17/04/12 à 16:54 - Mise à jour à 16:54

A quel point Sarkozy a-t-il peur?

L'opportunisme électoral et l'angoisse ont conduit le président français, que d'autres appellent 'Napoléon le Petit', à s'en prendre irrationnellement à la Banque Centrale Européenne (BCE).

Nicolas Sarkozy ne craint pas les sentences fortes, surtout en ce moment. Profitant de la dernière ligne droite du premier tour des présidentielles, le président français vient de démontrer une fois de plus ses talents d'orateur.

C'est donc avec le plus grand sérieux que Sarkozy annonçait, il y a quelques semaines, la fin de la crise de l'euro. Changement de ton, le week-end dernier, lorsque le même homme somma la BCE d'assurer une croissance plus importante. L'offensive du président français signe son opposition à l'indépendance politique de la BCE. Ne nous attardons pas sur la contradiction flagrante qui existe entre les deux déclarations du président. Une série d'autres observations auraient bien plus de sens ici ...

Que pourrait faire la BCE, qu'elle ne fasse déjà, afin de stimuler au mieux la croissance ? Telle est la toute première question à se poser dans cette affaire. Le taux de base s'élève actuellement à 1%. Compte tenu de l'inflation moyenne de l'euro (2,7%), ce chiffre implique un taux réel (inflation exclue) extrêmement négatif. Toutes les analyses l'indiquent : la politique des taux stimule fortement la croissance.

La BCE se montre en outre prête à injecter le système économico-financier d'une quantité quasi- illimitée de nouvelles liquidités. C'est par le biais d'offres de refinancement sur 3 ans au moins (LTRO) que la BCE a pompé, en l'espace de quelques mois, 1000 milliards d'euros aux liquidités complémentaires. Des actions qui devraient également s'avérer extrêmement stimulantes pour la croissance économique à l'intérieur de la zone euro.

L'achat direct de la dette publique des pays de l'euro est aujourd'hui la seule action que la BCE puisse entreprendre afin d'encourager la croissance. Les interventions directes de la BCE à plus grande échelle pourraient influencer les taux d'intérêt à long terme et, par conséquent, avoir un impact positif sur le chemin vers la croissance économique.

Cependant, de telles interventions créent également énormément d'incertitude. C'est certain : l'acquisition par la BCE de plus de titres publics aura un impact sur les efforts des pays de la zone euro nécessitant un assainissement et une restructuration. Mais lequel ? Telle est la question. Pourquoi se tourmenter outre mesure au sujet de pays tels que la Grèce, le Portugal et l'Espagne alors que la BCE se chargera de toute façon du financement des déficits et de la dette ? Cette crainte est très présente chez les Allemands, dont la réaction à l'appel de Sarkozy a été particulièrement hostile. L'Allemagne ne se soucie pas uniquement de la stabilité de la BCE. Ses craintes concernent en réalité le danger qui plane sur l'indépendance de l'institution.

L'aspiration à conserver une banque centrale indépendante du domaine politique fait partie du matériel génétique d'une écrasante majorité d'Allemands. Sarkozy est conscient de cette sensibilité. Pourquoi donc, dans ce cas, s'en est-il pris à la politique et à l'indépendance de la BCE ?

Nous voyons deux explications non-exclusives à ce comportement. Tout d'abord, Nicolas Sarkozy le perçoit certainement : sa proximité étroite et ouverte avec la chancelière allemande Angela Merkel ne lui apportera pas grand-chose sur le plan électoral. Il se pourrait même que ce lien soit mal vu par les électeurs français : un scandale autour de la BCE constituerait donc une belle illustration de l'indépendance de Sarkozy par rapport à la politique allemande, d'ores et déjà rebaptisée 'diktat' européen par de nombreux Français.

Sarkozy doit en outre ressentir les marchés financiers se rapprocher, petit à petit, lentement mais sûrement. La France conserve de grands déficits budgétaires et une dette publique avoisinant les 100% du PIB. La dette privée française atteint également des sommets. A la mi-2011, la dette totale du pays (privée et publique) s'élevait à 346% du PIB : à peine plus basse que la dette espagnole (363%) mais significativement plus élevée que la dette allemande (278%). La France semble également mal lotie en termes de capacités de croissance économique.

Tout se passe exactement comme si Sarkozy craignait que, dans un avenir proche, les interventions à grande échelle de la BCE restent les seules à pouvoir sauver la France de la crise financière. Le président français demande davantage de contrôle sur la politique de la BCE. Il est clair que la banque centrale est la seule à disposer de suffisamment de moyens pour prévenir un éventuel embrasement financier. Une constatation qui s'applique plus particulièrement aux grands pays de la zone euro - Espagne, Italie, France. De telles interventions n'arrangent rien ? A terme, elles sont même plutôt susceptibles d'attiser la problématique de l'euro? Ce n'est pas une surestimation, mais tout dépendra de l'éventuelle réélection de Sarkozy.

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