Alexandre Charlier
Alexandre Charlier
Journaliste sportif
Opinion

05/12/12 à 13:30 - Mise à jour à 13:30

"A mort l'arbitre !" : de la fiction à la réalité

Cette fois, ce n'est plus du cinéma. Un homme de 41 ans a été tué pour avoir dirigé un match de football amateur. Comme ça. Bêtement. Richard Nieuwenhuizen, juge de ligne occasionnel, a été passé à tabac par des ados pas contents. Les Pays-Bas sont en deuil. Le monde du football, lui, dans son ensemble, a une fois de plus reculé les frontières de l'inacceptable, de l'intolérable.

"A mort l'arbitre !" : de la fiction à la réalité

© Thinkstock

En 1984, Jean-Pierre Mocky alertait déjà les consciences sur les dérives potentielles du football dans "à mort l'arbitre !". Une fiction, pensait-on.

Réagissant au drame néerlandais, le président de la Fifa Joseph Blatter, qui s'est dit "choqué", a dit connaître l'origine de la violence qui gangrène sa discipline : "le football est le miroir de la société et malheureusement, les mêmes maux qui affectent la société, dans ce cas-ci la violence, se manifestent aussi dans notre sport."

Objection, votre honneur ! Au rugby ou au football américain, le reflet de la société n'est pas noir. Et les valeurs de fair-play et de respect des règles minimales de bonne conduite sont observées, au-delà des solides coups francs échangés, tant par les acteurs que les supporters. Mais au football, tout semble permis. La mort d'un arbitre était annoncée. Elle est le fruit d'un enchevêtrement de comportements déviants : parents vociférants autour des terrains devant leur "petit Messi", coach de Division 1 insultant librement le 4e arbitre devant une Tribune d'honneur, président invectivant son propre staff en plein match, supporters cookés tout nus dans les gradins par - 1°, décennie de non sanction et d'omerta dans des dossiers de matchs truqués, riche crétin détruisant une station-service au petit matin...

L'argent est souvent à l'origine de cette diarrhée de maux. Il y a aussi, très certainement, la relation troublée à l'Autorité. En Belgique, la direction du Standard de Liège vient de réintégrer ses Ultras "exemplairement" bannis pour avoir mis le feu au dernier "Clasico" face à Anderlecht... Allez demander ensuite aux hordes collectives d'avoir un comportement irréprochable et digne en toute circonstance relève d'une dangereuse naïveté !

Les stades se vident et personne "en haut-lieu" ne se demande vraiment pourquoi. Pendant ce temps, le hockey capitalise sur de nobles et simples valeurs. Tiens, savez-vous que dans ce sport, l'arbitre a le droit d'exclure... un supporter "menaçant" sous peine d'arrêter le match ? Allo, l'Union Belge de football ?

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