Michel Delwiche
Michel Delwiche
Journaliste
Opinion

25/01/13 à 12:03 - Mise à jour à 12:03

ArcelorMittal : on n'a rien vu venir ? Vraiment ?

On peut déplorer un personnel politique détaché de la réalité, mal conseillé, s'enfermant dans ses certitudes, incapable d'anticiper et de voir d'où les coups vont venir. Mais on ne fera pas l'injure au gouvernement wallon, et singulièrement à son ministre de l'Economie le socialiste liégeois Jean-Claude Marcourt, de le ranger dans ce tiroir. Car même s'il a pu être surpris par l'annonce, jeudi matin, de la suppression de la cokerie et de 6 lignes à froid du bassin liégeois, et surtout le massacre de 1.300 emplois directs et de plus du double d'emplois indirects, sa surprise ne devait porter que sur le moment choisi par Mittal, et très peu sur l'ampleur de la catastrophe.

ArcelorMittal : on n'a rien vu venir ? Vraiment ?

© Image Globe

En radio ce matin, Jean-Claude Marcourt a expliqué que les investissements nécessaires pour maintenir ces outils à flot n'avaient pas été consentis au cours des dix dernières années. Comment avouer plus clairement qu'il savait que leur fermeture était programmée? L'ancien patron de Cockerill-Sambre (de 1985 à 1999), Philippe Delaunois, ne nous disait pas autre chose hier: "Il y a déjà plusieurs mois que l'on savait que le plan d'investissement porterait sur cinq outils. Les autres étaient donc condamnés." Et que dire de ces propos de Bernard Dehut, CEO d'ArcelorMittal Liège, qui explique que ce n'est qu'à la mi-décembre qu'il s'est rendu compte que les comptes n'étaient pas bons et que l'entreprise avait perdu 200 millions au cours des trois premiers trimestres ?

Pourquoi ne pas avoir dit la vérité toute crue? Ce n'était sans doute pas le moment, il ne fallait pas déstabiliser encore plus l'électorat socialiste au moment des élections d'octobre. Puis après, on a rentré le cou dans les épaules, on a fait le gros dos, demain est un autre jour.

Pendant ce temps, à Davos, en Suisse, loin du choeur des pleureuses, le premier ministre Elio Di Rupo (socialiste) s'invitait au bal des riches pour clamer la crédibilité retrouvée de la Belgique -"la Belgique est de retour"- et vanter entre autres les avantages fiscaux dont peuvent bénéficier les investisseurs, dont ces fameux intérêts notionnels qui ont fait gagner chaque année des centaines de millions d'euros au sidérurgiste indien. La Belgique est de retour? Après Ford-Genk et Arcelor-Liège? Dans les deux cas, au nom des surcapacités de production, la Belgique a été écartée d'un revers de la main au profit de puissants voisins, l'Allemagne et la France, qui aujourd'hui, la main sur le coeur, en appellent à l'Europe. Mais c'est la cokerie de Liège qui sera fermée. Celle de Florange, en Lorraine française, sera rénovée.
Maintenant, Jean-Claude Marcourt va prendre son téléphone et démarcher humblement d'éventuels repreneurs (si toutefois Mittal veut bien céder les outils, improbable scénario). Il se donne deux mois. Bonne chance!

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