Anti-terrorisme: les clivages politiques n'ont pas disparu

21/01/15 à 21:07 - Mise à jour à 21:07

Source: Belga

Les clivages politiques à propos de la lutte contre le radicalisme et le terrorisme n'ont manifestement pas disparu, ressort-il mercredi d'une longue séance des commissions réunies de la Justice, de l'Intérieur et de la Défense.

Anti-terrorisme: les clivages politiques n'ont pas disparu

Charles Michel. © Belga

La semaine passée, le premier ministre Charles Michel a appelé les partis politiques à dépasser le clivage majorité-opposition dans le débat sur les mesures annoncées par le gouvernement. Vendredi, au lendemain de l'opération anti-terroriste menée sur le territoire national, le conseil des ministres a approuvé une batterie de mesures visant la création d'une nouvelle infraction, l'élargissement des écoutes téléphoniques, la lutte contre le radicalisme dans les prisons ou encore le recours à l'armée pour surveiller certains lieux stratégiques.

L'opposition attend de voir les textes qui seront déposés au parlement. Des divergences se sont néanmoins exprimées à propos de certains projets. Les socialistes francophones ne voient pas d'un bon oeil la possibilité de retrait de la nationalité belge à un ressortissant qui a la double nationalité. Ils ont dénoncé l'"institutionnalisation de la stigmatisation" qui se cachait derrière la mesure. "Cela n'empêchera pas des djihadistes de commettre leurs crimes", a lancé Laurette Onkelinx.

Vendredi, la N-VA s'est félicitée des mesures prises et le président Bart De Wever s'est empressé d'annoncer qu'il avait déjà décroché 30 militaires pour sa ville alors que le comité restreint n'avait pas encore organisé leur déploiement. Le chef de groupe, Hendrik Vuye, s'en est pris mercredi au gouvernement d'Elio Di Rupo. "La radicalisation est en cours depuis longtemps. Nous pouvons regretter que le gouvernement précédent ne soit pas intervenu de manière suffisante et efficace", a-t-il lancé.

"Dans ces circonstances, j'ai peu apprécié la récupération politicienne de la N-VA qui en fait un élément de campagne", a répliqué Mme Onkelinx.

Des regrets similaires se sont pourtant fait entendre sur les bancs du MR. "Notre pays a changé avec le départ de centaines de Belges vers la Syrie. Faut-il plaider coupable de ne pas avoir réagi plus tôt? Sans doute mais ce qui compte, c'est que ces mesures soient sur la table", a dit Denis Ducarme.

L'appel à l'unité laisse Ecolo sceptique. "Nous déplorons que le débat n'ait pas vraiment lieu parce qu'on nous demande aujourd'hui rien d'autre que de soutenir l'accord de majorité", a regretté Zakia Khattabi.

Le cdH s'est dit prêt à s'inscrire dans l'appel lancé par le premier ministre mais il lance lui aussi un appel. Il a déposé trois propositions de loi pour lutter contre le terrorisme et le radicalisme et propose qu'elles servent de base au travail parlementaire, a rappelé Vanessa Matz. "Nos propositions sont sur la table, prenons-les, étudions-les plutôt que d'attendre la mi-février".

Dans la majorité, des nuances se sont exprimées. La N-VA s'est concentrée sur le droit des démocraties occidentales à se défendre et a salué les mesures gouvernementales de sécurité. Le CD&V a insisté sur l'importance de la prévention et réclamé une concertation avec les Communautés. Il a aussi répété que le recours à l'armée était justifié par des circonstances exceptionnelles, et donc temporaire. "Notre parti ne veut ni un Etat policier, ni un Etat militaire", a déclaré Servais Verherstraeten.

Patrick Dewael (Open Vld) s'est également montré tranchant. La faculté laissée au nouveau Conseil national de sécurité (dans lequel siègent le comité ministériel restreint, les ministres de la Justice et de l'Intérieur) de relever le niveau de sécurité dans des circonstances exceptionnelles suscite ses réserves. "L'analyse de la menace n'est pas une affaire politique", a fait remarquer l'ancien ministre de l'Intérieur.

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