainiennes ont gravement porté atteinte à la crédibilité de l'information, et leur communication court le risque d'être prise pour une opération de propagande", indique Philippe Leruth, président de la FIJ, dans le même communiqué. "Pour faire échec à un attentat présumé contre Arkady Babchenko, fallait-il passer par pareille supercherie?", s'interroge-t-il. "Je souhaite à tous les défenseurs de la haute morale de se retrouver dans une telle situation: qu'ils montrent alors leur respect des principes de la morale et meurent la tête haute sans avoir trompé les médias", a lancé de son côté Babtchenko sur sa page Facebook. Un conseiller du ministre de l'Intérieur, le député Anton Guerachtchenko, a expliqué que cette mise en scène était nécessaire pour "remonter et documenter toute la chaîne, du tueur à gages aux organisateurs et aux commanditaires", en les persuadant que "la commande a bien été exécutée". "Sherlock Holmes a utilisé avec succès la méthode de la mise en scène de sa propre mort pour élucider efficacement des crimes compliqués", a-t-il ajouté. (Belga)

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