Anderlecht : un imam tué dans l'incendie criminel d'une mosquée

12/03/12 à 21:59 - Mise à jour à 21:59

Source: Le Vif

Un incendie criminel a fait un mort et un blessé léger dans la mosquée chiite de la rue Meersman, à Anderlecht, lundi soir. Un suspect a été interpellé . Il ne s'agirait pas d'un crime raciste mais d'un attentat anti-chiite.

Anderlecht : un imam tué dans l'incendie criminel d'une mosquée

© Belga

Un homme est décédé lors d'un attentat commis ce lundi soir contre une mosquée d'Anderlecht, a indiqué une porte-parole de la zone de police Midi. Une autre personne, qui se trouvait également dans la mosquée, a été légèrement intoxiquée. Un suspect a été interpellé.

Les faits se sont produits vers 18h45 quand un témoin a aperçu un homme en train de bouter le feu à une mosquée située au n°33 de la rue Docteur Meersman.

Les pompiers se sont rendus sur place et ont rapidement éteint le feu, mais ont découvert ensuite le corps sans vie du cheik au premier étage. Il a été intoxiqué et est décédée sur place vers 19h30. La victime s'appelait Abdallah Dadou selon la RTBF. Elle était âgée de 47 ans environ.

Le bourgmestre d'Anderlecht Gaetan Van Goidsenhoven a confirmé sur Twitter l'identité de la victime : il s'agit du cheikh de la mosquée. Il semblerait, a ajouté le maïeur, sous réserve des devoirs d'enquête, qu'un seul projectile ait été lancé à l'intérieur du bâtiment. Il n'est pas encore établi qu'il s'agisse d'un jet de cocktail Molotov comme annoncé précédemment.

Le suspect des faits a été arrêté non loin de la mosquée. Le parquet de Bruxelles est descendu sur les lieux. La police locale de la zone Bruxelles Midi (Anderlecht/St-Gilles/Forest) a interpellé mardi soir un suspect dans le cadre de l'incendie d'une mosquée d'Anderlecht, rapporte la police. On ne connaît ni l'identité du suspect ni le motif de son acte.

Une dizaine de personnes se trouvaient dans la mosquée au moment des faits. Elles ont quitté le bâtiment alors que les pompiers arrivaient sur place. Une cinquantaine de personnes se sont réunies dans le calme devant la mosquée.

Le mouvement salafiste mis en cause

Des représentants musulmans en Belgique ont mis en cause lundi soir le mouvement salafiste sunnite dans l'incendie criminel qui a visé une mosquée chiite de Bruxelles et tué son imam, asphyxié par les dégagements de fumée. La vice-présidente de l'Exécutif des musulmans de Belgique, Isabelle Praile, elle-même chiite, a estimé que les témoignages recueillis à la mosquée pointaient du doigt une action des extrémistes salafistes.

"Le centre islamique Rida, qui est la plus importante mosquée chiite de Bruxelles, avait déjà dû être placé sous la protection de la police, voici quelques années" à la suite de menaces des salafistes, a dit Isabelle Praile. La police a indiqué de son côté qu'il était "trop tôt" pour évoquer des pistes.

Un autre responsable chiite, Azzedine Laghmich, travaillant dans la mosquée, a aussi affirmé que les slogans criés par l'agresseur ayant mis le feu à la mosquée pointaient en direction du mouvement salafiste anti-chiite. "C'est un salafiste, tous les témoignages des gens présents le montrent", a-t-il dit à l'AFP. Selon lui, l'homme est entré dans l'édifice et y a mis le feu avec de l'essence avant d'essayer d'en sortir en criant des slogans salafistes liés au conflit en Syrie. Mais il a été bloqué par des passants et fidèles qui l'ont enfermé à l'intérieur de la mosquée qui prenait feu, avant qu'il ne soit arrêté par la police. "L'imam décédé a lui essayé d'éteindre le feu dans un premier temps avec un autre responsable de la mosquée, une personne âgée, mais il n'y est pas parvenu. Tous deux ont ensuite essayé de sortir par l'étage, mais seulement l'un d'entre eux a pu y parvenir", a souligné ce responsable.

"Rien ne peut excuser un tel acte..."

La ministre de l'Intérieur, Joëlle Milquet, a fait savoir que, "très choquée par les faits qui se sont produits", elle condamnait ceux-ci "avec fermeté et indignation". Mme Milquet a également précisé via son cabinet qu'elle se rendait sur place.

Sur Twitter, Fadila Laanan s'est dite "scandalisée par cet attentat dans ma commune contre une mosquée. Un homme est mort et c'est ignoble. Rien ne peut excuser un tel acte..."

Le groupe de réflexion Vigilance musulmane a lui aussi réagi. "Pareil crime est certes condamnable. Cette condamnation doit se faire indépendamment de l'identité de(s) l'auteur(s) et de ses (leurs) motivations. Car pareil crime porte atteinte à la fragile paix sociale qui fait la particularité de notre pays et de sa capitale", explique le groupe de réflexion. " Il convient d'agir avec dignité et responsabilité en évitant toute instrumentalisation de cette triste actualité, sous peine de favoriser un peu plus le risque qui pèse sur la paix sociale et sur la coexistence entre les différentes composantes de notre société".

"Sans connaître des motivations de l'auteur de cet acte meurtrier que l'enquête judiciaire aura à déterminer, Vincent De Wolf est particulièrement préoccupé que cet acte criminel ait visé un lieu de culte, symbole de la communauté musulmane de Bruxelles", souligne le communiqué du chef de file MR au Parlement bruxellois. "Dans un état démocratique, la préservation de la liberté individuelle, philosophique et religieuse, est essentielle. Toute atteinte doit être sévèrement condamnée", estime Vincent De Wolf.

Sarah Turine (Ecolo) a réagi avec indignation. "Je suis indignée et condamne tout acte contre une mosquée, synagogue, église ou tout autre lieu spirituel. C'est un acte abject". Sarah Turine attend désormais que l'enquête fasse la lumière sur "les raisons d'un tel acte".

Levif.be, avec Belga

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